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[2,21] XXI. - Je ne puis concevoir cette régularité, ce
merveilleux accord maintenu de toute éternité en dépit
de la diversité des mouvements sans l'intervention de
l'intelligence, de la raison, du calcul et, puisque nous
voyons les astres en donner des marques, nous ne pouvons
pas ne pas les mettre au nombre des dieux.
Et il serait contraire à la vérité de croire que les étoiles
dites fixes ne manifestent pas la même science réfléchie
dans leur conduite, puisqu'elles accomplissent avec une
régularité parfaite leur révolution quotidienne, sans y
être contraintes par le mouvement rotatoire de l'éther
ni être fixées au firmament comme le prétendent bien
des auteurs ignorant la physique. L'éther ne possède
pas une consistance qui lui permette d'entraîner les
étoiles : subtil, translucide et d'une chaleur partout
égale, il ne semble pas pouvoir exercer sur elles une action
dominatrice. Les étoiles fixes ont donc leur sphère à
elles indépendante de l'éther et libre de toute attache.
Leur mouvement rotatoire qui à travers les années et
les siècles se poursuit avec une étonnante, une incroyable
régularité, montre qu'il y a en elles une puissance et une
intelligence divines, et pour ne pas voir le caractère
tout divin qui apparaît là si clairement, il faut, je crois,
être incapable de rien voir. Il n'y a place en effet dans
le ciel ni pour l'accident fortuit ni pour les rencontres
non voulues, nulle erreur de direction, nulle apparence
trompeuse n'y sont possibles, tout y est en ordre au
contraire, c'est le domaine de la vérité, du calcul rationnel,
de la régularité; le mensonge, la fausseté, les aberrations
sont choses habituelles dans les régions infra-lunaires
(la lune étant le plus bas situé des astres) et sur la terre même.
Mais l'ordre admirable et la régularité merveilleuse
des corps célestes, par quoi le monde se conserve et son
salut est assuré, me donnent lieu de penser que pour
dénier aux astres l'intelligence, il faut avoir soi-même
perdu le sens. Je ne me serai donc pas trompé, à ce
qu'il me semble, si je pose pour servir de base à mon argumentation
un principe que j'aurai tiré du maître dont
je suis la trace dans la recherche de la vérité.
| [2,21] XXI. (54) Hanc igitur in stellis constantiam, hanc tantam tam uariis cursibus
in omni aeternitate conuenientiam temporum non possum intellegere sine mente ratione
consilio. quae cum in sideribus inesse uideamus, non possumus ea ipsa non in deorum numero
reponere.
Nec uero eae stellae, quae inerrantes uocantur, non significant eandem
mentem atque prudentiam, quarum est cotidiana conueniens constansque
conuersio, nec habent aetherios cursus neque caelo inhaerentes, ut plerique
dicunt physicae rationis ignari; non est enim aetheris ea natura, ut ui sua
stellas conplexa contorqueat, nam tenuis ac perlucens et aequabili calore
suffusus aether non satis aptus ad stellas continendas uidetur; (55) habent
igitur suam sphaeram stellae inerrantes ab aetheria coniunctione secretam
et liberam. earum autem perennes cursus atque perpetui cum admirabili
incredibilique constantia declarant in his uim et mentem esse diuinam, ut
haec ipsa qui non sentiat deorum uim habere is nihil omnino sensurus esse uideatur.
(56) Nulla igitur in caelo nec fortuna nec temeritas nec erratio nec
uanitas inest contraque omnis ordo ueritas ratio constantia, quaeque his
uacant ementita et falsa plenaque erroris, ea circum terras infra lunam,
quae omnium ultima est, in terrisque uersantur. caelestem ergo admirabilem
ordinem incredibilemque constantiam, ex qua conseruatio et salus omnium
omnis oritur, qui uacare mente putat is ipse mentis expers habendus est.
(57) Haut ergo ut opinor errauero, si a principe inuestigandae ueritatis
huius disputationis principium duxero.
| [2,22] XXII. - Zénon donc définit la nature en disant
qu'elle est un feu artiste procédant avec méthode à la
génération des êtres. Il pense, en effet, que le propre
de l'art est de créer et d'engendrer : ce que fait la main
humaine dans les travaux qu'exécutent nos artisans et
nos artistes, la nature l'opère avec un art de beaucoup
supérieur; elle est, comme je viens de le dire, un feu
artiste, un maître ès arts. Et il faut l'entendre en ce
sens que toute force naturelle est artiste parce qu'elle a
sa voie, sa méthode et la suit exactement. A l'égard du
monde lui-même, qui comprend dans son unité tout ce
qui existe, la nature n'est pas seulement artiste elle est,
dit Zénon, architecte; elle calcule tout, pourvoit à tous
les besoins, dispose toutes choses opportunément.
Et de même que les autres êtres ont leurs semences propres
d'où ils sortent pour se développer, la nature génératrice
du monde a ses mouvements volontaires, ses tendances,
ses appétitions que les Grecs appellent g-hormai et elle
agit conformément aux forces directrices qui sont en elle
tout comme nous nous laissons diriger par nos âmes
et nos sentiments. Telle étant l'âme du monde que, pour
cette raison, l'on peut appeler justement science de
l'utile et providence (en grec g-pronoia), elle met principalement
son soin, sa sollicitude à faire que le monde soit
le plus capable qu'il se puisse de subsister, puis que tous
ses besoins soient satisfaits, par-dessus tout qu'il y ait
en lui une beauté supérieure et qu'il atteigne à la perfection.
| [2,22] XXII. Zeno igitur naturam ita definit, ut eam dicat ignem esse artificiosum ad
gignendum progredientem uia, censet enim artis maxume proprium esse creare et gignere,
quodque in operibus nostrarum artium manus efficiat id multo artificiosius naturam efficere,
id est ut dixi ignem artificiosum magistrum artium reliquarum. Atque hac
quidem ratione omnis natura artificiosa est, quod habet quasi uiam quandam
et sectam quam sequatur. (58) ipsius uero mundi, qui omnia conplexu suo
coercet et continet, natura non artificiosa solum sed plane artifex ab
eodem Zenone dicitur, consultrix et prouida utilitatum oportunitatumque
omnium, atque ut ceterae naturae suis seminibus quaeque gignuntur augescunt
continentur, sic natura mundi omnis motus habet uoluntarios, conatusque et
adpetitiones, quas g-hormas Graeci uocant, et is consentaneas actiones sic
adhibet ut nosmet ipsi qui animis mouemur et sensibus. Talis igitur mens
mundi cum sit ob eamque causam uel prudentia uel prouidentia appellari
recte possit (Graece enim g-pronoia dicitur), haec potissimum prouidet et in
is maxime est occupata, primum ut mundus quam aptissimus sit ad
permanendum, deinde ut nulla re egeat, maxume autem ut in eo eximia
pulchritudo sit atque omnis ornatus.
| [2,23] XXIII. - J'ai parlé du monde considéré dans sa totalité,
j'ai parlé des astres et il apparaît maintenant qu'il
existe une multitude de dieux et que ces dieux sont
constamment actifs, sans que cette activité puisse être
considérée comme un travail pénible dont ils auraient
la charge. Ils ne se composent pas, en effet, de veines,
d'os et de tendons, ils n'usent point d'aliments ni de
boissons qui puissent produire en eux l'âcreté ou l'épaississement
des humeurs, leurs corps ne craignent ni les
chutes, ni les coups pas plus qu'ils n'ont à redouter de
maladies engendrées par l'épuisement. Pour épargner
ces maux à ses dieux, Épicure a voulu les réduire à n'être
que des figures sans consistance et les a dispensés de
toute occupation active.
Les nôtres ont pour corps un solide d'une beauté achevée,
pour séjour une région du ciel où ne pénètre aucun élément impur,
c'est là qu'ils se déplacent et règlent leurs mouvements de façon
qu'ils semblent avoir prêté un concours volontaire au
maintien de l'ordre et à la conservation de toutes choses.
Les plus sages des Grecs et nos propres ancêtres ont,
non sans cause, étendu à beaucoup d'autres forces naturelles
en raison de leurs bienfaits la qualité et le nom de
dieux. Ils pensaient, en effet, que rien de très utile au
genre humain ne peut commencer d'être qui n'ait son
origine dans la bonté d'un dieu. C'est pourquoi ils ont
usé, pour désigner tel de ces dons, de l'appellation s'appliquant
au dieu lui-même, comme nous faisons quand
nous disons Cérès pour le blé, Liber pour le vin : que
Cérès et Liber viennent à manquer, Vénus est saisie d'un
froid mortel, peut-on lire dans Térence.
Il arrive aussi qu'on érige en divinité soit une qualité morale, soit
une chose à laquelle on a reconnu un haut mérite, telles la
Bonne Foi, l'Intelligence à qui M- Aemilius Scaurus a
dédié dans un temps voisin du nôtre un autel au Capitole;
auparavant déjà A- Atilius Calatinus avait divinisé la
Bonne Foi. Nous avons sous les yeux le temple de la
Vertu, celui de l'Honneur, fondé par Quintus Fabius
Maximus pendant la guerre de Ligurie, restauré un assez
petit nombre d'années plus tard par Marcellus. Et le
temple de l'Abondance? Celui du Salut? Ceux de la
Concorde, de la Liberté, de la Victoire? Ces biens
ont une force telle qu'ils ne semblent pouvoir être administrés
que par un dieu et c'est pourquoi on les a placés eux-mêmes au nombre
des dieux.
Les noms de Cupidon, de Volupté, de Vénus Lubentina ont pris
aussi un caractère divin, bien qu'ils s'appliquent à des
appétits dignes de réprobation et non, quoi qu'en pense
Velléius, à des tendances naturelles; mais ces appétits
contraires au bon ordre ont souvent sur la nature une
action assez puissante. Tous les producteurs de choses
utiles on les a donc rangés parmi les dieux en raison
même de l'importance du service rendu. Et les noms
que j'ai cités tout à l'heure montrent quel pouvoir l'on
attribue à chaque divinité.
| [2,23] XXIII. (59) Dictum est de uniuerso mundo, dictum etiam est de sideribus, ut iam
prope modum appareat multitudo nec cessantium deorum nec ea quae agant
molientium cum labore operoso ac molesto. non enim uenis et neruis et
ossibus continentur nec his escis aut potionibus uescuntur, ut aut nimis
acres aut nimis concretos umores colligant, nec is corporibus sunt ut casus
aut ictus extimescant aut morbos metuant ex defetigatione membrorum, quae
uerens Epicurus monogrammos deos et nihil agentes commentus est. illi autem
pulcherruma forma praediti purissimaque in regione caeli collocati ita
feruntur moderanturque cursus, ut ad omnia conseruanda et tuenda
consensisse uideantur.
(60) Multae autem aliae naturae deorum ex magnis beneficiis eorum non sine
causa et a Graeciae sapientissimis et a maioribus nostris constitutae
nominataeque sunt. quicquid enim magnam utilitatem generi adferret humano,
id non sine diuina bonitate erga homines fieri arbitrabantur, itaque tum
illud quod erat a deo natum nomine ipsius dei nuncupabant, ut cum fruges
Cererem appellamus uinum autem Liberum, ex quo illud Terenti "sine Cerere
et Libero friget Venus", (61) tum autem res ipsa, in qua uis inest maior
aliqua, sic appellatur ut ea ipsa uis nominetur deus, ut Fides ut Mens,
quas in Capitolio dedicatas uidemus proxume a M. Aemilio Scauro, ante autem
ab (A.) Atilio Calatino erat Fides consecrata. uides Virtutis templum uides
Honoris a M. Marcello renouatum, quod multis ante annis erat bello
Ligustico a Q. Maxumo dedicatum. quid Opis quid Salutis quid Concordiae
Libertatis Victoriae; quarum omnium rerum quia uis erat tanta ut sine deo
regi non posset, ipsa res deorum nomen optinuit. quo ex genere Cupidinis et
Voluptatis et Lubentinae Veneris uocabula consecrata sunt, uitiosarum rerum
neque naturalium -- quamquam Velleius aliter existimat, sed tamen ea ipsa
uitia naturam uehementius saepe pulsant. (62) Utilitatum igitur magnitudine
constituti sunt ei di qui utilitates quasque gignebant, atque is quidem
nominibus quae paulo ante dicta sunt quae uis sit in quoque declaratur deo.
| [2,24] XXIV. - La vie en commun des hommes a fait naître
une coutume générale, une foi populaire, qui est un
témoignage de gratitude, porte au ciel les hommes qui
se sont signalés par des bienfaits d'ordre supérieur. C'est
ainsi que sont devenus des dieux Hercule, Castor et
Pollux, Esculape et aussi Liber (je veux parler du Liber
qui était le fils de Sémélé, non de celui à qui nos ancêtres
ont rendu un culte de la plus haute solennité en même
temps qu'à Cérès et à Libera, les mystères font comprendre
pourquoi. Quant aux noms que portent ces divinités,
comme elles sont issues de Cérès et que nous appelons
nos enfants "liberi", elles sont devenues Liber et Libera; le
souvenir de cette origine n'est pas perdu pour ce qui
concerne Libera, on l'a oubliée pour Liber), et aussi
Romulus qu'on croit être le même que Quirinus. Leurs
âmes survivant à leurs corps et possédant la vie éternelle,
c'est à juste titre qu'on a fait des dieux de ces
hommes d'une haute et impérissable valeur.
Pour une autre raison encore, d'ordre physique celle-là,
la nature s'est répandue en une multitude de dieux qui,
revêtus d'une forme humaine, ont fourni une ample
matière aux poètes et engendré toute sorte de croyances
superstitieuses mêlées à notre vie. Zénon a traité ce
point, plus tard Cléanthe et Chrysippe l'ont développé
plus abondamment. Suivant une vieille croyance dont
la Grèce a été pénétrée, Caelus a été mutilé par son
fils Saturne qu'a enchaîné son fils à lui Jupiter. Il y a,
contenue dans ces fables irrespectueuses, une vue de
physique assez pénétrante : on a voulu signifier que
l'éther enflammé, l'élément dont le ciel est formé et qui
occupe la région du monde la plus élevée, capable par
lui-même d'engendrer toutes choses, n'a pas besoin de
cette partie du corps nécessaire pour procréer aux êtres
dont la fécondité a pour condition un commerce intime
avec d'autres êtres.
| [2,24] XXIV. Suscepit autem uita hominum consuetudoque communis ut beneficiis
excellentis uiros in caelum fama ac uoluntate tollerent, hinc Hercules hinc
Castor et Pollux hinc Aesculapius hinc Liber etiam (hunc dico Liberum
Semela natum, non eum quem nostri maiores auguste sancteque Liberum cum
Cerere et Libera consecrauerunt, quod quale sit ex mysteriis intellegi
potest; sed quod ex nobis natos liberos appellamus, idcirco Cerere nati
nominati sunt Liber et Libera, quod in Libera seruant, in Libero non item),
hinc etiam Romulum, quem quidam eundem esse Quirinum putant. quorum cum
remanerent animi atque aeternitate fruerentur, rite di sunt habiti, cum et
optimi essent et aeterni.
(63) Alia quoque ex ratione et quidem physica magna fluxit multitudo
deorum, qui induti specie humana fabulas poetis suppeditauerunt, hominum
autem uitam superstitione omni referserunt. atque hic locus a Zenone
tractatus post a Cleanthe et Chrysippo pluribus uerbis explicatus est. Nam
uetus haec opinio Graeciam oppleuit, esse exsectum Caelum a filio Saturno,
uinctum autem Saturnum ipsum a filio Ioue: (64) physica ratio non inelegans
inclusa est in impias fabulas. caelestem enim altissimam aetheriamque
naturam id est igneam, quae per sese omnia gigneret, uacare uoluerunt ea
parte corporis quae coniunctione alterius egeret ad procreandum.
| | [2,25] XXV. - Dans Saturne on a voulu voir le dieu duquel
dépendent les périodes consécutives de la durée et le
cours du temps; ce dieu porte en grec le même nom, car
on l'appelle g-Kronos qui est le même que g-chronos, c'est-à-dire
le temps. Le nom même de Saturne vient de ce que
ce dieu est saturé d'années et on le représente comme
dévorant ses enfants parce que dans la durée infinie les
périodes de temps ne cessent d'être consommées et
qu'il engloutit les années sans jamais se rassasier,
mais Saturne est enchaîné par Jupiter, de façon que sa
course ne soit pas déréglée : ce sont les astres qui l'astreignent
à une marche ordonnée. Jupiter lui-même,
c'est-à-dire "iuuans pater" (père secourable), dont sauf au
nominatif et au vocatif nous tirons le nom seulement de
"iuuare" (secourir) est, pour les poètes, le père des hommes
et des dieux et nos ancêtres le disaient très bon, très grand,
et très bon, c'est-à-dire très bienfaisant, vient avant très
grand parce qu'il y a plus de grandeur à être utile à tous
qu'à disposer d'un immense pouvoir ou que du moins
l'on mérite, ce faisant, plus d'amour; Ennius, comme
je l'ai déjà indiqué, exprime cela dans ce vers : regarde
cette lumière qui remplit le ciel et que tous invoquent sous
le nom de Jupiter. L'idée est la même, bien que moins
claire dans cet autre vers du même auteur : contre cet
homme j'invoque de toutes mes forces la lumière céleste
quelle qu'en soit la nature. Nos augures disent, eux
aussi, quand Jupiter brille ou tonne, quand ils veulent
parler du ciel brillant ou du tonnerre. Euripide, qui a
tant de beaux passages, a écrit d'un style rapide:
"tu vois en levant le front l'éther sans figure et sans nombre,
il enveloppe la terre de son immensité bienfaisante; c'est le
dieu souverain, sois-en sûr, c'est Jupiter".
| [2,25] XXV. Saturnum autem eum esse uoluerunt qui cursum et conuersionem spatiorum
ac temporum contineret, qui deus Graece id ipsum nomen habet: g-Kronos enim dicitur, qui
est idem g-chronos id est spatium temporis. Saturnus autem est appellatus quod
saturaretur annis; ex se enim natos comesse fingitur solitus, quia consumit
aetas temporum spatia annisque praeteritis insaturabiliter expletur.
uinctus autem a Ioue, ne inmoderatos cursus haberet, atque ut eum siderum
uinclis alligaret, sed ipse Iuppiter, id est iuuans pater, quem conuersis
casibus appellamus a iuuando Iouem, a poetis "pater diuomque hominumque"
dicitur, a maioribus autem nostris optumus maxumus, et quidem ante optimus
id est beneficentissimus quam maximus, quia maius est certeque gratius
prodesse omnibus quam opes magnas habere -- (65) hunc igitur Ennius, ut
supra dixi, nuncupat ita dicens "aspice hoc sublime candens, quem inuocant
omnes Iouem" planius quam alio loco idem "cui quod in me est exsecrabor hoc
quod lucet quicquid est"; hunc etiam augures nostri cum dicunt "Ioue
fulgente tonante": dicunt enim "caelo fulgente et tonante". Euripides autem
ut multa praeclare sic hoc breuiter:
"uides sublime fusum immoderatum aethera,
qui terram tenero circumiectu amplectitur: hunc summum habeto
diuum, hunc perhibeto Iouem".
| | [2,26] XXVI. - L'air, suivant ce qu'exposent les Stoïciens,
l'élément qui occupe l'espace compris entre le ciel et la
terre, a été divinisé sous le nom de Junon, soeur et
épouse de Jupiter : il a de la ressemblance, une grande
affinité avec l'éther. On l'a fait du genre féminin et identifié
à Junon, parce que rien n'égale son élastique fluidité.
Mais je crois, quant à moi, que le nom de Junon vient
de "iuuare". Restaient l'eau et la terre pour avoir les trois
royaumes que distinguent les récits des poètes. On a donné
l'empire maritime à Neptune, frère puîné de Jupiter à ce
qu'on dit, et son nom, comme celui de Portunus tiré de
portus, a été formé de "nare" ("a nando") en changeant
un peu les premières lettres. Tout ce qui est d'essence
terrestre et dont la nature est celle de la terre est revenu
au prince du monde souterrain qu'on appelle "Diues" (riche),
de même que les Grecs le nomment g-Ploutohn, parce que
les richesses ont toutes la terre pour origine et y font
retour. Il a pour femme Proserpine qui est un nom grec
la déesse que les Grecs appellent g-Persephoneh est, d'après eux,
la semence de blé qui est cachée et sa mère, dans leur
imagination, la cherche. Cette mère elle-même porte
le nom de Cérès qui équivaut à Geres "a gerendis frugibus"
(qui vient de ce qu'elle est productrice de blé) avec
substitution fortuite d'un g au c initial; le même accident
s'est produit en Grèce où le nom de g-Dehmehtehr que porte la
déesse est pour g-Gehmehtehr. On a aussi Mavors (Mars)
le dieu "qui magna verteret" (qui devait faire de grands bouleversements)
et Minerve "quae uel minueret uel minaretur "
(qui devait ou réduire en morceaux ou être une menace).
| [2,26] XXVI. (66) Aer autem, ut Stoici disputant, interiectus inter mare et caelum
Iunonis nomine consecratur, quae est soror et coniux Iouis, quod (ei) et
similitudo est aetheris et cum eo summa coniunctio. effeminarunt autem eum
Iunonique tribuerunt, quod nihil est eo mollius. sed Iunonem a iuuando
credo nominatam. Aqua restabat et terra, ut essent ex fabulis tria regna
diuisa. datum est igitur Neptuno alterum, Iouis ut uolumus fratri,
maritimum omne regnum, nomenque productum ut Portunus a porta sic Neptunus
a nando, paulum primis litteris immutatis. Terrena autem uis omnis atque
natura Diti patri dedicata est, qui diues ut apud Graecos g-Ploutohn, quia et
recidunt omnia in terras et oriuntur e terris. Cui Proserpinam (quod
Graecorum nomen est, ea enim est quae g-Persefoneh Graece nominatur) -- quam
frugum semen esse uolunt absconditamque quaeri a matre fingunt. (67) Mater
autem est a gerendis frugibus Ceres tamquam geres, casuque prima littera
itidem immutata ut a Graecis; nam ab illis quoque Dhmhthr quasi gh mhthr
nominata est. Iam qui magna uerteret Mauors, Minerua autem quae uel
minueret uel minaretur.
| [2,27] XXVII. - Comme en tout ordre de choses c'est ce qui
vient au commencement et ce qui vient à la fin qui
importent le plus, on a voulu que, dans les cérémonies
religieuses, Janus fût invoqué le premier parce que son
nom est formé de ce qu'il va ("ab eundo"), c'est pourquoi
les passages sont appelés "iani" et les portes placées au
seuil des édifices profanes sont dites "ianuae". Pour le nom
de Vesta. il nous vient des Grecs qui usent de la forme
g-Hestia. Son action bienfaisante s'exerce sur les autels
et les foyers : comme elle est la gardienne de cette partie
de notre vie qui s'écoule dans l'intimité du chez soi, on
l'invoque la dernière dans toutes les prières et dans tous les sacrifices.
Assez voisins d'elle par leur fonction sont les dieux pénates
dont le nom vient de "penu" (c'est-à-dire de tout ce qui peut servir
à l'alimentation des hommes) ou peut-être de "penitus" parce que leur
séjour est l'intérieur de nos maisons; d'où le nom de "penetrales"
que leur donnent les poètes. Le nom d'Apollon est
grec et l'on veut que ce soit le soleil. Diane, à ce qu'on
pense, ne diffère pas de la lune et si le nom donné
au soleil vient ou bien de ce que seul ("solus) parmi les
astres il est aussi grand ou bien de ce que le soleil,
quand il paraît, rejette tous les corps célestes dans
l'ombre et se montre seul, la lune est ainsi appelée
"a lucendo" (parce qu'elle éclaire) ; on la nomme aussi
Lucine. Comme chez les Grecs les femmes en couches
invoquent Diane sous le nom de Lucifera, chez nous
c'est à Junon Lucine qu'elles demandent protection.
Diane est encore nommée "omniuaga" (errante), non point
en tant que chasseresse mais parce qu'elle est du nombre
des sept astres dits errants. Quant au nom même de
Diane, il est tiré de "dies": elle fait de la nuit quelque chose
qui ressemble au jour. Son rôle dans les accouchements
vient de ce que la période de gestation est parfois
de sept, le plus souvent de neuf lunaisons qui ont pris
le nom de "menses" (mois), parce que ce sont des espaces
de temps uniformément mesurés ("mensa spatia").
Usant, comme il le fait souvent, d'un style heureusement
balancé, Timée, après avoir dit dans son histoire
qu'Alexandre était né dans la nuit où brûla le temple de
Diane à Éphèse, ajouta qu'il n'y avait là rien qui dût
surprendre : voulant être présente aux couches d'Olympias,
la déesse était absente de sa demeure propre. Quant
à la divinité "quae ad res omnes ueniret" (qui devait jouer un
rôle actif dans toute propagation), nos ancêtres l'ont
appelée Vénus, et c'est de son nom que vient "uenustas"
plutôt que Vénus de "uenustas".
| [2,27] XXVII. Cumque in omnibus rebus uim haberent maxumam prima
et extrema, principem in sacrificando Ianum esse uoluerunt, quod ab eundo
nomen est ductum, ex quo transitiones peruiae iani foresque in liminibus
profanarum aedium ianuae nominantur. Nam Vestae nomen a Graecis (ea est
enim quae ab illis Estiadicitur); uis autem eius ad aras et focos pertinet,
itaque in ea dea, quod est rerum custos intumarum, omnis et precatio et
sacrificatio extrema est. (68) Nec longe absunt ab hac ui di Penates, siue
a penu ducto nomine (est enim omne quo uescuntur homines penus) siue ab eo
quod penitus insident; ex quo etiam penetrales a poetis uocantur. lam
Apollinis nomen est Graecun, quem solem esse uolunt, Dianam autem et lunam
eandem esse putant, cum sol dictus sit uel quia solus ex omnibus sideribus
est tantus uel quia cum est exortus obscuratis omnibus solus apparet, luna
a lucendo nominata sit; eadem est enim Lucina, itaque ut apud Graecos
Dianam eamque Luciferam sic apud nostros Iunonem Lucinam in pariendo
inuocant, quae eadem Diana Omniuaga dicitur non a uenando sed quod in
septem numeratur tamquam uagantibus; (69) Diana dicta quia noctu quasi diem
efficeret, adhibetur autem ad partus, quod i maturescunt aut septem non
numquam aut ut plerumque nouem lunae cursibus, qui quia mensa spatia
conficiunt menses nominantur; concinneque ut multa Timaeus, qui cum in
historia dixisset qua nocte natus Alexander esset eadem Dianae Ephesiae
templum deflagrauisse, adiunxit minime id esse mirandum, quod Diana quom in
partu Olympiadis adesse uoluisset afuisset domo. Quae autem dea ad res
omnes ueniret Venerem nostri nominauerunt, atque ex ea potius uenustas quam
Venus ex uenustate.
| [2,28] XXVIII. - Ne voyez-vous pas maintenant comment
une connaissance exacte et salutaire des choses de la
nature a conduit à imaginer des dieux fictifs? Ce fut l'origine
de croyances fausses qui ont troublé l'esprit et de
superstitions bonnes tout juste pour de vieilles radoteuses.
On sait quelles figures revêtent ces dieux,
quel âge ils ont, comment ils s'habillent et s'équipent,
on est renseigné sur leur filiation, on parle de leurs
unions, de leurs relations de parenté avec la même compétence
que s'il s'agissait de chétifs humains. Les âmes
des dieux sont troublées par les passions, on nous a
entretenus de leurs désirs, de leurs tristesses, de leurs
colères; et, à en croire les récits qu'on fait d'eux, ce ne
sont pas les guerres et les combats qui leur manquent
non seulement, quand deux armées sont en présence,
les dieux, comme dans Homère, prennent parti les uns
pour un camp, les autres pour le camp adverse, mais ils
ont aussi leurs guerres à eux, avec les Titans par exemple,
avec les Géants.
Voilà les sottises que l'on dit, auxquelles on croit, toutes ces
inventions ne sont qu'un vain bavardage dépourvu de toute portée,
mais tout en rejetant ces fables avec mépris, on peut connaître qu'il
y a un Dieu répandu dans toute la nature et en tout être, ce que sont
réellement Cérès dans la terre, Neptune dans la mer,
d'autres divinités dans d'autres parties du monde et
pourquoi elles ont reçu le nom qu'on leur donne habituellement.
Nous devons les vénérer, leur rendre un culte. Mais ce culte,
pour être très bon, très pur, très saint, vraiment pieux, exige qu'il y ait
toujours, dans notre âme et dans nos paroles de respect, pureté
immarcescible, innocence parfaite.
Ce ne sont pas les philosophes seuls, ce sont aussi nos ancêtres qui ont
distingué la religion de la superstition. Ceux qui, des journées
entières, adressaient des prières aux dieux et leur immolaient
des victimes pour que leurs enfants leur survécussent ("superstites essent")
on les a qualifiés de superstitieux ("superstitiosi"); ce mot a pris plus tard un
sens plus étendu. Se montrait-on observateur zélé de toutes les
prescriptions ayant trait au culte des dieux, s'y appliquait-on
de prédilection, on méritait le qualificatif de
religieux : le terme de religion se tire de "relegere" ("a relegendo")
comme "elegantes ex eligando" (élégant d'élire), "ex diligendo diligentes"
(amateur d'aimer), "ex intelligendo intelligentes" (entendre d'entendre).
On retrouve dans tous ces mots l'idée d'un choix ("legendi") comme dans religieux.
Entre superstitieux et religieux, il y a donc cette différence
que le premier de ces vocables désigne une faiblesse,
le second un mérite. Je crois avoir par ce qui précède suffisamment
établi l'existence des dieux et montré quels ils sont.
| [2,28] XXVIII. (70) Videtisne igitur ut a physicis rebus bene atque
utiliter inuentis tracta ratio sit ad commenticios et fictos deos. Quae res
genuit falsas opiniones erroresque turbulentos et superstitiones paene
aniles. et formae enim nobis deorum et aetates et uestitus ornatusque noti
sunt, genera praeterea coniugia cognationes, omniaque traducta ad
similitudinem inbecillitatis humanae. nam et perturbatis animis inducuntur:
accepimus enim deorum cupiditates aegritudines iracundias; nec uero, ut
fabulae ferunt, bellis proeliisque caruerunt, nec solum ut apud Homerum cum
duo exercitus contrarios alii dei ex alia parte defenderent, sed etiam ut
cum Titanis ut cum Gigantibus sua propria bella gesserunt. haec et dicuntur
et creduntur stultissime et plena sunt futtilitatis summaeque leuitatis.
(71) Sed tamen is fabulis spretis ac repudiatis deus pertinens per naturam
cuiusque rei, per terras Ceres per maria Neptunus alii per alia, poterunt
intellegi qui qualesque sint quoque eos nomine consuetudo nuncupauerit.
Quos deos et uenerari et colere debemus, cultus autem deorum est optumus
idemque castissimus atque sanctissimus plenissimusque pietatis, ut eos
semper pura integra incorrupta et mente et uoce ueneremur. non enim
philosophi solum uerum etiam maiores nostri superstitionem a religione
separauerunt. (72) nam qui totos dies precabantur et immolabant, ut sibi
sui liberi superstites essent, superstitiosi sunt appellati, quod nomen
patuit postea latius; qui autem omnia quae ad cultum deorum pertinerent
diligenter retractarent et tamquam relegerent, (i) sunt dicti religiosi ex
relegendo, (tamquam) elegantes ex eligendo, (tamquam) (ex) diligendo
diligentes, ex intellegendo intellegentes; his enim in uerbis omnibus inest
uis legendi eadem quae in religioso. ita factum est in superstitioso et
religioso alterum uitii nomen alterum laudis. Ac mihi uideor satis et esse
deos et quales essent ostendisse.
| [2,29] XXIX. - J'ai maintenant à prouver que la providence
divine gouverne le monde. C'est un point d'une
grande importance et sur lequel, tes maîtres de l'Académie,
Cotta, ont dirigé leurs attaques; eux seuls ici
sont les adversaires à combattre, les Epicuriens, Velléius,
ne savent pas grand' chose des opinions soutenues par
telle école ou telle autre différente de la leur. Vous ne
lisez que vos propres livres, ce sont les seuls que vous
goûtiez, vous condamnez les autres sans les entendre.
Ainsi tu parlais hier de cette vieille devineresse qu'après
l'avoir inventée, les Stoïciens auraient décorée du nom
de g-Pronoia, c'est-à-dire Providence : tu es parti de cette
idée fausse qu'ils se représentent la providence comme
une divinité distincte ayant pour fonction propre de
diriger, de gouverner le monde. Il y a dans notre manière
de dire une ellipse : quand, parlant d'Athènes, on dit
que la chose publique y est administrée par le conseil,
on sous-entend de l'Aréopage, et de même, quand nous
disons que la providence gouverne le monde, nous entendons
la providence des dieux; l'expression complète de
l'idée serait : croyez que la providence des dieux gouverne le monde.
Abstenez-vous donc de dépenser à rire de nous le talent de plaisanter
que vous pouvez avoir, vous n'en êtes pas si richement pourvus et en vérité,
si vous m'en croyez, vous ne tenterez même pas de railler;
cela ne vous convient pas, cela ne vous est pas donné,
vous en êtes incapables. Ce que je dis là ne s'adresse pas à
toi, Velléius, qui, à la meilleure éducation, joins cet agrément
des manières et de l'esprit que donne la fréquentation de la
bonne compagnie, mais à ceux de ta secte
en général et tout particulièrement à celui qui l'a fondée,
un homme de peu de science, sans culture, qui dit du mal
de tout le monde, qui n'a ni finesse d'esprit, ni autorité,
ni grâce d'aucune sorte.
| [2,29] XXIX. (73) Proximum est, ut doceam deorum prouidentia mundum administrari.
magnus sane locus est et a uestris Cotta uexatus, ac nimirum uobiscum omne
certamen est. Nam uobis Vellei minus notum est, quem ad modum quidque
dicatur; uestra enim solum legitis uestra amatis, ceteros causa incognita
condemnatis, uelut a te ipso hesterno die dictumst anum fatidicam Pronoean
a Stoicis induci, id est Prouidentiam. quod eo errore dixisti, quia
existumas ab is prouidentiam fingi quasi quandam deam singularem, quae
mundum omnem gubernet et regat. (74) sed id praecise dicitur: ut, si quis
dicat Atheniensium rem publicam consilio regi, desit illud "Arii pagi",
sic, cum dicimus prouidentia mundum administrari, deesse arbitrato
"deorum", plene autem et perfecte sic dici existumato, prouidentia deorum
mundum administrari, ita salem istum, quo caret uestra natio, in inridendis
nobis nolitote consumere, et mercule si me audiatis ne experiamini quidem;
non decet non datum est non potestis. nec uero hoc in te unum conuenit
moribus domesticis ac nostrorum hominum urbanitate limatum, sed cuin in
reliquos uestros tum in eum maxime, qui ista peperit, hominem sine arte
sine litteris, insultantem in omnes, sine acumine ullo sine auctoritate
sine lepore.
| [2,30] XXX. - Je soutiens donc que la providence des
dieux a organisé le monde, en a disposé toutes les parties
à l'origine et le régit en tout temps: mes maîtres divisent
en trois parties leur argumentation à ce sujet; en premier
lieu ils s'appuient sur l'existence des dieux précédemment
démontrée; ce point une fois acquis, l'on doit
reconnaître que c'est leur sagesse qui gouverne le
monde. En second lieu ils montrent l'action qu'exerce
sur toutes choses une force naturelle consciente qui veut
mettre partout le plus bel ordre : cela établi, l'on voit
que des raisons séminales président à la génération
du monde. Un troisième argument se tire du spectacle
admirable qu'offrent le ciel et la terre.
Pour commencer donc ou bien il faut nier l'existence
des dieux, comme le font en un sens Démocrite et Épicure
avec leur théorie des images, ou admettre qu'ils
sont agissants et que ce qu'ils font est beau; or il n'est
rien de plus beau que le gouvernement du monde, c'est
donc par la sagesse des dieux que le monde est gouverné.
Pour qu'il en fût autrement, il faudrait qu'il existât
quelque chose, je ne sais quoi au juste, de meilleur qu'une
divinité et qui fût doué d'une force supérieure, une nature
inanimée, une nécessité toute-puissante produisant les
ouvrages admirables que nous avons sous les yeux. La
puissance des dieux n'est plus souveraine si vous la
soumettez soit à une nécessité, soit à une nature qui
régit le ciel, les mers, les terres; or il n'est rien qui l'emporte
sur la divinité, c'est donc par elle que le monde est
régi. Un dieu n'obéit, n'est soumis à aucune nature,
c'est donc lui qui gouverne tout ce qui existe dans la nature.
D'autre part, si nous accordons que les dieux
possèdent l'entendement, nous devons reconnaître aussi
qu'ils en usent pour l'accomplissement de leurs desseins
et que ces desseins doivent se rapporter aux plus grands
objets. Peut-on supposer soit qu'ils ignorent quelles
choses ont le plus de grandeur, comment, par quels soins
elles se maintiennent, soit que la force manque aux
dieux pour assumer une tâche telle que la conservation
et le gouvernement du monde? Mais pareille ignorance
est incompatible avec la nature des dieux et l'idée qu'il
puisse leur être difficile, à cause de leur faiblesse, de soutenir
l'ordre établi est en complet désaccord avec leur
majesté. Il suit de là, comme nous le voulons, que la
providence des dieux gouverne le monde.
| [2,30] XXX. (75) Dico igitur prouidentia deorum mundum et omnes mundi partes et initio
constitutas esse et omni tempore administrari. Eamque disputationem tris in
partes nostri fere diuidunt, quarum prima pars est, quae ducitur ab ea
ratione, quae docet esse deos; quo concesso confitendum est eorum consilio
mundum administrari. secunda est autem quae docet omnes res subiectas esse
naturae sentienti ab eaque omnia pulcherrume geri; quo constituto sequitur
ab animantibus principiis eam esse generatam. tertius est locus, qui
ducitur ex admiratione rerum caelestium atque terrestrium.
(76) Primum igitur aut negandum est esse deos, quod et Democritus simulacra
et Epicurus imagines inducens quodam pacto negat, aut qui deos esse
concedant, is fatendum est eos aliquid agere idque praeclarum; nihil est
autem praeclarius mundi administratione; deorum igitur consilio
administratur. Quod si aliter est, aliquid profecto sit necesse est melius
et maiore ui praeditum quam deus, quale id cumque est, siue inanima natura
siue necessitas ui magna incitata haec pulcherrima opera efficiens, quae
uidemus; (77) non est igitur natura deorum praepotens neque excellens, si
quidem ea subiecta est ei uel necessitati uel naturae, qua caelum maria
terrae regantur, nihil est autem praestantius deo; ab eo igitur mundum
necesse est regi; nulli igitur est naturae oboediens aut subiectus deus;
omnem ergo regit ipse naturam. Etenim si concedimus intellegentes esse
deos, concedimus etiam prouidentes et rerum quidem maxumarum. ergo utrum
ignorant, quae res maxumae sint quoque eae modo tractandae et tuendae, an
uim non habent, qua tantas res sustineant et gerant? at et ignoratio rerum
aliena naturae deorum est, et sustinendi muneris propter inbecillitatem
difficultas minime cadit in maiestatem deorum. ex quo efficitur id, quod
uolumus, deorum prouidentia mundum administrari.
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