| [24] M. PORCIUS CATON
I. Caton, né au municipe de Tusculum, étant encore fort jeune, avant de briguer
les honneurs, habita dans le pays des Sabins, parce qu’il y avait un petit fonds de
terre qui lui avait été laissé par son père. Sur les exhortations de Lucius Valérius
Flaccus qu’il eut depuis pour collègue dans le consulat et dans la censure, comme
Marcus Perpenna Censorius avait coutume de le raconter, il vint demeurer à Rome,
et commença par suivre le barreau. Il fit ses premières armes à l’âge de dix-sept ans.
Sous les consuls Quintus Fabius Maxime et Marcus Claudius Marcellus, il fut tribun
des soldats en Sicile. Lorsqu’il en fut revenu, il suivit l’armée de Caïus Claudius
Néron, et ses services furent d’un grand prix à la bataille donnée à Sena, où périt
Hasdrubal, frère d’Hannibal. II échut pour questeur au consul Publius Cornélius
Scipion, surnommé l’Africain, avec lequel il ne vécut pas aussi bien que son emploi
semblait le commander ; car il fut en dissension avec lui toute sa vie. Il fut fait édile
du peuple avec Caius Helvius. Étant, préteur, il obtint le gouvernement de la
Sardaigne, d’où il avait amené précédemment, lorsqu’il était questeur, en quittant
l’Afrique, le poète Quintus Ennius ; ce que nous n’estimons pas moins que le plus
magnifique triomphe sur les Sardes.
II. Caton géra le consulat avec Lucius Valérius Flaccus. Le sort lui donna le
gouvernement de l’Espagne citérieure, d’où il revint avec le triomphe. Comme il y
restait trop longtemps, P. Scipion l’Africain, consul pour la seconde fois, dont il
avait été questeur dans son premier consulat, voulut l’expulser de ce gouvernement,
et lui succéder lui-même. Mais le sénat n’y prêta point les mains, parce qu’alors la
république était administrée par le droit, et non par la puissance. Scipion, irrité de
cela, après être sorti de charge, resta dans la ville en simple particulier. Caton, fait
censeur avec le même Flaccus, exerça sévèrement cette magistrature ; car il punit
un grand nombre de nobles, et il ajouta, en forme d’édit, beaucoup de nouveaux
règlements aux anciennes ordonnances, à l’effet de réprimer le luxe qui commençait
dès lors à faire des progrès. Pendant environ quatre-vingts ans, depuis sa première
jeunesse jusqu’au dernier temps de sa vie, il ne cessa point de s’attirer des inimitiés
dans l’intérêt de la république. Attaqué par plusieurs mécontents, non seulement
il ne perdit rien de sa considération mais, tant qu’il vécut, la gloire de ses vertus
augmenta.
III. Il fut, en tout, d’une intelligence et d’une activité singulières : car il était à la fois et
habile agriculteur, et versé dans le gouvernement, et jurisconsulte, et grand
général, et orateur estimable, et très passionné pour les lettres. Quoiqu’il s’y fût
appliqué étant déjà vieux, il y fit, cependant, de si grands progrès, qu’on ne pourrait
pas trouver aisément quelque trait, ni d’histoire grecque ni d’histoire italienne, qui lui
fût inconnu. Dans sa première jeunesse, il composa des harangues. Devenu vieux, il
se mit à écrire des Histoires, dont il existe sept livres. Le premier contient les actions
des rois du peuple romain ; le second et le troisième marquent d’où est née chaque
ville d’Italie, et c’est sans doute pour cela qu’il appela tous ces livres Origines.
Dans le quatrième, il renferme la première guerre punique ; dans le cinquième, la
seconde. Tous ces objets sont racontés sommairement. Il a traité de la même
manière les autres guerres des Romains, jusqu’à la préture de Servius Galba, qui
pilla les Lusitaniens. Il n’a point nommé les généraux qui eurent la conduite de ces
guerres ; il a cité les faits, sans mentionner leurs auteurs. Il a exposé dans ces
mêmes livres tous les objets merveilleux qu’on voyait en Italie et dans les Espagnes.
Dans cet ouvrage, on trouve beaucoup de soin, d’exactitude mais pas d’érudition. Nous
avons dit plus de choses de sa vie et de ses moeurs dans le livre que nous avons fait
séparément sur lui, à la prière de Titus Pomponius Atticus. Nous y renvoyons
donc les amateurs de Caton.
| [24] LIBER DE LATINIS HISTORICIS – CATO.
(cap- 1) M- CATO, ortus municipio Tusculo adulescentulus, priusquam honoribus
operam daret, uersatus est in Sabinis, quod ibi heredium a patre relictum habebat.
Inde hortatu L- Valerii Flacci, quem in consulatu censuraque habuit collegam, ut
M- Perpenna censorius narrare solitus est, Romam demigrauit in foroque esse
coepit. 2 Primum stipendium meruit annorum decem septemque. Q- Fabio M-
Claudio consulibus tribunus militum in Sicilia fuit. Inde ut rediit, castra secutus est
C- Claudii Neronis, magnique opera eius existimata est in proelio apud Senam, quo
cecidit Hasdrubal, frater Hannibalis. 3 Quaestor obtigit P- Africano consuli; cum
quo non pro sortis necessitudine uixit: namque ab eo perpetua dissensit uita. 4
Aedilis plebi factus est cum C- Heluio. Praetor prouinciam obtinuit Sardiniam, ex
qua, quaestor superiore tempore ex Africa decedens, Q- Ennium poetam deduxerat;
quod non minoris aestimamus quam quemlibet amplissimum Sardiniensem
triumphum.
(cap- 2) Consulatum gessit cum L- Valerio Flacco, sorte prouinciam nactus Hispaniam
citeriorem, exque ea triumphum deportauit. 2 Ibi cum diutius moraretur, P- Scipio
Africanus, consul iterum, cuius in priori consulatu quaestor fuerat, uoluit eum de
prouincia depellere et ipse ei succedere neque hoc per senatum efficere potuit, cum
quidem Scipio principatum in ciuitate obtineret, quod tum non potentia, sed iure res
publica administrabatur. Qua ex re iratus senatui, consulatu peracto priuatus in urbe
mansit. 3 At Cato, censor cum eodem Flacco factus, seuere praefuit ei potestati.
Nam et in complures nobiles animaduertit et multas res nouas in edictum addidit,
qua re luxuria reprimeretur, quae iam tum incipiebat pullulare. 4 Circiter annos
octoginta, usque ad extremam aetatem ab adulescentia, rei publicae causa suscipere
inimicitias non destitit. A multis temptatus non modo nullum detrimentum
existimationis fecit, sed, quoad uixit, uirtutum laude creuit.
(cap- 3) In omnibus rebus singulari fuit industria. Nam et agricola sollers et peritus iuris
consultus et magnus imperator et probabilis orator et cupidissimus litterarum fuit. 2
Quarum studium etsi senior arripuerat, tamen tantum progressum fecit, ut non
facile reperiri possit neque de Graecis neque de Italicis rebus, quod ei fuerit
incognitum. Ab adulescentia confecit orationes. Senex historias scribere instituit. 3
Earum sunt libri VII. Primus continet res gestas regum populi Romani: secundus et
tertius, unde quaeque ciuitas orta sit Italica; ob quam rem omnes Origines uidetur
appellasse. In quarto autem bellum Poenicum est primum, in quinto secundum. 4
Atque haec omnia capitulatim sunt dicta. Reliquaque bella pari modo persecutus est
usque ad praeturam Seruii Galbae, qui diripuit Lusitanos; atque horum bellorum
duces non nominauit, sed sine nominibus res notauit. In eisdem exposuit, quae in
Italia Hispaniisque aut fierent aut uiderentur admiranda. In quibus multa industria
et diligentia comparet, nulla doctrina. 5 Huius de uita et moribus plura in eo libro
persecuti sumus, quem separatim de eo fecimus rogatu T- Pomponii Attici. Quare
studiosos Catonis ad illud uolumen delegamus.
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