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Du texte à l'hypertexte

Pline l'Ancien, Histoire naturelle, livre XIII

Chapitre 0-3

  Chapitre 0-3

[13,0] LIVRE Xlll, TRAITANT DE L'HISTOIRE DES ARBRES EXOTIQUES ET DES PARFUMS. [13,0] Liber XIII.
[13,1] I. <1> Jusqu'à présent nous avons parlé des arbres dont les odeurs sont précieuses. Chacune était en soi merveilleuse; le luxe s'est plu à les mélanger, et à faire de toutes une seule odeur : c'est ainsi qu'ont été inventés les parfums. Quel en est l'inventeur? on ne le dit pas. Il n'y en avait point au temps de la guerre de Troie; on n'employait pas alors l'encens dans les sacrifices; les cèdres (XIII, 30) seuls et les citres (thuya articulata) envoyaient la fumée de leurs branches se répandre en nuages au dessus des victimes : cependant déjà le suc de rose était trouvé, il est nommé en effet (Il., XXIII, 186) dans Homère, comme donnant du prix à l'huile. <2> Les parfums vont de droit aux Perses : ils en sont toujours pénétrés, et par ce moyen ils masquent la mauvaise haleine que leur donne leur gourmandise (XI, 115). Le premier exemple de l'usage des parfums que je trouve est la boîte à parfums (VII, 30) dont Alexandre s'empara, au milieu des autres dépouilles, lors de la prise du camp de Darius. Plus tard, ce genre de luxe a été admis par les Romains au nombre des jouissances de la vie les plus prisées et les plus distinguées. On a commencé aussi à les employer en l'honneur des morts : en conséquence, nous nous étendrons davantage sur ce sujet. Les parfums qui ne sont pas le produit d'arbrisseaux ne seront, pour le moment, indiqués que par leur nom; nous en exposerons les caractères en lieu et place. [13,1] 1 Hactenus in odoribus habent pretia siluae, erantque per se mira singula, iuuitque luxuria omnia ea miscere et e cunctis unum odorem facere: ita reperta sunt unguenta. 2 quis primus inuenerit non traditur. Iliacis temporibus non erant, nec ture supplicabatur: cedri tantum et citri, suorum fruticum, et in sacris fumo conuolutum nidorem uerius quam odorem nouerant, iam rosae suco reperto; nominatur enim hic quoque in olei laude. 3 unguentum Persarum gentis esse debet. illi madent eo et accersita commendatione inluuie natum uirus extinguunt. primum, quod equidem inueniam, castris Darii regis expugnatis in reliquo eius appartu Alexander cepit scrinium unguentorum. postea uoluptas eius a nostris quoque inter lautissima atque etiam honestissima uitae bona admissa est, honosque et ad defunctos pertinere coepit. quapropter plura de eo dicemus. quae ex his non erunt fruticum, ad praesens nominibus tantum indicabuntur, natura uero eorum suis redditur locis.
[13,2] II. <1> Les noms des parfums sont dus les uns aux lieux de leur origine, les antres aux sucs, les autres aux arbres, les autres à des circonstances particulières. D'abord, il faut savoir qu'a leur égard souvent la mode et la faveur ont changé. Dans l'antiquité, le plus estimé était le parfum de l'île de Délos; plus tard ce fut celui de Mendès (Égypte) : ces variations ne sont pas dues seulement aux mélanges et aux proportions; mais les mêmes sucs sont en faveur ou défaveur suivant les lieux, et suivant l'amélioration ou la dégénération des substances. Le parfum d'iris (XXI, 19) de Corinthe a longtemps eu la vogue, puis celui de Cyzique. Il en a été de même pour le parfum de roses de Phasélis (V, 26), prééminence qui fut enlevée par Naples, Capoue, Préneste. <2> On prisa longtemps par-dessus tout le parfum de safran de Soles en Cilicie, puis celui de Rhodes; le parfum d'oenanthe (XII, 62) de Chypre, puis celui d'Adramytte; le parfum de marjolaine (XXI, 35) de Cos a eu la vogue, puis le parfum de coing (XXIII, 54) de la même île a été préféré. Quant au parfum de cypre (XII, 5), on prisa d'abord celui de l'île de Chypre, puis celui d'Égypte, où tout à coup le parfum de Mendès et le métopion obtinrent la préférence; puis la Phénicie s'empara de ces deux derniers parfums, et laissa à l'Égypte la prééminence pour le parfum de cypre. Athènes a conservé avec persévérance son panathénaïcon. II y avait jadis un pardalium dans la ville de Tarse, mais on n'en connaît plus la composition et le mélange. On a cessé encore de faire du parfum de narcisse (XXI, 75) avec la fleur de cette plante. <3> Deux éléments entrent dans la confection des parfums, la partie liquide et la partie solide : la première n'est guère composée que d'huiles, la seconde l'est de substances odorantes; celle-ci se nomme stymma (épaississant), celle-la hédysma (douceur). Un troisième élément est la couleur, que beaucoup négligent. Pour la coloration on ajoute le cinabre (XXXIII, 30) et l'anchuse (XXII, 23). On sale l'huile pour la conserver. Quand on a ajouté l'anchuse, on n'ajoute pas de sel. On ajoute de la résine ou de la gomme pour fixer l'odeur dans le parfum solide, laquelle, sans cette addition, se perd et s'évanouit rapidement. <4> Le plus prompt à préparer, et vraisemblablement le premier qu'on ait fabriqué, est celui qui se fait avec le bryon (XII, 61) et l'huile de balan (XII, 46). La composition du parfum de Mendès se compliqua par l'addition de résine à l'huile de balan ; aujourd'hui on y ajoute de préférence du métopion : c'est une huile extraite des amendes amères en Égypte, et à laquelle on ajoute de l'omphacium (XII, 60), du cardamome, du jonc (XII, 48), du calamus, du miel, du vin, de la myrrhe, de la graine de baumier, du galbanum et de la térébenthine. <5> Parmi les parfums les plus communs aujourd'hui, et, selon l'opinion commune, les plus anciens, est celui qui est composé d'huile de myrte, de calamus (XII, 48), de cyprès, de cypre (henné), de lentisque et d'écorce de grenade. Pour moi, je pense que les parfums composés avec la rose, qui vient partout, ont été les plus répandus. La composition du parfum de rose fut longtemps très simple : omphacium, fleur de rose, fleur de safran, cinabre, calamus, miel, jonc, fleur de sel ou anchuse, vin. Même procédé pour le parfum de safran : on ajoute du cinabre, de l'anchuse et du vin. Même procédé pour le parfum de marjolaine (XXI, 35) : on ajoute l'omphacium (XII, 60) et le calamus; <6> ce dernier parfum est excellent dans l'île de Chypre et à Mitylène, où abonde la marjolaine. On mêle encore des huiles à plus bas prix, celles de myrte et de laurier, auxquelles on ajoute l'huile de marjolaine, le lis, le fenugrec, la myrrhe, la cannelle, le nard, le jonc, le cinnamome. Avec les coings ordinaires et ceux qui sont appelés struthies on prépare, comme nous le dirons (XXIII, 54), le melinum, qui passe dans les parfums avec l'addition de l'omphacium, de l'huile de cypre, de celle de sésame, du baume, du jonc, de la cannelle et de l'aurone. Le parfum de lis est le plus fluide : il est composé de lis, d'huile de balan, de calamus, de miel, de cinnamome, de safran, de myrrhe. <7> Le parfum de cypre est fait avec du cypre; de l'omphacium, du cardamome, du calamus, de l'aspalathe (XII, 52) et de l'aurone; quelques-uns y ajoutent de la myrrhe et du panax (XII, 57) ; le meilleur est celui de Sidon, puis celui d'Égypte, si on n'y ajoute pas de l'huile de sésame; il se conserve pendant quatre ans ; le cinnamome lui donne de la force. Le parfum de fenugrec (XXIV, 120) se fait avec l'huile récente, le souchet (XXI, 70), le calamus, le mélilot, le fenugrec, le miel, le marum (XII, 63) et la marjolaine; c'était le parfum le plus en vogue au temps du poète comique Ménandre. Longtemps après, le premier rang passa au mégalium, ainsi appelé à cause de sa renommée, et fait avec de l'huile de balan, du baume, du calamus, du jonc, du xylobalsamum (XII, 54), de la cannelle et de la résine; il doit être ventilé pendant la cuisson jusqu'à ce qu'il cesse d'être odorant; l'odeur revient parle refroidissement. <8> Des essences isolées constituent aussi des parfums célèbres : au premier rang le malobathrum (XII, 59), puis l'iris d'Illyrie et la marjolaine de Cyzique : ces deux derniers végétaux sont des herbes; on y ajoute peu d'ingrédients, variables suivant les parfumeurs; ceux qui en ajoutent le plus mettent du miel, de la fleur de sel, de l'omphacium, des feuilles d'agnus (XXIV, 38), du panax, toutes substances étrangères. Le parfum de cinnamome monte à des prix prodigieux. Au cinname on ajoute de l'huile de balan, du xylobalsamum, du calamus, du jonc, des graines de baumier, de la myrrhe, du miel odorant; c'est le plus épais des parfums. Le prix en est de 25 deniers (20 fr. 50) à 300 (246 fr.). Le parfum de nard ou foliatum (XI, 27) est composé d'ompltacium, d'huile de balan, de jonc, de costus (XII, 25), de nard, d'amome (XII, 28), de myrrhe, de baume. A ce propos on se rappellera que les herbes qui, avons-nous dit, simulent le nard indien, sont au nombre de neuf (XII, 26 et 27) : que de moyens de falsification! <9> Tous les parfums deviennent plus pénétrants par le costus et l'amome, qui portent surtout à l'odorat; la myrrhe leur donne plus de consistance et de suavité ; le safran les rend plus propres aux emplois médicaux ; ils sont très pénétrants même avec l'amome seul, qui va jusqu'à causer des maux de tête. Quelques-uns se contentent d'arroser les substances les plus précieuses avec la décoction des autres, épargnant la dépense; mais la force du parfum n'est pas aussi grande que quand tous les ingrédients ont bouilli ensemble. La myrrhe, à elle seule, sans huile, constitue un parfum; pour cela on n'emploie que la myrrhe stacté, autrement elle donne trop d'amertume. Le parfum de cypre rend les parfums verts, celui de lis les rend onctueux, celui de Mendès noirs, celui de roses blancs; la myrrhe les rend pâles. Telles sont les inventions anciennes, auxquelles se sont ajoutées plus tard les falsifications des fabriques. Maintenant parlons du parfum qui est le comble du raffinement et le plus estimé de tous : <10> (II.) il est nommé le parfum royal, parce qu'il est ainsi composé pour les rois des Parthes : myrobolan (XII, 46), costus, amome, cinname-comaque (XII, 63), cardamome, épi de nard, marum, myrrhe, cannelle, styrax, ladanum, baume, calamus (XII, 48), jonc (XII, 48), oenanthe, malobathrum (XII, 59), serichatum (XII, 45), cypre, aspalathe, panax, safran, souchet, marjolaine, lotus, miel, vin. Ni l'Italie, conquérante de toutes les nations, ni même l'Europe entière, ne fournissent aucune des productions qui entrent dans la fabrication des parfums, excepté l'iris d'Illyrie et le nard des Gaules; car le vin, la rose, les feuilles de myrte, et l'huile, sont à peu près de tous les pays. [13,2] 4 Unguentis cognomina dedere aliis patriae, aliis suci, aliis arbores, aliis causae, primumque id scire conuenit, mutatam auctoritatem et saepius transisse gloriam. laudatissimum fuit antiquitus in Delo insula, postea Mendesium. nec mixtura et compositione tantum hoc accidit, sed iidem suci uarie alibi atque alibi praeualuere aut degenerauere. 5 irinum Corinthi diu maxime placuit, postea Cyzici, simili modo rhodinum Phaseli, quam gloriam abstulere Neapolis, Capua, Praeneste. crocinum {in} Solis Ciliciae diu maxime laudatum est, mox Rhodi, oenanthium in Cypro, post Adramytteo, amaracinum in Coo, postea eodem loco praelatum est melinum, cyprinum in Cypro, deinde in Aegypto, ubi Mendesium et metopium subito gratius fatum est. 6 mox haec abstulit Phoenice et cyprini laudem Aegypto reliquit. Panathenaicum suum Athenae perseueranter optinuere. fuerat et pardalium in Tarso, cuius etiam conpositio et mixtura oblitterata est. narcissinum quoque eo flore narcisso desiit conponi. 7 ratio faciendi duplex, sucus et corpus: ille olei generibus fere constat, hoc odorum, haec stymmata uocant, illa hedysmata. tertius inter haec est colos multis neglectus; huius causa adduntur cinnabaris et anchusa. sal adspersus olei naturam coercet. quibus anchusa adiecta est, sal non additur. resina aut cummis adiciuntur ad continendum odorem in corpore; celerrime is euanescit atque defluit, si non sunt haec addita. 8 unguentorum expeditissimum fuit primumque, ut uerisimile est, e bryo et balanino oleo, de quibus supra diximus et increuit deinde Mendesium balanino, resina, murra, magisque etiamnum metopium. oleum est amygdalis amaris expressum in Aegypto, cui addidere omphacium, cardamomum, iuncum, calamum, mel, uinum, murram, semen balsami, galbanum, resinam terbinthinam. 9 e uilissimis quidem hodieque estob id creditum et id e uetustissimis essequod constat oleo myrteo, calamo, cupresso, cypro, lentisco, mali granati cortice. sed diuulgata maxime unguenta crediderim rosa, quae plurima ubique gignitur. itaque simplicissima rhodini mixtura diu fuit additis omphacio, flore rosae, crocino, cinnabari, calamo, melle, iunco, salis flore aut anchusa, uino. 10 similis ratio et in crocino additis cinnabari, anchusa, uino. similis et in sampsuchino admixtis omphacio, calamo. optimum hoc in Cypro, Mytilenis, ubi plurima sampsuchus. miscentur et uilora genera olei e myrto, lauru, quibus additur sampsuchum, lilium, faenum Graecum, murra, casia, nardum, iuncus, cinnamomum. 11 e malis quoque cotoneis et strutheis fit oleum, ut dicemus, melinum, quod in unguenta transit admixtis omphacio, cyprino, sesamino, balsamo, iunco, casia, habrotono. susinum tenuissimum omnium est; constat ex liliis, balanino, calamo, melle, cinnamo, croco, murra; 12 et dein cyprinum ex cypro et omphacio et cardamomo, calamo, aspalatho, habrotono; aliqui et cyperum addunt et murram et panacem. hoc optimum Sidone, mox Aegypto. si non addatur sesminum oleum, durat et quadriennio; excitatur cinnamomo. 13 telinum fit ex oleo recenti, cypiro, calamo, meliloto, faeno Graeco, melle, maro, amaraco. hoc multo erat celeberrimum Menandri poetae comici aetate; postea successit propter gloriam appellatum megalium, ex oleo balanino, calamo, iunco, xylobalsamo, casia, resina. huius proprietas ut uentiletur in coquendo, donec desinat olere; rursus refrigeratum odorem suum capit. 14 singuli quoque suci nobilia unguenta faciunt: in primis malobathrum, postea iris Illyrica et Cyzicena amaracus, herbarum utraque. uel pauca his et alia alii miscent; qui plurima, alterutri mel, salis florem, omphacium, agni folia, panacem. 15 externa omnia et prodigiosa cinnamomino pretia: adicitur cinnamo balaninum oleum, xylobalsamum, calamus, iunci, balsami semina, murra, mel odoratum. unguentorum hoc crassissimum. pretia ei a XXXV ad CCC. nardinum siue foliatum constat omphacio aut balanino, iunco, costo, nardo, amomo, murra, balsamo. 16 in hoc genere conueniet meminisse herbarum, quae nardum Indicum imitarentur, species VIIII a nobis esse dictas: tanta materia adulternadi est. omnia autem acutiora fiunt costo, amomo, quae maxime utiliora croco, acerrima per se amomo; hoc et capitis dolores facit. quidam satis habent adspergere quae sunt pretiosissima ceteris decoctis, inpendio parcentes, sed non est eadem uis nisi una decoctis. 17 murra et per se unguentum facit sine oleo, stacte dumtaxat, alioqui nimiam amaritudinem adfert. cyprino uiride fit, susino unguinosum, Mendesio nigrum, rhodino candidum, murra pallidum. haec sunt antiquae inuentionis genera et postea officinarum furta. Nunc dicetur cumulus ipse deliciarum et summa auctoritas rei. 18 ergo regale unguentum, appellatum quoniam Parthorum regibus ita temperatur, constat myrobalano, costo, amomo, cinnamo comaco, cardamomo, nardi spica, maro, murra, casia, styrace, ladano, opobalsamo, calamo iuncoque Syriis, oenanthe, malobathro, serichato, cypro, aspalatho, panace, croco, cypiro, amaraco, loto, melle, uino. nihilque eius rei causa in Italia uictrice omnium, in Europa uero tota praeter irim Illyricam et nardum Gallicum gignitur. nam uinum et rosa et myrti folia oleumque communia fere omnium terrarum intellegantur.
[13,3] III. <1> Ce qu'on appelle diapasma est fait avec des odeurs sèches : quant à la lie de parfum, on la nomme magma. Dans toutes ces préparations, l'odeur la plus puissante est toujours ajoutée la dernière. Les parfums se conservent le mieux dans les vases d'albâtre (XXXVI, 12), les odeurs dans de l'huile, laquelle les garde d'autant mieux qu'elle est plus grasse, comme l'huile d'amandes. Les parfums eux-mêmes s'améliorent en vieillissant; le soleil les gâte : aussi les fait-on cuire à l'ombre dans des vases de plomb. On les éprouve en en versant sur le dos de la main, de peur que la chaleur de la partie charnue ne les altère. [13,3] 19 Siccis odoribus constant quae diapasmata uocantur. nam faecem unguenti magma appellant. inter omnes potentissimus odor quisque nouissime additur. unguenta optime seruantur in alabastris, odores in oleo, quod diuturnitati eorum tanto utilius quanto pinguius, ut ex amygdalis. et ipsa unguenta uetustate meliora. sol inimicus iis, quam ob rem in umbra conduntur plumbeis uasis. experimentum eorum inuersa manu capitur, ne carnosae partis calor uitiet.


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Dernière mise à jour : 4/02/2011