Itinera Electronica
Du texte à l'hypertexte

Ovide, Métamorphoses, Livre VII

Jason et Médée

  Jason et Médée (VII, 1-158)

[7,0] LIVRE SEPTIEME. [7,0] LIBER SEPTIMVS
[7,1] Déjà le navire qui portait les héros de la Grèce fendait les mers de Scythie; déjà les enfants de Borée avaient délivré des cruelles Harpies le malheureux Phinée, qui, privé de la clarté des cieux, traînait une vieillesse importune dans une nuit éternelle; et, vainqueurs sous Jason de grands et de nombreux travaux, ils voyaient enfin les eaux rapides du Phase, et touchaient aux rives de Colchos. Ils demandaient au roi qu'on leur livrât la toison du bélier que Phryxus laissa dans ses états; et tandis qu'Aiétès leur fait connaître les dangers qu'ils auront à surmonter pour l'obtenir, Médée, sa fille, voit Jason, et s'enflamme. [7,1] Iamque fretum Minyae Pagasaea puppe secabant,
perpetuaque trahens inopem sub nocte senectam
Phineus uisus erat, iuuenesque Aquilone creati
uirgineas uolucres miseri senis ore fugarant,
5 multaque perpessi claro sub Iasone tandem
contigerant rapidas limosi Phasidos undas.
dumque adeunt regem Phrixeaque uellera poscunt
lexque datur Minyis magnorum horrenda laborum,
concipit interea ualidos Aeetias ignes
[7,10] Elle combat, elle résiste : mais, voyant enfin que la raison ne peut triompher de son amour : "Médée, s'écrie-t-elle, c'est en vain que tu te défends. Je ne sais quel dieu s'oppose à tes efforts. Le sentiment inconnu que j'éprouve est ou ce qu'on appelle amour, ou ce qui lui ressemble; car enfin, pourquoi trouvé-je trop dure la loi que mon père impose à ces héros ! loi trop dure en effet. Et d'où vient que je crains pour les jours d'un étranger que je n'ai vu qu'une fois ? d'où naît ce grand effroi dont je suis troublée ? Malheureuse ! repousse, si tu le peux, étouffe cette flamme qui s'allume dans ton coeur. Ah ! si je le pouvais, je serais plus tranquille. Mais je ne sais à quelle force irrésistible j'obéis malgré moi. [7,10] et luctata diu, postquam ratione furorem
uincere non poterat, 'frustra, Medea, repugnas:
nescio quis deus obstat,' ait, 'mirumque, nisi hoc est,
aut aliquid certe simile huic, quod amare uocatur.
nam cur iussa patris nimium mihi dura uidentur?
15 sunt quoque dura nimis! cur, quem modo denique uidi,
ne pereat, timeo? quae tanti causa timoris?
excute uirgineo conceptas pectore flammas,
si potes, infelix! si possem, sanior essem!
sed trahit inuitam noua uis, aliudque cupido,
[7,20] Le devoir me retient, et l'amour m'entraîne. Je vois le parti le plus sage, je l'approuve, et je suis le plus mauvais. Eh ! quoi, née du sang des rois, tu brûles pour un étranger ! tu veux suivre un époux dans un monde qui t'est inconnu! Mais les états de ton père ne peuvent-ils t'offrir un objet digne de ton amour ? Que Jason vive, ou qu'il meure, que t'importe !
C'est aux dieux d'ordonner de son sort. Qu'il vive toutefois ! Sans aimer Jason, je puis former ce vœu. Car enfin, quel crime a-t-il commis ? Où donc est le barbare que ne pourraient émouvoir et sa jeunesse, et sa naissance, et sa vertu ? et n'eût-il pour lui que sa beauté, sa beauté suffirait pour intéresser et plaire; et, je l'avouerai, je n'ai pu me défendre contre sa beauté ! Mais si je ne viens à son secours, il sera étouffé par les flammes que vomissent les taureaux;
[7,20] mens aliud suadet: uideo meliora proboque,
deteriora sequor. quid in hospite, regia uirgo,
ureris et thalamos alieni concipis orbis?
haec quoque terra potest, quod ames, dare. uiuat an ille
occidat, in dis est. uiuat tamen! idque precari
25 uel sine amore licet: quid enim commisit Iason?
quem, nisi crudelem, non tangat Iasonis aetas
et genus et uirtus? quem non, ut cetera desint,
ore mouere potest? certe mea pectora mouit.
at nisi opem tulero, taurorum adflabitur ore
[7,30] ou il deviendra la proie du terrible dragon; ou s'il le dompte, il succombera sous les traits homicides des guerriers que la terre enfantera. Et je le souffrirais ! Une tigresse m'aurait donc portée dans ses flancs ! j'aurais donc un cœur plus dur que le bronze et les rochers ! Il ne me resterait qu'à souiller mes yeux du spectacle de son trépas; faudrait-il encore que j'excitasse contre lui ces taureaux indomptables, ces terribles enfants de la terre, et ce dragon que jamais n'atteignit le sommeil ? Que les dieux réservent à Jason un destin plus prospère ! Mais ce n'est pas aux dieux que je dois le demander : c'est de moi que Jason doit l'attendre. Eh ! quoi, trahirais-je ainsi celui qui m'a donné le jour ! [7,30] concurretque suae segeti, tellure creatis
hostibus, aut auido dabitur fera praeda draconi.
hoc ego si patiar, tum me de tigride natam,
tum ferrum et scopulos gestare in corde fatebor!
cur non et specto pereuntem oculosque uidendo
35 conscelero? cur non tauros exhortor in illum
terrigenasque feros insopitumque draconem?
di meliora uelint! quamquam non ista precanda,
sed facienda mihi.—prodamne ego regna parentis,
atque ope nescio quis seruabitur aduena nostra,
[7,40] et cet étranger, que je connais à peine, sauvé par mon secours, s'éloignerait sans moi de ces rivages; il deviendrait l'époux d'une autre que moi; et moi, Médée, je resterais ici abandonnée à ma douleur ! Ah ! s'il était capable de cette lâche perfidie; s'il pouvait me préférer une autre femme, qu'il périsse, l'ingrat ! Mais non, cette noblesse, cette beauté, ces grâces qui brillent en lui, tout m'assure qu'il ne peut être un perfide, et qu'il n'oubliera point mes bienfaits. D'ailleurs avant de le servir j'exigerai qu'il me donne sa foi, et les dieux seront témoins et garants de ses serments. Bannis donc, Médée, une crainte frivole, et, sans différer davantage, hâte-toi : Jason tiendra tout de tes mains. Des nœuds solennels l'uniront à toi pour toujours. Le nom de sa libératrice sera désormais immortel; [7,40] ut per me sospes sine me det lintea uentis
uirque sit alterius, poenae Medea relinquar?
si facere hoc aliamue potest praeponere nobis,
occidat ingratus! sed non is uultus in illo,
non ea nobilitas animo est, ea gratia formae,
45 ut timeam fraudem meritique obliuia nostri.
et dabit ante fidem, cogamque in foedera testes
esse deos. quid tuta times? accingere et omnem
pelle moram: tibi se semper debebit Iason,
te face sollemni iunget sibi perque Pelasgas
[7,50] et les mères des héros qui l'accompagnent le célébreront dans toute la Grèce. "Ainsi donc je vais quitter et ma sœur, et mon frère, et mon père, et mes dieux, et la terre où je suis née ! Mais qu'est-ce que j'abandonne ? mon père est inhumain; cette terre est barbare; mon frère est encore au berceau; ma sœur me favorise par ses vœux, et j'obéis au plus puissant des dieux, que je porte en mon sein. Je fais donc une perte légère, et je suis de grandes destinées. J'acquiers la gloire de sauver l'élite de la Grèce. Je vais voir des climats plus heureux, des villes dont la renommée est venue jusqu'en ces lieux, des mœurs nouvelles, des arts, et des peuples nouveaux. Je posséderai enfin ce fils d'Éson, que je préfère à ce que l'univers a de plus précieux. [7,50] seruatrix urbes matrum celebrabere turba.
ergo ego germanam fratremque patremque deosque
et natale solum uentis ablata relinquam?
nempe pater saeuus, nempe est mea barbara tellus,
frater adhuc infans; stant mecum uota sororis,
55 maximus intra me deus est! non magna relinquam,
magna sequar: titulum seruatae pubis Achiuae
notitiamque soli melioris et oppida, quorum
hic quoque fama uiget, cultusque artesque locorum,
quemque ego cum rebus, quas totus possidet orbis,
[7,60] Heureuse avec cet époux, et chère aux dieux, dont j'égalerai la gloire, mon orgueil s'élèvera jusqu'aux cieux. Je sais que la mer est couverte d'écueils, dangereux; que Carybde, toujours redoutable aux nautoniers, engloutit, autour d'eux, et revomit l'onde tournoyante; que l'avide Scylla a ses flancs ceints de chiens dévorants dont l'affreux aboiement retentit au loin sur les mers de Sicile. Mais, unie au héros que j'aime, et reposant sur son sein, je traverserai les vastes mers sans effroi. Et que pourrais-je redouter dans ses bras ? ou, si je dois craindre, ce ne sera que pour mon époux. Ton époux ! Eh ! quoi, Médée, tu lui donnes ce nom ! ainsi tu couvres ta faiblesse du nom sacré de l'hymen ! [7,60] Aesoniden mutasse uelim, quo coniuge felix
et dis cara ferar et uertice sidera tangam.
quid, quod nescio qui mediis concurrere in undis
dicuntur montes ratibusque inimica Charybdis
nunc sorbere fretum, nunc reddere, cinctaque saeuis
65 Scylla rapax canibus Siculo latrare profundo?
nempe tenens, quod amo, gremioque in Iasonis haerens
per freta longa ferar; nihil illum amplexa uerebor
aut, siquid metuam, metuam de coniuge solo.—
coniugiumne putas speciosaque nomina culpae
[7,70] Ah ! vois combien est horrible ce que tu médites, et fuis le crime, tandis qu'il en est temps." Elle dit : le devoir, la piété, la pudeur, se présentent à son esprit agité; et, déjà désarmé, l'amour semblait prêt à s'éloigner. Elle allait aux autels antiques que la terrible Hécate, sa mère, cache dans la secrète horreur d'un bois solitaire. Elle sentait se ralentir le feu qui la consume; et la raison reprenait son empire: elle voit le fils d'Éson, et sa flamme se rallume. Une subite rougeur anime ses traits; une subite pâleur les décolore. [7,70] inponis, Medea, tuae?—quin adspice, quantum
adgrediare nefas, et, dum licet, effuge crimen!'
dixit, et ante oculos rectum pietasque pudorque
constiterant, et uicta dabat iam terga Cupido.
Ibat ad antiquas Hecates Perseidos aras,
75 quas nemus umbrosum secretaque silua tegebat,
et iam fortis erat, pulsusque recesserat ardor,
cum uidet Aesoniden exstinctaque flamma reluxit.
erubuere genae, totoque recanduit ore,
utque solet uentis alimenta adsumere, quaeque
[7,80] Ainsi qu'une légère étincelle, cachée sous la cendre, se ranime à l'haleine des vents, croît, s'étend, et forme bientôt un vaste embrasement; ainsi l'amour affaibli dans son cœur reprend une nouvelle force à l'aspect du héros. Et par hasard en ce jour la beauté de Jason paraissait relevée d'un nouvel éclat; elle semblait excuser son amante. Médée fixe les yeux sur lui, comme si elle le voyait pour la première fois. Dans son égarement, ce n'est plus un mortel qu'elle croit voir; elle ne peut se lasser de l'admirer. Mais quand Jason commence à lui parler, quand il prend sa main, [7,80] parua sub inducta latuit scintilla fauilla
crescere et in ueteres agitata resurgere uires,
sic iam lenis amor, iam quem languere putares,
ut uidit iuuenem, specie praesentis inarsit.
et casu solito formosior Aesone natus
85 illa luce fuit: posses ignoscere amanti.
spectat et in uultu ueluti tum denique uiso
lumina fixa tenet nec se mortalia demens
ora uidere putat nec se declinat ab illo;
ut uero coepitque loqui dextramque prehendit
[7,90] qu'il implore son secours, d'une voix tendre et suppliante, et qu'il promet en même temps et son cœur et sa foi, les yeux de Médée se remplissent de larmes. "Je sais, dit-elle, ce que je devrais faire. Ce n'est pas mon ignorance qui m'égare, c'est mon amour. Vous serez sauvé par mes soins. Mais lorsque vous aurez triomphé, songez à garder vos serments". Le héros jure par Hécate, adorée dans ce bois sous trois formes différentes. Il atteste le Soleil, qui voit tout et qui donna le jour au prince qu'il choisit pour son beau-père. Il jure enfin par sa fortune et par tous les dangers auxquels il vient de s'exposer. Son amante le croit; elle lui donne des herbes enchantées; il apprend l'usage qu'il en doit faire; et, rempli de joie, il va rejoindre les compagnons de ses travaux. [7,90] hospes et auxilium submissa uoce rogauit
promisitque torum, lacrimis ait illa profusis:
'quid faciam, uideo: nec me ignorantia ueri
decipiet, sed amor. seruabere munere nostro,
seruatus promissa dato!' per sacra triformis
95 ille deae lucoque foret quod numen in illo
perque patrem soceri cernentem cuncta futuri
euentusque suos et tanta pericula iurat:
creditus accepit cantatas protinus herbas
edidicitque usum laetusque in tecta recessit.
[7,100] Déjà l'Aurore avait fait pâlir les astres de la nuit. Le peuple de Colchos accourt vers le champ consacré au dieu Mars; il se place sur les collines qui le dominent. Couvert d'une robe de pourpre, et portant un sceptre d'ivoire, le roi s'assied au milieu de sa cour. Alors se précipitent sur l'arène les taureaux aux pieds d'airain. Ils vomissent, en longs tourbillons, la flamme par leurs naseaux. L'herbe que touche leur haleine s'embrase. Comme on entend les feux ardents gronder dans la fournaise; comme la chaux, par l'onde arrosée, se dissout, et bouillonne, et frémit, les taureaux roulent les feux enfermés dans leurs flancs, [7,100] Postera depulerat stellas Aurora micantes:
conueniunt populi sacrum Mauortis in aruum
consistuntque iugis; medio rex ipse resedit
agmine purpureus sceptroque insignis eburno.
ecce adamanteis Vulcanum naribus efflant
105 aeripedes tauri, tactaeque uaporibus herbae
ardent, utque solent pleni resonare camini,
aut ubi terrena silices fornace soluti
concipiunt ignem liquidarum adspergine aquarum,
pectora sic intus clausas uoluentia flammas
[7,110] et les font mugir dans leurs gosiers brûlants. Cependant le fils d'Éson marche contre eux avec audace. Soudain ils lui présentent et leurs fronts terribles, et leurs cornes armées de fer. Ils frappent du pied la terre, et remplissent les airs de poudre, de fumée, et d'affreux mugissements. Tous les Grecs ont frémi. Le héros s'avance. Il ne sent point des taureaux la brûlante haleine; tant les herbes qu'il reçut ont des charmes puissants ! Il flatte d'une main hardie leurs fanons pendants. Il les soumet au joug, il les presse, il les guide, et plonge le soc dans un champ que le fer n'a jamais sillonné. [7,110] gutturaque usta sonant; tamen illis Aesone natus
obuius it. uertere truces uenientis ad ora
terribiles uultus praefixaque cornua ferro
puluereumque solum pede pulsauere bisulco
fumificisque locum mugitibus inpleuerunt.
115 deriguere metu Minyae; subit ille nec ignes
sentit anhelatos (tantum medicamina possunt!)
pendulaque audaci mulcet palearia dextra
suppositosque iugo pondus graue cogit aratri
ducere et insuetum ferro proscindere campum:
[7,120] Le peuple admire ce prodige. Les compagnons du héros, par des cris de joie, excitent son courage. Jason prend alors les dents du dragon de Mars dans un casque d'airain; il les sème dans les sillons qu'il vient d'ouvrir. Ces terribles semences sont imprégnées d'un venin puissant. La terre les amollit. Elles croissent, s'étendent, et forment une moisson d'hommes nouveaux. Comme l'enfant renfermé dans le sein de sa mère, s'y développe par degrés, et ne vient au monde qu'après avoir reçu la forme qui lui convient; ces semences confiées à la terre ne sortent de son sein fécond que lorsqu'elles ont pris une figure humaine. [7,120] mirantur Colchi, Minyae clamoribus augent
adiciuntque animos. galea tum sumit aena
uipereos dentes et aratos spargit in agros.
semina mollit humus ualido praetincta ueneno,
et crescunt fiuntque sati noua corpora dentes,
125 utque hominis speciem materna sumit in aluo
perque suos intus numeros conponitur infans
nec nisi maturus communes exit in auras,
sic, ubi uisceribus grauidae telluris imago
effecta est hominis, feto consurgit in aruo,
[7,130] Mais, ô prodige encore plus grand ! ces hommes secouent avec fierté les armes qui sont nées avec eux. À l'aspect de leurs dards tournés contre le fils d'Éson, les Grecs perdent courage, et sont consternés. Médée elle-même, qui a travaillé à la sûreté du héros, frémit en le voyant seul attaqué par tant d'ennemis. Elle pâlit, ses genoux fléchissent, son sang refroidi s'arrête dans ses veines; et craignant que les sucs enchantés dont elle arma Jason n'aient pas assez de pouvoir, elle prononce des paroles magiques, elle appelle à son secours tous les secrets de son art. Jason lance un caillou pesant au milieu des guerriers. [7,130] quodque magis mirum est, simul edita concutit arma.
quos ubi uiderunt praeacutae cuspidis hastas
in caput Haemonii iuuenis torquere parantis,
demisere metu uultumque animumque Pelasgi;
ipsa quoque extimuit, quae tutum fecerat illum.
135 utque peti uidit iuuenem tot ab hostibus unum,
palluit et subito sine sanguine frigida sedit,
neue parum ualeant a se data gramina, carmen
auxiliare canit secretasque aduocat artes.
ille grauem medios silicem iaculatus in hostes
[7,140] Ainsi soudain il détourne contre eux-mêmes les combats et la mort dont ils le menaçaient; soudain ces frères belliqueux, enfants de la Terre, s'attaquent, se détruisent, et périssent victimes de leurs propres fureurs. Les Grecs célèbrent à grands cris la victoire de leur chef. Ils s'empressent autour de lui; ils le serrent dans leurs bras. Et toi aussi, Médée, tu voudrais embrasser le vainqueur; la pudeur te retient : le vainqueur t'eût embrassée lui-même. Mais si le soin de ta renommée t'arrête, tu te réjouis du moins en secret, et ce sentiment t'est permis. Tu t'applaudis de tes enchantements; tu rends grâces aux dieux qui les ont fait naître à ta voix. Jason devait encore, par les herbes enchantées, assoupir le dragon vigilant, [7,140] a se depulsum Martem conuertit in ipsos:
terrigenae pereunt per mutua uulnera fratres
ciuilique cadunt acie. gratantur Achiui
uictoremque tenent auidisque amplexibus haerent.
tu quoque uictorem conplecti, barbara, uelles:
145 obstitit incepto pudor, at conplexa fuisses,
sed te, ne faceres, tenuit reuerentia famae.
quod licet, adfectu tacito laetaris agisque
carminibus grates et dis auctoribus horum.
Peruigilem superest herbis sopire draconem,
[7,150] à la tête écaillée, aux dents de fer, à la langue aux triples dards, monstre horrible qui garde la toison. Le héros verse sur lui des sucs qui ont la même vertu que les eaux du Léthé. Trois fois il prononce des mots assoupissants, qui pourraient apaiser les flots tumultueux des mers, et suspendre les fleuves dans leur cours. Un sommeil jusqu'alors inconnu charge les yeux du monstre, et le héros enlève la toison. Fier de sa conquête, et plus encore de celle dont elle est le bienfait, il remonte sur son vaisseau, et arrive avec son épouse dans les ports d'Iolchos.
Les mères des Argonautes, les vieillards dont ils sont les enfants,
[7,150] qui crista linguisque tribus praesignis et uncis
dentibus horrendus custos erat arboris aureae.
hunc postquam sparsit Lethaei gramine suci
uerbaque ter dixit placidos facientia somnos,
quae mare turbatum, quae concita flumina sistunt,
155 somnus in ignotos oculos sibi uenit, et auro
heros Aesonius potitur spolioque superbus
muneris auctorem secum, spolia altera, portans
uictor Iolciacos tetigit cum coniuge portus.
Haemoniae matres pro gnatis dona receptis


Recherches | Texte | Lecture | Liste du vocabulaire | Index inverse | Menu | BCS Ovide - Métamorphoses |

 
UCL | FLTR | Itinera Electronica | Bibliotheca Classica Selecta (BCS) |
Analyse, design et réalisation informatiques : B. Maroutaeff - J. Schumacher
Dernière mise à jour : 18/02/2003