| [5,9] IX. On dispose la pépinière d'oliviers dans un lieu bien découvert, en terrain
médiocrement bon, mais abondant en suc, ni compacte, ni trop léger, et pourtant
plutôt léger que compacte. Ce genre de sol est presque toujours noir. Quand vous
l'aurez remué à trois pieds de profondeur, et qu'au moyen d'un fossé profond
vous en aurez interdit l'accès aux troupeaux, vous le laisserez fermenter. Alors
coupez sur des arbres de jeunes branches droites et vigoureuses que la main
puisse empoigner, c'est-à-dire qui soient de la grosseur d'un manche d'outil;
pendant qu'elles sont fraîches, vous en ferez des boutures, en prenant garde de
blesser l'écorce ni aucune autre partie que celle que la scie a tranchée. C'est
ce qui se pratique sans difficulté, si préalablement on a disposé un étai, et si
on a garni de torsades de foin ou de paille la partie où l'on doit faire
l'amputation, de manière à couper la bouture doucement et sans dommage pour son
écorce. On scie ensuite les boutures à la longueur d'un pied et demi, on polit
la plaie de chacun des bouts avec une serpe, puis on les marque avec de la
sanguine, afin de leur donner, en les plantant, la même position qu'ils avaient
sur l'arbre, et pour que leur partie inférieure soit enfoncée dans le sol, et
que la partie supérieure regarde le ciel: car si l'on plantait la bouture à
contre-sens, elle prendrait difficilement, et l'arbre qui en proviendrait serait
à jamais stérile. Il faudra enduire de fumier mêlé avec de la cendre, la tête et
le pied des boutures, et les enfoncer entièrement de manière qu'elles soient
recouvertes de terre légère à la hauteur de quatre doigts. On aura soin de
ficher à leur droite et à leur gauche, et à petites distances, deux signaux
faits d'un bois quelconque, et qui seront contenus par un lien à leur sommet,
pour qu'on ne les renverse pas facilement. Ces précautions sont utiles pour que
les fossoyeurs, dans leur ignorance, n'offensent pas les boutures enterrées,
lorsqu'on leur fera cultiver la pépinière à la houe à deux dents ou bien au
sarcloir.
Quelques agriculteurs pensent qu'il vaut mieux planter des bourgeons, et les
aligner de la même manière au cordeau. Quoi qu'il en soit, ces deux plantations
doivent être faites après l'équinoxe du printemps. La première année, on
sarclera le plus souvent qu'il sera possible; et la seconde année et les
suivantes, quand les radicules auront acquis de la force, on cultivera avec le
râteau; mais, durant deux années, on s'abstiendra de toute taille; puis à la
troisième on ne laissera à chaque bouture que deux rameaux, et l'on sarclera
fréquemment la pépinière. La quatrième année survenue, on coupera le plus
faible des deux rameaux. Ainsi cultivés, les jeunes arbres seront, au bout de
cinq ans, propres à la transplantation.
On les établit avantageusement dans les terrains secs et peu humides, pendant
l'automne; au printemps, dans ceux qui sont fertiles et moites, un peu avant
qu'ils n'entrent en végétation. Un an avant de les transplanter, on leur prépare
des fosses de quatre pieds; et, si le temps n'a pas été propice, avant de mettre
ce plant dans la fosse, on y brûle de la paille pour que le feu en rende la
terre plus meuble , ce que le soleil et les gelées auraient dû faire. Le moindre
espace entre les lignes doit être, dans les terrains gras et propres aux
céréales, de soixante pieds d'un côté, et de quarante de l'autre; dans un sol
maigre et impropre à la culture des grains, vingt-cinq pieds d'intervalle sont
suffisants. Il convient d'exposer les lignes au souffle du favonius, afin qu'il
les rafraîchisse pendant l'été.
Voici la manière de transplanter les jeunes oliviers. Avant de les arracher,
marquez avec de la sanguine le côté qui regarde le midi, afin de leur donner la
même exposition qu'ils avaient dans la pépinière. On a soin de laisser autour de
la racine un pied de terre, et on les enlève avec cette motte. Pour empêcher
qu'elle ne s'égrène, il est à propos de faire avec de petites baguettes une
sorte de tissu qu'on appliquera au pied de l'arbre, et autour duquel on le
fixera avec de l'osier, de manière que la terre bien serrée y soit comme
emprisonnée. Alors, après avoir détaché le dessous de la motte, on la soulève
légèrement, on lie dessous quelques petites branches, et l'on transporte le
sujet. Avant de le déposer dans la fosse, il faudra en remuer le fond avec la
houe à deux dents; puis, si la surface du terrain est plus grasse, en jeter la
terre ameublie sur les racines et y semer de l'orge. S'il se trouvait de l'eau
dans les fosses, on l'épuiserait complètement avant d'y mettre les arbres, on y
jetterait de petits cailloux ou du gravier mêlé de terre grasse, et après avoir
assis les plants, on échancrerait les côtés de la fosse et on mêlerait un peu de
fumier à la terre. Si on n'a pas jugé à propos de planter en motte, il sera bon
d'enlever tout le feuillage du tronc de l'olivier; puis, après avoir uni les
plaies et les avoir enduites de fumier et de cendre, de le déposer dans les
fosses ou dans les tranchées. Le sujet le plus propre à la transplantation est
celui dont le tronc n'excède pas la grosseur du bras. On peut pourtant en
transplanter de beaucoup plus gros et de plus robustes. Alors, si on n'a aucun
danger à redouter des bestiaux, on plantera le sujet de sorte qu’il ne s'élève
que peu au-dessus de la fosse: il en poussera plus vigoureusement; mais si on ne
peut éviter, les incursions de ces animaux, on conservera au tronc assez de
hauteur pour qu'ils ne puissent lui nuire. Il ne faut pas négliger d'arroser
quand survient la sécheresse. Ce n'est qu'après deux ans qu'on fera usage de la
serpe : alors on émondera l'olivier de telle sorte que sa tige dépasse en
hauteur la taille du plus grand boeuf, de peur qu'en labourant cet animal ne s'y
blesse la cuisse ou toute autre partie du corps. C'est aussi une excellente
précaution d'entourer de haies les plants établis; puis de diviser en deux
sections le verger d'oliviers bien constitué et au moment du rapport: chacune
d'elles donnera alternativement des fruits tous les deux ans : car l'olivier
n'est pas fécond deux années de suite. L'année où le terrain sur lequel sont
plantés les oliviers n'est pas ensemencé, ces arbres jettent des rejetons; quand
il est mis en culture, ils donnent des fruits: ainsi, en divisant le champ en
deux portions, on obtient tous les ans un revenu égal. Au surplus, on doit le
labourer au moins deux fois par an, et le fouir profondément avec la boue à deux
dents. Pendant le solstice d'été, quand la terre s'est gercée, il faut veiller à
ce que, par ces crevasses, le soleil ne frappe pas les racines. Après l'équinoxe
d'automne, on déchausse les oliviers de manière que, s'ils sont plantés sur un
coteau, des rigoles tracées d'en haut conduisent à leur pied l'eau chargée de
limon. Ensuite, chaque année, on extirpera tous les rejetons qui naissent à la
base de l'arbre, qui devra être fumé tous les trois ans. On se conformera pour
la manière de distribuer les engrais dans les plants d'oliviers, aux préceptes
que j'ai donnés dans mon second livre, si on se propose d'en faire aussi
profiter les céréales; mais si on ne veut s'occuper que des arbres, il faudra en
automne, pour que l'engrais réchauffe leurs racines en s'y mêlant pendant
l'hiver, jeter au pied de chacun d'eux six livres de crottin de chèvres, ou un
modius de fumier sec, ou bien un conge de lie d'huile. Lorsqu'ils sont peu
vigoureux, la lie d'huile est préférable, en raison de la propriété qu'elle a de
faire périr les vers et les autres insectes qui, pendant l'hiver, s'introduisent
au pied des oliviers. Ordinairement aussi, dans les lieux soit secs, soit
humides, ces arbres sont infestés par la mousse, qui, si elle n'est pas enlevée
au moyen du grattoir, ne laissera venir ni fruits ni même beaucoup de feuilles.
Les oliviers doivent être taillés après un certain nombre d'années; car il
convient de se rappeler cet ancien proverbe : Qui laboure ses oliviers, les prie
de donner du fruit; qui les fume, le demande; qui les taille, l'exige. Il suffit
cependant de le faire tous les huit ans pour ne pas trop couper de branches à
fruit. Il arrive quelquefois que les oliviers, quoiqu'ayant une belle apparence,
ne produisent pas de fruits : il convient alors de les percer avec la tarière
gauloise et d'enfoncer dans le trou une cheville verte d'olivier sauvage :
ainsi, par cette sorte d'alliance qui le féconde, l'arbre devient plus fertile.
On peut encore, sans avoir recours aux déchaussements, l'exciter avec de la lie
d'huile non salée, mêlée avec de vieille urine de porc ou d'homme, qui l'une et
l'autre ne doivent être employées qu'avec mesure; car pour le plus grand de ces
arbres, une urne sera plus que suffisante, si on ne la mêle avec une égale
quantité d'eau.
Quelquefois, par le vice du sol, les oliviers ne donnent pas de fruits. Voici
comment on peut remédier à cet inconvénient. On déchaussera les arbres au moyen
de grands trous circulaires; ensuite, suivant la grandeur de l'olivier, on
l'entourera d'une plus ou moins grande quantité de chaux; toutefois, le plus
petit en demande un modius. Si ce remède ne produit aucun effet, on aura recours
à la ressource de la greffe. Nous dirons par la suite comment on greffe
l'olivier. Il arrive aussi quelquefois qu'un de ses rameaux est un peu plus
vigoureux que les autres; si on ne le coupe pas, tout l'arbre dépérira.
Jusqu'ici nous avons assez parlé des plants d'oliviers. Il nous reste à traiter
des arbres fruitiers proprement dits; c'est ce qu'à présent nous allons faire:
| [5,9] IX. Seminarium oliueto praeparetur caelo libero, terreno modice ualido, sed
succoso, neque denso neque soluto solo, potius tamen resoluto. Id genus fere
terrae niger est. Quam cum in tres pedes pastinaueris, et alta fossa
circumdederis, ne aditus pecori detur, fermentari sinito. <2> Tum ramos nouellos
proceros et nitidos, quos comprehensos manus possit circumuenire, hoc est
manubrii crassitudine, feracissimis arboribus adimito, et <ex his> quam
recentissimas taleas recidito, ita ut ne corticem aut ullam aliam partem, quam
qua serra praeciderit, laedas. Hoc autem facile contingit, si prius uaram
feceris et eam partem, supra quam ramum secaturus es, foeno aut stramentis
texeris, ut molliter et sine noxa corticis taleae superpositae secentur. <3>
Taleae deinde sesquipedales serra praecidantur, atque earum plagae utraque parte
falce leuentur et rubrica notentur, ut sic quemadmodum in arbore steterat ramus,
ita parte ima terram et cacumine caelum spectans deponatur. Nam si inuersa
mergatur, difficulter comprehendet, et cum ualidius conualuerit, sterilis in
perpetuum erit. Sed oportebit talearum capita et imas partes misto fimo cum
cinere oblinire, et ita totas eas immergere, ut putris terra digitis quattuor
alte superueniat. <4> Sed binis indicibus ex utraque parte muniantur: hi sunt de
qualibet arbore breui spatio iuxta eas positi, et <in summa parte> inter se
uinculo connexi, ne facile singulo deiciantur. Hoc facile utile est propter
fossorum ignorantiam, ut cum bidentibus aut sarculis seminarium colere
institueris, depositae taleae non laedantur. <5> Quidam melius existimant
radicum oculis siluestrium olearum hortulos excolere, et simili ratione
disponere; sed utrumque debet post uernum aequinoctium seri, et quam
frequentissime seminarium primo anno sarriri; postero et sequentibus, cum iam
radiculae seminum conualuerint, rastris excoli. Sed biennio a putatione
abstineri, tertio anno singulis seminibus binos ramulos relinqui, et frequenter
sarriri seminarium conuenit. <6> Quarto anno ex duobus ramis infirmior
amputandus est. Sed excultae quinquennio arbusculae habiles translationi sunt.
Plantae autem in oliueto disponuntur optime siccis minimeque uliginosis agris
per autumnum, laetis et humidis uerno tempore, paulo ante, quam germinent. <7>
Atque ipsis scrobes quaternum pedum praeparantur anno ante; uel si tempus non
largitur, prius quam deponantur arbores, stramentis atque uirgis iniectus
incendantur scrobes, ut eos ignis putres faciat, quos sol et pruina facere
debuerat. Spatium inter ordines minimum esse debet pingui et frumentario solo
sexagenum pedum in alteram partem, atque in alteram quadragenum; macro nec
idoneo segetibus quinum et uicenum pedum. Sed in Fauonium dirigi ordines
conuenit, ut aestiuo perflatu refrigerentur. <8> Ipsae autem arbusculae hoc modo
possunt transferri: antequam explantes arbusculam, rubrica notato partem eius,
quae meridiem spectat, ut eodem modo, quo in seminario erat, disponatur. Deinde
ut arbusculae spatium pedale in circuitu relinquatur, atque ita cum suo caespite
planta eruatur. Qui caespes in eximendo ne resoluatur, modicos surculos uirgarum
inter se conexos facere oportet, eosque pala, qua eximitur, applicare, et
uiminibus ita innectere, ut constricta terra uelut inclusa teneatur. <9> Tum
subruta parte ima leuiter pala commouere, et suppositis uirgis alligare, atque
plantam transferre. Quae antequam deponatur, oportebit solum scrobis imum fodere
bidentibus; deinde terram aratro subactam, si tamen erit summa humus, immittere,
et ita ordei semina substernere, et si consistet in scrobibus aqua, ea omnis
haurienda est, antequam demittantur arbores. Deinde ingerendi minuti lapides uel
glarea mista pingui solo, depositisque seminibus latera scrobis circumcidenda,
et aliquid stercoris interponendum. <10> Quod si cum sua terra planta non
conuenit, tum optimum est omni fronde priuare truncum, atque leuatis plagis,
fimoque et cinere oblitis, in scrobem uel sulcum deponere. Truncus autem aptior
translationi est, qui brachii crassitudinem habet. Poterit etiam longe maioris
incrementi et robustioris transferri. Quem ita conuenit poni, ut si non
periculum a pecore habeat, exiguum admodum supra scrobem emineat; laetius enim
frondet. Si tamen incursus pecoris aliter uitari non poterit, celsior truncus
constituetur, ut sit innoxius ab iniuria pecorum. <11> Atque etiam rigandae sunt
plantae, cum siccitates incesserunt, nec nisi post biennium ferro tangendae. Ac
primo surculari debent, ita ut simplex stilus altitudinem maximi bouis excedat;
deinde arando ne coxam bos, aliamue partem corporis offendat, optimum est etiam
constitutas plantas circummunire caueis. Deinde constitutum iam et maturum
oliuetum in duas partes diuidere, quae alternis annis fructu induantur. Neque
enim olea continuo biennio uberat. <12> Cum subiectus ager consitus non est,
arbor coliculum agit; cum seminibus repletur, fructum affert; ita sic diuisum
oliuetum omnibus annis aequalem reditum adfert. Sed id minime bis anno arari
debet; et bidentibus alte circumfodiri. Nam post solstitium cum terra aestibus
hiat, curandum est, ne per rimas sol ad radices arborum penetret. Post
aequinoctium autumnale ita sunt arbores ablaqueandae, ut a superiore parte, si
olea in cliuo sit, incilia excitentur, quae limosam aquam ad codicem deducant.
<13> Omnis deinde suboles, quae ex imo stirpe nata est, quotannis exstirpanda
est, ac tertio quoque fimo pabulandae sunt oleae. Atque eadem ratione
stercorabitur oliuetum, quam in secundo libro proposui, si tamen segetibus
prospicietur. <14> At si ipsis tantummodo arboribus, satis facient singulis
stercoris caprini sex librae, stercoris sicci modii singuli, uel amurcae
insulsae congius. Stercus autumno debet inici, ut permistum hieme radices oleae
calefaciat. Amurca minus ualentibus infundenda est. Nam per hiemem, si uermes
atque alia suberunt animalia, hoc medicamento necantur. <15> Plerumque etiam
locis siccis et humidis arbores musco infestantur. Quem nisi ferramento raseris
nec fructum nec laetam frondem olea induet. Quin etiam compluribus interpositis
annis oliuetum putandum est; nam ueteris prouerbii meminisse conuenit, eum qui
aret oliuetum, rogare fructum, qui stercoret, exorare, qui caedat, cogere. Quod
tamen satis erit octauo anno fecisse, ne fructuarii rami subinde amputentur.
<16> Solent etiam quamuis laetae arbores fructum non afferre. Eas terebrari
gallica terebra conuenit, atque ita in foramen uiridem taleam oleastri arcte
immitti. Sic uelut inita arbor fecundo semine fertilior exstat. Sed sic haec
ablaqueatione adiuuanda est infusa amurca insulsa cum suilla uel nostra urina
uetere, cuius utriusque modus seruatur. Nam maximae arbori, ut tantumdem aquae
misceatur, urna abunde erit. Solent etiam uitio soli fructum oleae negare. <17>
Cui rei sic medebimur. Altis gyris ablaqueabimus eas, deinde calcis pro
magnitudine arboris plus minusue circumdabimus; sed minima arbor modium
postulat. Hoc remedio si nihil fuerit effectum, ad praesidium insitionis
confugiendum erit. Quemadmodum autem olea inserenda sit, postmodo dicemus.
Nonnumquam etiam in olea unus ramus ceteris aliquanto est laetior. Quem nisi
recideris, tota arbor contristabitur. Ac de oliuetis hactenus dixisse satis est.
Superest ratio pomiferarum arborum, cui rei deinceps praecepta dabimus.
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