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| [56] LVI. Sans donc vous arrêter plus longtemps à
ces discussions de détail, ramenez vos pensées,
pontifes, à l'intérêt général de la république,
dont vous avez jusqu'ici partagé la défense avec
tant d'autres généreux citoyens, mais qui, dans
la cause présente, n'a d'autre appui et d'autre
soutien que vous. La volonté toujours unanime
du sénat, à la tête duquel vous n'avez cessé
vous-mêmes de signaler votre zèle en ma faveur;
ce noble soulèvement de toute l'Italie; ce concours
des villes municipales; ce cri du Champ
de Mars, cette voix unanime de toutes les centuries
qui ne firent alors que suivre votre exemple
et votre autorité; tous les ordres, toutes les
sociétés, et les bons citoyens et ceux qui veulent
l'être, tout vous dit que vous devez agir non
seulement comme dépositaires, mais comme défenseurs
zélés du voeu et du sentiment général
dans ce qui intéresse ma gloire. Enfin, les dieux
immortels, protecteurs de cette ville et de cet
empire, semblent avoir voulu manifester eux-mêmes
à l'univers et à la postérité, que c'est
leur divine providence qui m'a rendu à la patrie,
en remettant au pouvoir et au jugement de leurs
ministres sacrés, le fruit de mon retour et des
félicitations que j'ai reçues. Oui, pontifes, mon
retour, mon rétablissement véritable, c'est de
recouvrer ma maison, ma demeure, mes autels,
mes foyers, mes dieux pénates : et si mon ennemi
en a renversé de ses mains impies les toits et les
murailles; si, maître de Rome comme d'une
ville prise d'assaut sous les enseignes des consuls,
il a cru devoir raser la maison de celui qu'il en
regardait comme le plus intrépide défenseur, au
moins j'aurai la joie d'y voir mes dieux pénates,
les dieux de ma famille rétablis par vos mains.
| [56] LVI. (142) Quae cum ita sint, pontifices, reuocate iam animos uestros ab hac subtili
nostra disputatione ad uniuersam rem publicam, quam antea cum uiris fortibus
multis, in hac uero causa solis uestris ceruicibus sustinetis. Vobis uniuersi
senatus perpetua auctoritas, cui uosmet ipsi praestantissime semper in mea causa
praefuistis, uobis Italiae magnificentissimus ille motus municipiorumque
concursus, uobis campus centuriarumque una uox omnium, quarum uos principes
atque auctores fuistis, uobis omnes societates, omnes ordines, omnes qui aut re
aut spe denique sunt bona, omne suum erga meam dignitatem studium et iudicium
non modo commissum uerum etiam commendatum esse arbitrabuntur.
(143) Denique
ipsi di immortales qui hanc urbem atque hoc imperium tuentur, ut esset omnibus
gentibus posteritatique perspicuum diuino me numine esse rei publicae redditum,
idcirco mihi uidentur fructum reditus et gratulationis meae ad suorum sacerdotum
potestatem iudiciumque reuocasse. Hic est enim reditus, pontifices, haec
restitutio in domo, in sedibus, in aris, in focis, in dis penatibus
reciperandis; quorum si iste suis sceleratissimis manibus tecta sedisque
conuellit, ducibusque consulibus tamquam urbe capta hanc unam domum quasi
acerrimi propugnatoris sibi delendam putauit, iam illi di penates ac familiares
mei per uos in meam domum mecum erunt restituti.
| | [57] LVII. Vous donc, dieu du Capitole, que le
peuple romain a nommé très bon pour vos bienfaits,
et très grand pour votre puissance; vous,
Junon, reine des dieux; et vous, Minerve, protectrice
de cette ville, Minerve, qui avez toujours
été la lumière de mes conseils et le témoin
de mes travaux; vous aussi, qui m'avez redemandé,
qui m'avez rappelé avec le plus d'instance,
et pour qui, en effet, j'ai soutenu tous ces
combats, dieux pénates, dieux familiers de la
patrie, qui veillez sur Rome et sur la république;
vous dont j'ai préservé les temples et les demeures
sacrées des ravages de cette flamme sacrilége;
et vous enfin, vénérable Vesta, dont les chastes
prêtresses ont été préservées par moi de la démence
et des attentats d'une troupe effrénée; vous
dont j'ai empêché les feux éternels de s'éteindre
dans le sang des citoyens, ou de se mêler à
l'incendie de Rome, daignez aujourd'hui m'écouter :
si, dans ce moment qui fut presque le
dernier de la république, je livrai ma tête, pour
la conservation de votre culte et de vos temples,
à la fureur et aux poignards des plus vils citoyens;
si, depuis encore, lorsqu'on voulait m'engager
dans une lutte qui eût été funeste à tous les gens
de bien, j'aimai mieux vous attester, vous recommander
mon sort et celui des miens, vous
dévouer enfin ma personne et ma vie, à cette seule
condition qu'après avoir, et dans cette occasion
et pendant mon consulat, sacrifié tout intérêt,
tout profit, toute récompense légitime, au devoir
de consacrer mes soins, mes pensées et mes
veilles au salut de tous, j'aurais un jour le droit
de vivre dans la république redevenue libre; si je
résolus, jugeant mes efforts inutiles au bien de
ma patrie, de dévorer, loin des miens, mon éternelle douleur :
je ne croirai ce dévouement reconnu et agréé par les dieux,
que quand mes foyers me seront rendus. Jusqu'ici, pontifes,
je suis encore exilé, non seulement de cette maison
sur laquelle vous avez à prononcer, mais de cette
ville entière où je parais rétabli. De tous les quartiers
de Rome les plus vastes et les plus fréquentés,
on ne peut s'empêcher de voir en face ce
monument, ou plutôt cette plaie de la patrie,
dont vous sentez que je dois fuir la vue plus que
la mort même. Ne condamnez donc pas, je vous
prie, celui que vous avez cru rétablir pour relever
la république, à vivre privé de l'éclat convenable
à sa dignité, exclu même d'une partie de Rome.
| [57] LVII. (144) Quocirca te, Capitoline, quem propter beneficia populus Romanus Optimum,
propter uim Maximum nominauit, teque, Iuno Regina, et te, custos urbis, Minerua, quae semper
adiutrix consiliorum meorum, testis laborum exstitisti, precor atque quaeso, uosque qui
maxime {me} repetistis atque reuocastis, quorum de sedibus haec mihi est
proposita contentio, patrii penates familiaresque, qui huic urbi et rei publicae
praesidetis, uos obtestor, quorum ego a templis atque delubris pestiferam illam
et nefariam flammam depuli, teque, Vesta mater, cuius castissimas sacerdotes ab
hominum amentium furore et scelere defendi, cuiusque ignem illum sempiternum non
sum passus aut sanguine ciuium restingui aut cum totius urbis incendio
commisceri,
(145) ut, si in illo paene fato rei publicae obieci meum caput pro
uestris caerimoniis atque templis perditissimorum ciuium furori atque ferro, et
si iterum, cum ex mea contentione interitus bonorum omnium quaereretur, uos sum
testatus, uobis me ac meos commendaui, meque atque meum caput ea condicione
deuoui ut, si et eo ipso tempore et ante in consulatu meo commodis meis omnibus,
emolumentis, praemiis praetermissis cura, cogitatione, uigiliis omnibus nihil
nisi de salute meorum ciuium laborassem, tum mihi re publica aliquando restituta
liceret frui, sin autem mea consilia patriae non profuissent, ut perpetuum
dolorem auulsus a meis sustinerem: hanc ego deuotionem capitis mei, cum ero in
meas sedis restitutus, tum denique conuictam esse et commissam putabo.
(146) Nam
nunc quidem, pontifices, non solum domo, de qua cognostis, sed tota urbe careo,
in quam uideor esse restitutus. Vrbis enim celeberrimae et maximae partes
aduersum illud non monumentum, sed uulnus patriae contuentur. Quem cum mihi
conspectum morte magis uitandum fugiendumque esse uideatis, nolite, quaeso, eum
cuius reditu restitutam rem publicam fore putastis non solum dignitatis
ornamentis, sed etiam urbis patriae usu uelle esse priuatum.
| | [58] LVIII. Ce n'est ni le pillage de mes biens, ni
la démolition de mes demeures, ni la dégradation
de mes terres, ni le brigandage cruel exercé
sur ma fortune par les consuls, qui me touche
sensiblement : je connaissais trop l'instabilité de
ces biens passagers, que ne donnent ni la vertu,
ni les talents, mais les circonstances et le hasard;
richesse bien moins désirable que l'art d'en régler
l'usage et d'en souffrir la privation. Ma fortune,
aujourd'hui, peut suffire à tous mes besoins, et
mes enfants trouveront dans le nom de leur père
et le souvenir de ses services un assez riche patrimoine :
mais après avoir vu ma maison et envahie
par le crime, devenue la proie du brigandage,
démolie et reconstruite plus insolemment encore
par un sacrilège, je n'en puis être dépossédé
sans ignominie pour l'État, sans honte et sans
douleur pour moi. Si donc vous regardez mon
retour comme un événement agréable aux dieux,
au sénat, au peuple romain, à toute l'Italie, aux
provinces, aux nations étrangères, à vous-mêmes
enfin, qui avez toujours donné l'exempte dans
tout ce qui s'est fait pour mon rappel, je vous
en prie, je vous en conjure, ministres des dieux,
ô vous qui m'avez déjà remis dans mes droits
par votre autorité, votre zèle et vos suffrages,
daignez encore aujourd'hui, d'après le voeu du sénat,
me replacer de vos propres mains dans mes foyers.
| [58] LVIII. Non me bonorum direptio, non tectorum excisio, non depopulatio praediorum,
non praeda consulum ex meis fortunis crudelissime capta permouet: caduca semper et mobilia
haec esse duxi, non uirtutis atque ingeni, sed fortunae et temporum munera, quorum ego non
tam facultatem umquam et copiam expetendam putaui quam et in utendo rationem et
in carendo patientiam.
(147) Etenim ad nostrum usum prope modum iam est definita
moderatio rei familiaris, liberis autem nostris satis amplum patrimonium paterni
nominis ac memoriae nostrae relinquemus: domo per scelus erepta, per latrocinium
occupata, per religionis uim sceleratius etiam aedificata quam euersa, carere
sine maxima ignominia rei publicae, meo dedecore ac dolore non possum.
Quapropter si dis immortalibus, si senatui, si populo Romano, si cunctae
Italiae, si prouinciis, si exteris nationibus, si uobismet ipsis, qui in mea
salute principem semper locum auctoritatemque tenuistis, gratum et iucundum meum
reditum intellegitis esse, quaeso obtestorque uos, pontifices, ut me, quem
auctoritate studio sententiis restituistis, nunc, quoniam senatus ita uult,
manibus quoque uestris in sedibus meis conlocetis.
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