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Du texte à l'hypertexte

Cicéron, De la nature des Dieux, Livre III

Chapitre 39

 

[3, XXXIX, 92] Mais il aurait sûrement pu apporter son aide et sauver des villes si grandes et si belles ; n’avez-vous pas coutume d’affirmer qu’il n’est rien qu’un dieu ne puisse accomplir, et sans fatigue aucune ; comme les membres de l’homme se meuvent sans effort, seulement sous l’effet de la pensée et de la volonté, ainsi tout se fait, tout se meut, et se modifie par la volonté des dieux. Et cette affirmation, vous l’avancez, non comme une superstition de bonne femme, mais en vous fondant sur une doctrine scientifique et cohérente, parce que vous soutenez que la matière première dont toutes les choses sont formées et qui les contient toutes, est en soi-même susceptible de se plier et de se transformer, si bien qu’il n’est rien qu’elle ne puisse créer et transformer, même en un temps record, mais que le principe qui contrôle et qui modèle toute cette matière est la puissance divine : quelle que soit sa direction, elle est en mesure de faire tout ce qu’elle veut. C’est pourquoi, ou bien elle ne connaît pas son pouvoir ou bien elle se moque des choses humaines ou bien elle n’est pas capable de juger ce qui est le meilleur. « Elle ne se préoccupe pas de chacun des individus. » [3,92] At subuenire certe potuit et conseruare urbis tantas atque talis; uos enim ipsi dicere soletis nihil esse, quod deus efficere non possit, et quidem sine labore ullo; ut enim hominum membra nulla contentione mente ipsa ac uoluntate moueantur, sic numine deorum omnia fingi, moueri mutarique posse. Neque id dicitis superstitiose atque aniliter, sed physica constantique ratione; materiam enim rerum, ex qua et in qua omnia sint, totam esse flexibilem et commutabilem, ut nihil sit, quod non ex ea quamuis subito fingi conuertique possit, eius autem uniuersae fictricem et moderatricem diuinam esse prouidentiam; hanc igitur, quocumque se moueat, efficere posse, quicquid uelit. Itaque aut nescit, quid possit, aut neglegit res humanas aut, quid sit optimum, non potest iudicare.
[3, XXXIX, 93] Quoi d’étonnant ? : elle se désintéresse même des villes, et pas seulement des villes, mais aussi des nations, des peuples. Mais elle les néglige aussi, quoi de surprenant qu’elle ait négligé le genre humain tout entier ? Mais comment pouvez-vous soutenir, dans le même temps, que les dieux ne s’occupent pas de ces détails et que les rêves sont distribués et dispensés aux hommes par les dieux immortels (que rêves sont dispensateurs de vérité, votre école l’affirme, c’est pourquoi je te soumets la question) et qu’il faut leur adresser des prières ? De toute évidence, la prière est un acte individuel, ce qui implique que l’intelligence divine accorde son attention au cas de chacun. Vous voyez donc qu’elle n’est pas si occupée que vous le pensiez. Imagine qu’elle soit occupée à faire tourner le ciel, à veiller sur la terre et à régler les mouvements de la mer : comment peut-elle supporter que tant de dieux restent parfaitement inactifs ? Pourquoi ne fait-elle pas diriger les affaires humaines par l’un de ces dieux qui ne font rien et que toi, Balbus, a énumérés en nombre infini ? Voilà ce que j’avais plus ou moins à dire sur la nature des dieux, non pour en nier l’existence, mais pour que vous compreniez combien elle est obscure et difficile à clarifier. » [3,93] 'Non curat singulos homines.' Non mirum: ne ciuitates quidem; non eas: ne nationes quidem et gentis. Quod si has etiam contemnet, quid mirum est omne ab ea genus humanum esse contemptum? Sed quomodo idem dicitis non omnia deos persequi, idem uoltis a dis inmortalibus hominibus dispertiri ac diuidi somnia -- idcirco haec tecum, quia uestra est de somniorum ueritate sententia --, atque idem etiam uota suscipi dicitis oportere? Nempe singuli uouent, audit igitur mens diuina etiam de singulis; uidetis ergo non esse eam tam occupatam, quam putabatis. Fac esse distentam, caelum uersantem, terram tuentem, maria moderantem: cur tam multos deos nihil agere et cessare patitur, cur non rebus humanis aliquos otiosos deos praeficit, qui a te, Balbe, innumerabiles explicati sunt? Haec fere dicere habui de natura deorum, non ut eam tollerem, sed ut intellegeretis, quam esset obscura et quam difficiles explicatus haberet."


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Dernière mise à jour : 28/03/2002