|
 |
| [3, IX, 22] Le vieux syllogisme de Zénon, concis, et, d’après toi, pénétrant, a
développé l’intégralité de la question. Zénon argumente ainsi : « Ce qui est
doté de raison est meilleur que ce qui ne l’est pas ; or rien n’est meilleur que
le monde ; donc le monde est doté de raison. »
| [3,22] Istum enim locum totum ilIa uetus Zenonis breuis et, ut tibi
uidebatur, acuta conclusio dilatauit. Zeno enim ita concludit: 'Quod
ratione utitur, id melius est quam id, quod ratione non utitur; nihil autem
mundo melius; ratione igitur mundus utitur.'
| | [3, IX, 23] Si tu acceptes ce raisonnement, tu parviendras à démontrer que le monde
est capable lire un livre à la perfection ; et prenant exemple sur Zénon, tu
pourras argumenter ainsi : « Celui qui sait lire est supérieur à l’analphabète ;
or rien n’est supérieur au monde ; donc le monde sait lire » ; de cette façon,
il sera aussi éloquent, mathématicien, musicien, et expert dans toutes les
sciences, et enfin philosophe. Tu as souvent affirmé que rien n’arrive sans
intervention divine, et que la nature ne possède pas la faculté de créer des
êtres différents d’elle : devrai-je admettre que le monde n’est pas seulement
animé et sage, mais également joueur de lyre et de flûte, étant donné que les
hommes versés dans ces arts sont créés par lui ? Le père du Stoïcisme ne fournit
aucun argument qui nous amènerait à induire que le monde est doué de raison et
qu’il est un être animé. Le monde n’est donc pas dieu, et cependant rien n’est
meilleur que lui ; rien n’est en effet plus beau, plus adapté à notre
conservation, rien n’est plus magnifique à voir ou plus régulier dans le
mouvement.
Et si l’univers n’est pas dieu, ne le sont pas non plus ces étoiles innombrables
que tu rangeais parmi les dieux, et dont la course éternellement uniforme te
réjouissait, à bon droit, par Hercule !, parce que leur régularité est
extraordinaire et incroyable.
| [3,23] Hoc si placet, iam efficies, ut mundus optime librum legere uideatur;
Zenonis enim uestigiis hoc modo rationem poteris concludere: 'Quod
litteratum est, id est melius, quam quod non est litteratum; nihil autem
mundo melius; litteratus igitur est mundus' --isto modo etiam disertus et
quidem mathematicus, musicus, omni denique doctrina eruditus, postremo
philosophus erit mundus. Saepe dixisti nihil fieri sine deo nec ullam uim
esse naturae, ut sui dissimilia posset effingere: concedam non modo
animantem et sapientem esse mundum, sed fidicinem etiam et tubicinem,
quoniam earum quoque artium homines ex eo procreantur? Nihil igitur adfert
pater iste Stoicorum, quare mundum ratione uti putemus, nec cur animantem
quidem esse. Non est igitur mundus deus; et tamen nihil est eo melius:
nihil est enim eo pulchrius, nihil salutarius nobis, nihil ornatius aspectu
motuque constantius. Quod si mundus uniuersus non est deus, ne stellae
quidem, quas tu innumerabilis in deorum numero reponebas. Quarum te cursus
aequabiles aeternique delectabant, nec mehercule iniuria, sunt enim
admirabili incredibilique constantiA-
| | [3, IX, 24] Mais il ne faut pas en conclure que tout ce qui possède un mouvement
fixe et régulier doit être attribué à une divinité plutôt qu’à la nature,
Balbus.
X, 24. Quoi de plus régulier que le mouvement alternatif de la marée dans
l’Euripe de Chalcis ? Ou dans le détroit de Sicile ? Ou du bouillonnement
des flots en ces régions où « l’onde impétueuse sépare l’Europe et la Libye
» ? La marée en Espagne et en Bretagne, le flux et le reflux périodique, ne
peuvent-ils pas se produire sans intervention divine ? Prends garde à ceci,
veux-tu ? : si on déclare divins tous les mouvements et les événements qui
reviennent avec une égale régularité, on finira par affirmer que la fièvre
tierce et quarte sont divines : quoi de plus régulier que leur récurrence ? Ce
sont là des phénomènes qu’il faut expliquer rationnellement.
| [3,24] Sed non omnia, Balbe, quae cursus certos et constantis habent, ea deo
potius tribuenda sunt quam naturae. Quid Chalcidico Euripo in motu
identidem reciprocando putas fieri posse constantius, quid freto
Siciliensi, quid Oceani feruore illis in locis, 'Europam Libyamque rapax
ubi diuidit unda'? Quid aestus maritimi uel Hispanienses uel Brittannici
eorumque certis temporibus uel accessus uel recessus sine deo fieri nonne
possunt? Vide, quaeso, si omnis motus omniaque, quae certis temporibus
ordinem suum conseruant, diuina dicimus, ne tertianas quoque febres et
quartanas diuinas esse dicendum sit; quarum reuersione et motu quid potest
esse constantius? Sed omnium talium rerum ratio reddenda est;
| |  |