Itinera Electronica
Du texte à l'hypertexte

Ovide, Métamorphoses, Livre IX

Nessus et Déjanire

  Nessus et Déjanire (IX, 98-133)

[9,90] la robe retroussée et les cheveux flottants. Elle apporte cette corne féconde, et par elle de tous les trésors de Pomone couronne le banquet.
Cependant la Nuit a replié ses voiles sombres; et dès que les premiers rayons du Soleil éclairent la cime des coteaux, Thésée et ses compagnons partent, sans attendre que le fleuve débordé roule ses flots tranquilles et soumis. Achéloüs replonge dans l'onde son front désarmé.
Le souvenir de son malheur l'afflige encore;
[9,90] una ministrarum, fusis utrimque capillis,
incessit totumque tulit praediuite cornu
autumnum et mensas, felicia poma, secundas.
lux subit; et primo feriente cacumina sole
discedunt iuuenes, neque enim dum flumina pacem
95 et placidos habeant lapsus totaeque residant
opperiuntur aquae. uultus Achelous agrestes
et lacerum cornu mediis caput abdidit undis.
Huic tamen ablati doluit iactura decoris,
cetera sospes habet. capitis quoque fronde saligna
[9,100] cependant, sous des couronnes de saule et de roseaux, il peut du moins déguiser son injure.
Mais toi, farouche Nessus, qui aimas aussi la belle Déjanire, tandis que tu fuyais avec elle, Hercule t'atteignit d'une flèche rapide, et tu péris victime de ton amour. Le fils de Jupiter retournait aux murs thébains avec sa nouvelle épouse; il était arrivé sur les bords de l'impétueux Événus, qui, grossi par les pluies d'hiver, roulant ses flots tournoyants, opposait aux voyageurs sa terrible barrière. Tranquille pour lui-même, le héros tremblait pour Déjanire. Nessus se présente; fier de sa force, et connaissant tous les gués du fleuve :
[9,100] aut superinposita celatur harundine damnum.
at te, Nesse ferox, eiusdem uirginis ardor
perdiderat uolucri traiectum terga sagitta.
namque noua repetens patrios cum coniuge muros
uenerat Eueni rapidas Ioue natus ad undas.
105 uberior solito, nimbis hiemalibus auctus,
uerticibusque frequens erat atque inperuius amnis.
intrepidum pro se, curam de coniuge agentem
Nessus adit, membrisque ualens scitusque uadorum,
'officio' que 'meo ripa sistetur in illa
[9,110] "Alcide, dit-il, confiez à mes soins la fille d’Oenée; je la porterai sur l’autre rive, tandis que, surmontant les flots, vous pourrez nous rejoindre à la nage."
Hercule lui remet son épouse pâle de crainte, redoutant et le fleuve et le Centaure qui la portait. Alors le héros, chargé de son pesant carquois et de la peau du lion de Némée (car sur le bord opposé il avait déjà jeté son arc et sa massue) : "Si des fleuves, dit-il, m'ont cédé la victoire, osons les vaincre encore."
Il ne balance plus, et, sans chercher l'endroit où l'onde a moins de violence, il lutte contre ses efforts : il les surmonte; et déjà il était sur l'autre rive; il relevait son arc, lorsqu'il en tend les cris de Déjanire.
[9,110] haec,' ait 'Alcide. tu uiribus utere nando!'
pallentemque metu, fluuiumque ipsumque timentem
tradidit Aonius pauidam Calydonida Nesso.
mox, ut erat, pharetraque grauis spolioque leonis
nam clauam et curuos trans ripam miserat arcus
115 'quandoquidem coepi, superentur flumina' dixit,
nec dubitat nec, qua sit clementissimus amnis,
quaerit, et obsequio deferri spernit aquarum.
iamque tenens ripam, missos cum tolleret arcus,
coniugis agnouit uocem Nessoque paranti
[9,120] Nessus ravissait le dépôt, qui lui fut confié : "Arrête, crie Hercule : où t’entraîne une téméraire confiance dans ta course rapide ?
C'est à toi que je parle, centaure Nessus : arrête, et respecte mon bien; et si, sans égard pour moi, tu persistes dans ton dessein, que la roue infernale de ton père t'apprenne du moins à éviter des amours criminelles !
En vain tu prétends m'échapper; en vain tu comptes sur la vitesse de tes pieds : ce n'est pas avec les miens que je songe à t'atteindre, mais c'est avec mon arc et ce trait qui va te frapper ". Il dit : l'arc siffle, et le trait a suivi sa parole; il atteint le Centaure fuyant, perce son dos, et traverse son sein : Nessus avec effort le retire. Le sang jaillit de sa double blessure,
[9,120] fallere depositum 'quo te fiducia' clamat
'uana pedum, uiolente, rapit? tibi, Nesse biformis,
dicimus. exaudi, nec res intercipe nostras.
si te nulla mei reuerentia mouit, at orbes
concubitus uetitos poterant inhibere paterni.
125 haud tamen effugies, quamuis ope fidis equina;
uulnere, non pedibus te consequar.' ultima dicta
re probat, et missa fugientia terga sagitta
traicit. exstabat ferrum de pectore aduncum.
quod simul euulsum est, sanguis per utrumque foramen
[9,130] et se mêle aux poisons de l'hydre dont le dard est souillé :
"Ah ! du moins, dit-il en lui-même, ne mourons pas sans vengeance" ! Et il donne à Déjanire sa tunique ensanglantée, comme un don précieux qui peut fixer le cœur de son époux.
Plusieurs années s'écoulèrent. Les grands travaux d'Alcide avaient rempli la terre de sa gloire et fatigué la haine de Junon. Vainqueur du roi d'Oechalie, le héros préparait un sacrifice à Jupiter, quand la déesse aux cent voix, qui se plaît à mêler la fiction à la vérité, et s'accroît par ses mensonges, messagère indiscrète, vient t'annoncer, ô Déjanire,
[9,130] emicuit mixtus Lernaei tabe ueneni.
excipit hunc Nessus 'ne' que enim 'moriemur
inulti' secum ait, et calido uelamina tincta cruore
dat munus raptae uelut inritamen amoris.
Longa fuit medii mora temporis, actaque magni
135 Herculis inplerant terras odiumque nouercae.
uictor ab Oechalia Cenaeo sacra parabat
uota Ioui, cum Fama loquax praecessit ad aures,
Deianira, tuas, quae ueris addere falsa
gaudet, et e minimo sua per mendacia crescit,


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Dernière mise à jour : 26/02/2003