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Du texte à l'hypertexte

Cicéron, De la nature des Dieux, Livre III

Chapitre 4

 

[3, IV, 9] Alors Cotta répondit : « Jusqu’à quel point cette comparaison tient, à toi de le démontrer. » Pour ce qui me concerne, lors des procès, quand un fait est évident et admis par tous, je n’ai pas pour habitude d’en discuter (car l’argumentation affaiblit l’évidence), et quand bien même je me comporterais ainsi dans les affaires judiciaires, je ne me lancerais pas dans des analyses subtiles. De plus, il n’y aurait aucune raison de fermer un œil : les deux ont le même champ visuel, et la nature, que tu considères comme sage, a voulu que nous ayons deux fenêtres qui vont de l’esprit aux yeux. Mais si tu as voulu démontrer, avec force arguments, l’existence des dieux, c’est que tu n’étais pas sûr qu’elle était aussi évidente que tu l’aurais voulu. Quant à moi, le seul fait que nos ancêtres nous ont transmis cette croyance aurait été suffisant. Mais tu méprises leur autorité et tu combats avec la raison. [3,9] Tum Cotta "Quam simile istud sit", inquit, "tu uideris. Nam ego neque in causis, si quid est euidens, de quo inter omnis conueniat, argumentari soleo -- perspicuitas enim argumentatione eleuatur -- nec, si id facerem in causis forensibus, idem facerem in hac suptilitate sermonis. Cur coniueres autem altero oculo, causa non esset, cum idem optutus esset amborum et cum rerum natura, quam tu sapientem esse uis, duo lumina ab animo ad oculos perforata nos habere uoluisset. Sed quia non confidebas tam esse id perspicuum, quam tu uelis, propterea multis argumentis deos esse docere uoluisTi- Mihi enim unum sat erat, ita nobis maioris nostros tradidisse. Sed tu auctoritates contemnis, ratione pugnas;
[3, IV, 10] Permets donc que ma raison rivalise avec la tienne. Tu avances tous ces arguments pour démontrer l’existence des dieux, et, avec tes argumentations, tu rends douteux un fait qui, à mon avis, ne l’est absolument pas ; j’ai en mémoire non seulement le nombre, mais aussi l’ordre de tes arguments. Le premier était que, quand nous tournons notre regard vers le ciel, nous comprenons immédiatement qu’il existe une puissance qui gouverne le firmament. D’où également cette citation : « Regarde cette splendeur là-haut, que tous invoquent avec le nom de Jupiter » ; [3,10] patere igitur rationem meam cum tua ratione contendere. Adfers haec omnia argumenta, cur dii sint, remque mea sententia minime dubiam argumentando dubiam facis; mandaui enim memoriae non numerum solum, sed etiam ordinem argumentorum tuorum. Primum fuit, cum caelum suspexissemus, statim nos intellegere esse aliquod numen, quo haec regantur. Ex hoc illud etiam: 'Aspice hoc sublime candens, quem inuocant omnes Iouem'
[3, IV, 11] vraiment comme si quelqu’un de nous l’invoquait, elle, plutôt que Jupiter Capitolin, ou qu’il était évident et universellement admis qu’ils étaient des dieux, ces êtres que Velléius et beaucoup d’autres n’admettraient même pas qu’ils soient vivants. Que la croyance dans les dieux immortels est universelle, et se répand de jour en jour, te paraissait aussi un argument important : vous semble-t-il donc juste de juger des arguments si importants en se fondant sur les opinions des sots, ces sots que vous considérez comme des aliénés ? V, 11. « Mais nous voyons les dieux apparaître en personne, comme Postumius les vit au lac Régille, et Vatinius sur la via Salaria », sans parler de la bataille que les Locrésiens livrèrent sur le Sagra. Tu crois vraiment que ceux que tu appelais les fils de Tyndare, c’est-à-dire des hommes nés d’hommes, et qui, selon Homère, qui vécut peu de temps après eux, ont été enterrés à Sparte, vinrent à la rencontre de Vatinius sur des chevaux blancs, sans escorte, et annoncèrent la victoire du peuple romain à ce Vatinius, un paysan, plutôt qu’à Marcus Caton qui était alors le citoyen le plus en vue ? Donc tu penses que cette marque dans la roche, que l’on voit aujourd’hui au lac Régille, et qui ressemble à l’empreinte d’un sabot, a été laissée par le cheval de Castor ? [3,11] quasi uero quisquam nostrum istum potius quam Capitolinum Iouem appellet aut hoc perspicuum sit constetque inter omnes, eos esse deos, quos tibi Velleius multique praeterea ne animantis quidem esse concedant. Graue etiam argumentum tibi uidebatur, quod opinio de dis inmortalibus et omnium esset et cottidie cresceret: placet igitur tantas res opinione stultorum iudicari, uobis praesertim, qui illos insanos esse dicatis? 'At enim praesentis uidemus deos, ut apud Regillum Postumius, in Salaria Vatinius' -- nescio quid etiam de Locrorum apud Sagram proelio. Quos igitur tu Tyndaridas appellabas, id est homines homine natos, et quos Homerus, qui recens ab illorum aetate fuit, sepultos esse dicit Lacedaemone, eos tu cum cantheriis albis nullis calonibus obuiam Vatinio uenisse existimas et uictoriam populi Romani Vatinio potius homini rustico quam M. Catoni, qui tum erat princeps, nuntiauisse? Ergo et illud in silice, quod hodie apparet apud Regillum, tamquam uestigium ungulae Castoris equi credis esse?


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Dernière mise à jour : 28/03/2002