Itinera Electronica
Du texte à l'hypertexte

Ovide, Métamorphoses, Livre I

Phaéthon (I, 747-780)

  Phaéthon (I, 747-780)

[1,740] elle est ce qu'elle avait été. Son poil s'efface; ses cornes disparaissent; l'orbe de ses yeux se rétrécit; sa bouche se resserre; ses épaules et ses mains reviennent en leur premier état; cinq ongles séparent et divisent la corne de ses pieds : il ne lui reste de la génisse que son éclatante blancheur. Elle se relève sur deux pieds qui suffisent pour la porter : mais elle n'ose parler encore; elle craint de mugir, et sa bouche timide ne fait entendre que des mots entrecoupés. L'Égypte l'adore aujourd'hui comme une divinité bienfaisante, et ses prêtres nombreux portent des robes de lin. On croit qu'Épaphus dut le jour à la nouvelle déesse, [1,740] fitque, quod ante fuit: fugiunt e corpore saetae,
741 cornua decrescunt, fit luminis artior orbis,
742 contrahitur rictus, redeunt umerique manusque,
743 ungulaque in quinos dilapsa absumitur ungues:
744 de boue nil superest formae nisi candor in illa.
745 officioque pedum nymphe contenta duorum
746 erigitur metuitque loqui, ne more iuuencae
747 mugiat, et timide uerba intermissa retemptat.
748 Nunc dea linigera colitur celeberrima turba.
749 huic Epaphus magni genitus de semine tandem
[1,750] et que Jupiter fut son père. La mère et le fils partagent, en Égypte, les temples et les honneurs divins. Épaphus, et Phaéthon, fils du Soleil, avaient même âge et même caractère. Phaéthon, fier de son origine, parlait avec orgueil, et ne cédait jamais à son ami. Fatigué de sa présomption, "Insensé, lui dit un jour Épaphus, vous ajoutez une trop grande foi aux discours de votre mère; cessez de vous enorgueillir d'un père supposé." Phaéthon rougit, et la honte sert de frein à sa fureur. Il va raconter à Clymène, sa mère, l'affront qu'il vient de recevoir : "Plaignez-moi d'autant plus ajoute-t-il, que, malgré ma fierté, [1,750] creditur esse Iouis perque urbes iuncta parenti
751 templa tenet. fuit huic animis aequalis et annis
752 Sole satus Phaethon, quem quondam magna loquentem
753 nec sibi cedentem Phoeboque parente superbum
754 non tulit Inachides 'matri' que ait 'omnia demens
755 credis et es tumidus genitoris imagine falsi.'
756 erubuit Phaethon iramque pudore repressit
757 et tulit ad Clymenen Epaphi conuicia matrem
758 'quo' que 'magis doleas, genetrix' ait, 'ille ego liber,
759 ille ferox tacui! pudet haec opprobria nobis
[1,760] j'ai pu dévorer cet outrage sans pouvoir le repousser. Ah ! si réellement je suis issu du sang des dieux, donnez m'en une preuve éclatante". Il dit, et, se jetant dans les bras de sa mère, il la conjure par elle-même, par la tête de Mérops son époux, et par l'hymen de ses sœurs, de lui faire connaître son père à des signes certains. Qui dira si Clymène fut plus touchée des plaintes de son fils, qu'elle ne fut irritée de se voir soupçonnée d'imposture ? Elle élève ses mains vers le ciel, et, fixant ses yeux sur le Soleil : [1,760] et dici potuisse et non potuisse refelli.
761 at tu, si modo sum caelesti stirpe creatus,
762 ede notam tanti generis meque adsere caelo!'
763 dixit et inplicuit materno bracchia collo
764 perque suum Meropisque caput taedasque sororum
765 traderet orauit ueri sibi signa parentis.
766 ambiguum Clymene precibus Phaethontis an ira
767 mota magis dicti sibi criminis utraque caelo
768 bracchia porrexit spectansque ad lumina solis
769 'per iubar hoc' inquit 'radiis insigne coruscis,
[1,770] "Je jure, mon fils, s'écria-t-elle, par ces rayons qui nous éclairent, par ce Soleil qui nous voit, et qui nous entend, que tu es le fils de cet astre qui féconde l'univers. Si je mens, qu'il me refuse ses feux, et que sa lumière brille à mes yeux pour la dernière fois. Tu peux d'ailleurs aller facilement jusqu'au palais de ton père : l'orient, où il réside, touche aux terres que nous habitons; et si ton courage ne te trahit point, pars, le Soleil te confirmera ta superbe origine." À ce discours, Phaéton a tressailli de joie. Il se croit déjà transporté dans les cieux. Il traverse et les régions éthiopiennes qui lui sont soumises, et les Indes placées sous la zone brûlante; [1,770] nate, tibi iuro, quod nos auditque uidetque,
771 hoc te, quem spectas, hoc te, qui temperat orbem,
772 Sole satum; si ficta loquor, neget ipse uidendum
773 se mihi, sitque oculis lux ista nouissima nostris!
774 nec longus labor est patrios tibi nosse penates.
775 unde oritur, domus est terrae contermina nostrae:
776 si modo fert animus, gradere et scitabere ab ipso!'
777 emicat extemplo laetus post talia matris
778 dicta suae Phaethon et concipit aethera mente
779 Aethiopasque suos positosque sub ignibus Indos
[1,780] et bientôt il arrive à l'orient, au palais du Soleil. [1,780] sidereis transit patriosque adit inpiger ortus.


Recherches | Texte | Lecture | Liste du vocabulaire | Index inverse | Menu | BCS Ovide - Métamorphoses |

 
UCL | FLTR | Itinera Electronica | Bibliotheca Classica Selecta (BCS) |
Analyse, design et réalisation informatiques : B. Maroutaeff - J. Schumacher
Dernière mise à jour : 18/03/2002