| [5,1] I. Vous m'avez dit, Silvinus, que dans les livres précédents que j'ai écrits
pour vous sur la création et la culture des vignobles, il manquait bien des
choses que ceux qui s'occupent de l'agriculture désireraient y trouver. Je ne
nie pas que j'aie omis quelques détails, quoique j'aie recherché avec soin tout
ce qu'ont écrit les anciens agronomes, ainsi que ceux de notre siècle ;
toutefois, lorsque j'ai promis de donner les préceptes de l'économie rurale, je
n'avais pas, si je ne me trompe, pris l'engagement d'embrasser la totalité, mais
de dire le plus important de ce que contient la vaste étendue de cette science :
car une telle entreprise serait au-dessus des forces d'un homme, puisqu'aucune
science, aucun art n'a été porté à sa perfection par un seul génie. C'est
pourquoi, comme dans une grande forêt, un bon chasseur a fait son devoir en
prenant le plus de bêtes sauvages qu'il a pu, et qu'on ne saurait lui reprocher
d'en avoir laissé échapper quelques-unes ; de même il nous suffit, et c'est
beaucoup assurément, d'avoir traité la plus grande partie de la matière immense
que nous avons exploitée : d'autant mieux que les objets dont on regrette, comme
on dit, l'omission, sont étrangers à notre profession.
Récemment notre cher M. Trebellius, me demandant des renseignements sur le
mesurage des champs, prétendait qu'après avoir enseigné la manière de travailler
la terre avec la houe à deux dents, je devais, comme complément indispensable,
dire comment on peut ensuite la mesurer ; mais je lui répondis que c'était le
devoir, non d'un agriculteur, mais d'un arpenteur, puisque les architectes
eux-mêmes, qui doivent être experts dans l'art des mesures, ne daignent pas
fixer celle des édifices achevés dont ils ont ordonné la construction : ils
prétendent que l'une de ces opérations concerne leur profession, et que l'autre
est du ressort de celui qui mesure les bâtiments terminés, et fait le calcul du
travail qu'ils ont fait exécuter : ce qui me confirme dans mon opinion, ce qu'on
doit pardonner à notre science, si elle se borne à dire comment on doit faire
chaque chose, sans entrer ensuite dans les calculs pour en déterminer l'importance.
Toutefois, Silvinus, puisque, vous aussi, vous me demandez à titre d'ami
l'explication des mesures dont nous faisons usage, je vais me rendre à ce que
vous exigez de moi ; mais vous ne devez plus douter qu'un tel travail appartient
plutôt à la géométrie qu'à l'agriculture, et vous me pardonnerez si je commets
quelque erreur dans une partie dont je ne m'attribue pas la connaissance.
Revenons à notre objet. Quelle que soit la forme des surfaces, elle est soumise
à la mesure du pied, qui est de seize doigts, et qui, multiplié, donne le pas,
les actes, les climats, les jugères, les stades et les centuries, et des espaces
plus étendus encore. Le pas se compose de cinq pieds ; le petit acte, comme dit
M. Varron, offre une largeur de quatre pieds sur une longueur de cent vingt. Le
climat présente soixante pieds en tout sens. L'acte carré a cent vingt pieds sur
tous ses côtés. Le jugère est le double de cette mesure, et tire son nom de la
jonction d'un acte carré à un autre. Les paysans de la Bétique, une de nos
provinces, appellent cet acte "acnua", et donnent le nom de "porque" à une surface
de trente pieds de large sur cent quatre vingts de longueur. Les Gaulois
désignent, sous le nom de "candète", un espace de cent pieds dans les villes, et
de cent cinquante dans les campagnes : c'est ce que les laboureurs nomment
"cadète", comme ils appellent "arépennis" le demi-jugère. Or, comme je l'ai dit,
deux actes forment un jugère de deux cent quarante pieds de longueur sur une
largeur de cent vingt ; et ces deux sommes multipliées entre elles produisent
vingt-huit mille huit cent pieds carrés. Le stade, qui vient ensuite, a cent
vingt-cinq pas, c'est-à-dire six cent vingt-cinq pieds, qui, multipliés par
huit, donnent mille pas, qui font bien cinq mille pieds. Maintenant nous
appelons centurie, comme dit le même Varron, une étendue de deux cents jugères,
qui jadis tirait son nom des cent jugères dont elle était alors composée ;
doublée plus tard, elle n'en conserva pas moins son nom : c'est ainsi que nos
tribus tirèrent d'abord leur nom de la division du peuple en trois sections ;
quoique ces sections soient plus nombreuses aujourd'hui, elles n'en gardent pas
moins de nos jours leur ancienne dénomination. J'ai cru devoir entrer
sommairement dans ces explications préliminaires, qui ne sont pas étrangères à
la théorie que je vais exposer, qui même en sont inséparables. Venons à présent
au sujet que nous devons traiter.
Nous n'avons pas énuméré toutes les parties du jugère : nous nous sommes bornés
à indiquer celles qui sont nécessaires pour l'estimation des travaux exécutés ;
car il serait inutile de détailler ces subdivisions minimes pour lesquelles on
n'alloue aucune somme dans les comptes. Répétons donc que le jugère présente
vingt-huit mille huit cents pieds carrés, qui font deux cent quatre-vingt-huit
scripules. Pour commencer par la plus faible mesure, je vais parler du
demi-scripule : cette portion en est la cinq-cent-soixante-seizième partie et
offre cinquante pieds. Le scrupule est la deux-cent-quatre-vingt-huitième partie
du jugère : il présente cent pieds. Le cent-quarante-quatrième du jugère a deux
cents pieds, et forme le double scrupule. Le soixante-douzième contient quatre
cents pieds et s'appelle sextule : ce sont quatre scrupules. Le
quarante-huitième renferme six cents pieds : on le nomme sicilique ; il est
formé de six scrupules. La semi-once, composée de douze scrupules, est la
vingt-quatrième partie du jugère et embrasse douze cents pieds. Quant à l'once,
douzième du jugère, elle compte deux mille quatre cents pieds, et renferme
vingt-quatre scrupules. Le sixième d'un jugère, ou quatre mille huit cents
pieds, a le nom de sextant, et contient quarante-huit scrupules. On appelle
quadrant le quart du jugère : il est formé de sept mille deux cents pieds, ou
soixante-douze scrupules. Le trient, ou tiers du même jugère, a neuf mille six
cents pieds équivalant à quatre-vingt-seize scrupules. La troisième partie et un
douzième, embrassant douze mille pieds, ou cent vingt scrupules, est appelée
quinconce. Le demi-jugère ou semi-jugère se compose de quatorze mille quatre
cents pieds, donnant cent quarante-quatre scrupules. La moitié et un douzième,
formés d e seize mille huit cents pieds, contenant cent soixante-huit scrupules,
a reçu le nom de septonce. Les deux tiers s'appellent le bès, et se composent de
dix-neuf mille deux cents pieds, qui font cent quatre-vingt-douze scrupules. Le
dodrant représente les trois quarts du jugère, c'est-à-dire vingt et un mille
six cents pieds, formant deux cent seize scrupules. La moitié plus le tiers
portent le nom de dextant, qui se compose de vingt-quatre mille pieds, et
contient deux cent quarante scrupules. Le déonce, ou deux cent soixante-quatre
scrupules, comprend les deux tiers et un quart, qui sont vingt-six mille quatre
cents pieds. Le jugère ou l'as est composé de vingt-huit mille huit cents pieds.
Si le jugère présentait invariablement un carré parfait, et donnait toujours
deux cent quarante pieds de longueur et cent vingt de largeur, le calcul en
serait très facile ; mais, comme les formes diverses des champs peuvent
occasionner des discussions, nous allons spécifier ces différences en nous
servant d'une sorte de formule applicable à toutes.
| [5,1] I. Superioribus libris, quos ad te de constituendis colendisque uineis, Siluine,
scripseram, nonnulla defuisse dixisti, quae agrestium operum studiosi
desiderarent; neque ego infitior aliqua me praeteriisse, quamuis inquirentem
sedulo, quae nostri saeculi cultores quaeque ueteres litterarum monumentis
prodiderunt; sed cum sim professus rusticae rei praecepta, nisi fallor,
asseueraueram, quae uastitas eius scientiae contineret, non cuncta me dicturum,
sed plurima. Nam illud in unius hominis prudentiam cadere non poterat. <2> Neque
enim est ulla disciplina aut ars, quae singulari consummata sit ingenio.
Quapropter ut in magna silua boni uenatoris est indagantem feras quam plurimas
capere, nec cuiquam culpae fuit non omnes cepisse; ita nobis abunde est, tam
diffusae materiae, quam suscepimus, maximam partem tradidisse, quippe cum ea
uelut omissa desiderentur, quae non sunt propria nostrae professionis; ut
proxime, cum de commetiendis agris rationem M- Trebellius noster requireret a
me, uicinum adeo atque coniunctum esse censebat demonstranti, quemadmodum agrum
pastinemus, praecipere etiam pastinatum quemadmodum metiri debeamus. <3> Quod
ego non agricolae sed mensoris officium esse dicebam; cum praesertim ne
architecti quidem, quibus necesse est mansurarum nosse rationem, dignentur
consummatorum aedificiorum, quae ipsi disposuerint, modum comprehendere, sed
aliud existiment professioni suae conuenire, aliud eorum, qui iam exstructa
metiuntur, et imposito calculo perfecti operis rationem computant. Quo magis
ueniam tribuendam esse nostrae disciplinae censeo, si eatenus progreditur, ut
dicat, qua quidque ratione faciendum, non quantum id sit quod effecerit. <4>
Verum quoniam familiariter a nobis tu quoque, Siluine, praecepta mensurarum
desideras, obsequar uoluntati tuae, cum eo, ne dubites id opus geometrarum magis
esse quam rusticorum, desque ueniam, si quid in eo fuerit erratum, cuius
scientiam mihi non uindico. Sed ut ad rem redeam, modus omnis areae pedali
mensura comprehenditur, qui digitorum est XVI. Pes multiplicatus in passus et
actus et climata et iugera et stadia centuriasque, mox etiam in maiora spatia
procedit. Passus pedes habet V. <5> Actus minimus (ut ait M- Varro) latitudinis
pedes quattuor, longitudinis habet pedes CXX. Clima quoquo uersus pedum est LX.
Actus quadratus undique finitur pedibus CXX. Hoc duplicatum facit iugerum, et ab
eo, quod erat iunctum, nomen iugeri usurpauit. Sed hunc actum prouinciae
Baeticae rustici acnuam uocant; <6> iidemque triginta pedum latitudinem et CLXXX
longitudinem porcam dicunt. At Galli candetum appellant in areis urbanis spatium
centum pedum, in agrestibus autem pedum CL. <Quod aratores candetum nominant>
semiiugerum quoque arepennem uocant. Ergo, ut dixi, duo actus iugerum efficiunt
longitudine pedum CCXL, latitudine pedum CXX. Quae utraeque summae in se
multiplicatae quadratorum faciunt pedum uiginti octo milia et octingentos.
Stadium deinde habet passus CXXV, id est pedes DCXXV, quae mensura octies
multiplicata efficit mille passus; sic ueniunt quinque milia pedum. <7>
Centuriam nunc dicimus (ut idem Varro ait) ducentorum iugerum modum. Olim autem
ab centum iugeribus uocabatur centuria, sed mox duplicata nomen retinuit; sicuti
tribus dictae primum a partibus populi tripartito diuisi, quae tamen nunc
multiplicatae pristinum nomen possident. <8> Haec non aliena, nec procul a
ratiocinio, quod tradituri sumus, breuiter praefari oportuit. Nunc ueniamus ad
propositum. Iugeri partes non omnes posuimus, sed eas, quae cadunt in
aestimationem facti operis. Nam minores persequi superuacuum fuit, pro quibus
nulla merces dependitur. Igitur, ut diximus, iugerum habet quadratorum pedum
uiginti octo milia et octingentos; qui pedes efficiunt scripula CCLXXXVIII. <9>
Ut autem a minima parte, id est ab dimidio scripulo incipiam, pars quingentesima
septuagesima sexta pedes efficit quinquaginta; id est iugeri dimidium scripulum.
Pars ducentesima octogesima octaua pedes centum; hoc est scripulum. Pars CXLIIII
pedes CC, hoc est, scripula duo. Pars septuagesima et secunda pedes CCCC, hoc
est sextula, in qua sunt scripula quattuor. Pars quadragesima octaua pedes DC,
hoc est sicilicus, in quo sunt scripula sex. <10> Pars uigesima quarta pedes
mille ducentos, hoc est semiuncia, in qua scripula XII. Pars duodecima duo milia
et quadringentos, hoc est uncia, ini qua sunt scripula XXIIII. Pars sexta pedes
quattuor milia et octingentos, hoc est sextans, in quo sunt scripula XLVIII.
Pars quarta pedes septem milia et ducentos, hoc est quadrans, in quo sunt
scripula LXXII. Pars tertia pedes nouem milia et sescentos, hoc est triens, in
quo sunt scripula XCVI. <11> Pars tertia et una duodecima pedes duodecim milia,
hoc est quincunx, in quo sunt scripula CXX. Pars dimidia pedes quattuordecim
milia et quadringentos, hoc est semis, in quo sunt scripula CXLIIII. Pars
dimidia et una duodecima, pedes sexdecim milia et octingentos, hoc est septunx,
in quo sunt scripula CLVIII. Partes duae tertiae pedes decem nouem milia et
ducentos, hoc est bes, in quo sunt scripula CXCII. Partes tres quartae pedes
unum et uiginti milia et sescentos, hoc est dodrans, in quo sunt scripula CCXVI.
<12> Pars dimidia et tertia pedes uiginti quattuor milia, hoc est dextans, in
quo sunt scripula CCXL. Partes duae tertiae et una quarta pedes uiginti sex
milia et quadringentos, hoc est deunx, in quo sunt scripula CCLXIIII. Iugerum
pedes uiginti octo milia et octingentos, hoc est as, in quo sunt scripula
CCLXXXVIII. <13> Iugeri autem modus si semper quadraret, et in agendis mensuris
in longitudinem haberet pedes CCXL, in latitudinem pedes CXX, expeditissimum
esset eius ratiocinium. Sed quoniam diuersae agrorum formae ueniunt in
disputationem, cuiusque generis species subiciemus, quibus quasi formulis utemur.
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