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| [1,7,0] CHAP. VII.
| [1,7,0] CAP. VII
| | [1,7,1] Nous avons exposé les règles qu'il faut observer en parlant: passons à celles
qu'il faut observer en écrivant. Ce que les grecs appellent g-ojrqografiva, nous
l'appelons l'art d'écrire correctement: art qui ne consiste pas à connaître de quelles
lettres se compose chaque syllabe (ce qui serait même au-dessous de la profession
du grammairien), mais qui, selon moi, consiste uniquement à éclaircir l'ambiguïté des
mots.
| [1,7,1] Nunc, quoniam diximus, quae sit loquendi regula, dicendum, quae
scribentibus custodienda, quod Graeci "G-orthografian" uocant, nos recte
scribendi scientiam nominemus. Cuius ars non in hoc posita est, ut nouerimus,
quibus quaeque syllaba litteris constet (nam id quidem infra grammatici officium
est), sed totam, ut mea fert opinio, suptilitatem in dubiis habet:
| | [1,7,2] Sans doute ce serait une ineptie que de marquer d'un accent toutes les syllabes
longues, la plupart se reconnaissant facilement pour telles par la nature même du
mot qu'on écrit; mais quelquefois cet accent est nécessaire lorsque la même lettre
donne lieu à un sens différent, selon qu'elle est brève ou longue,
| [1,7,2] ut longis syllabis omnibus adponere apicem ineptissimum est, quia plurimae
natura ipsa uerbi, quod scribitur, patent, sed interim necessarium, cum eadem
littera alium atque alium intellectum, prout correpta uel producta est, facit:
| | [1,7,3] comme dans malus, où l'accent indique s'il s'agit d'un arbre ou d'un homme
méchant, et dans palus, qui a deux significations, suivant que la première ou la
seconde syllabe est longue; et comme la même lettre est brève au nominatif et
longue à l'ablatif, cette marque est ordinairement nécessaire pour indiquer si c'est
l'un ou l'autre qu'il faut entendre.
| [1,7,3] ut 'malus' arborem significet an hominem non bonum apice distinguitur,
'palus' aliud priore syllaba longa, aliud sequenti significat, et cum eadem littera
nominatiuo casu breuis, ablatiuo longa est, utrum sequamur, plerumque hac
nota monendi sumus.
| | [1,7,4] C'est par la même raison que des grammairiens voulaient qu'on distinguât les
verbes composés de la préposition ex, et qui commencent par une s, d'avec ceux
qui commencent par un p, comme specto et pecto, en écrivant exspecto et expecto,
l'un avec une s et l'autre sans s.
| [1,7,4] Similiter putauerunt illa quoque seruanda discrimina, ut 'ex' praepositionem
si uerbum sequeretur 'specto', adiecta secundae syllabae s littera, si 'pecto',
remota scriberemus.
| | [1,7,5] Beaucoup ont observé aussi d'écrire ad, quand il est préposition, avec un d, et,
quand il est conjonction, avec un t; ou encore d'écrire quum par quom, quand il
marque le temps; par un c, suivi de um quand il est préposition,
| [1,7,5] Illa quoque seruata est a multis differentia, ut 'ad', cum esset praepositio, d
litteram, cum autem coniunctio, t acciperet, itemque 'cum', si tempus
significaret, per qu, si comitem, per c ac duas sequentis scriberetur.
| | [1,7,6] et autres minuties plus insipides encore, comme d'écrire quidquid avec un c à la
quatrième lettre, quicquid, de peur qu'on ait l'air de faire une double interrogation; et
quotidie au lieu de cotidie, comme plus conforme à quot diebus. Mais tout cela est
aujourd'hui abandonné de ceux mêmes qui se complaisaient dans ces sortes de
puérilités.
| [1,7,6] Frigidiora his alia, ut 'quidquid' c quartam haberet, ne interrogare bis
uideremur, et 'quotidie' non 'cotidie', ut sit quot diebus: uerum haec iam etiam
inter ipsas ineptias euanuerunt.
| | [1,7,7] On demande souvent si, en écrivant, il convient de conserver le son que rendent
les prépositions quand elles sont jointes à un mot, ou celui qui leur est propre quand
elles sont isolées, comme dans le mot obtinuit, où la raison demande un b à la
seconde lettre, quoique l'oreille entende plutôt le son du p, et dans le mot inmunis,
| [1,7,7] Quaeri solet, in scribendo praepositiones sonum, quem iunctae efficiunt, an
quem separatae, obseruare conueniat, ut cum dico 'optinuit' (secundam enim b
litteram ratio poscit, aures magis audiunt p) et 'immunis':
| | [1,7,8] où cette n, qui est la lettre véritable, se trouvant surmontée par le son de la
syllabe suivante, se change en une double m.
| [1,7,8] illud enim, quod ueritas exigit, sequentis syllabae sono uictum m gemina
commutatur.
| | [1,7,9] Il faut aussi prendre garde, quand on est obligé de partager les mots, si la
consonne du milieu appartient à la syllabe qui précède, ou à celle qui suit. Ainsi,
dans haruspex, la dernière partie de ce mot venant du verbe spectare, la lettre s
appartient à la troisième syllabe, et dans abstemius, mot composé de abstinentia
temeti, abstinence de vin, la lettre s sera laissée à la première syllabe.
| [1,7,9] Est et in diuidendis uerbis obseruatio, mediam litteram consonantem priori
an sequenti syllabae adiungas. 'Haruspex' enim, quia pars eius posterior a
spectando est, s litteram tertiae dabit, 'abstemius', quia ex abstinentia temeti
composita uox est, primae relinquet.
| | [1,7,10] Quant au k, je crois qu'on ne doit jamais s'en servir, si ce n'est lorsqu'étant seul
il signifie tout un mot. Je fais cette remarque parce qu'il y a des gens qui se
persuadent que cette lettre est nécessaire toutes les fois qu'elle est suivie d'un a,
quoique nous ayons la lettre c, qui communique sa force à toutes les voyelles.
| [1,7,10] Nam k quidem in nullis uerbis utendum puto nisi quae significat ita, ut sola
ponatur. Hoc eo non omisi, quod quidam eam, quotiens a sequatur,
necessariam credunt, cum sit c littera, quae ad omnis uocalis uim suam
perferat.
| | [1,7,11] Au reste, l'orthographe est aussi soumise à l'usage, et c'est pour cela qu'elle a
souvent changé. Car je ne parle pas de ces temps reculés où la langue n'avait qu'un
petit nombre de lettres, qui même différaient encore de celles d'aujourd'hui pour la
forme et pour la valeur, comme la lettre o, qui, chez les grecs ainsi que chez nous,
est tantôt brève, et quelquefois est employée pour la syllabe qu'elle exprime par son
nom:
| [1,7,11] Verum orthographia quoque consuetudini seruit ideoque saepe mutata est.
Nam illa uetustissima transeo tempora, quibus et pauciores litterae nec similes
his nostris earum formae fuerunt et uis quoque diuersa, sicut apud Graecos o
litterae, quae interim longa ac breuis, ut apud nos, interim pro syllaba, quam
nomine suo exprimit, posita est:
| | [1,7,12] ne savons-nous pas que les anciens Latins terminaient plusieurs mots par un d,
comme on le voit encore sur la colonne rostrale élevée à Duillius dans le forum. Ils
en terminaient d'autres par un g, comme nous le voyons aussi sur l'autel du Soleil,
près le temple de Quirinus, où on lit uesperug pour uesperugo.
| [1,7,12] ut a Latinis ueteribus d plurimis in uerbis ultimam adiectam, quod
manifestum est etiam ex columna rostrata, quae est Duilio in foro posita, interim
g quoque, ut in puluinari Solis, qui colitur iuxta aedem Quirini, 'uesperug', quod
'uesperuginem' accipimus.
| | [1,7,13] Il est inutile encore de répéter ici ce que j'ai dit de certaines lettres qu'ils
changeaient en d'autres; car probablement ils parlaient comme ils écrivaient.
| [1,7,13] De mutatione etiam litterarum, de qua supra dixi, nihil repetere hic necesse
est: fortasse enim sicut scribebant, etiam loquebantur.
| | [1,7,14] Il a été longtemps fort en usage de ne pas doubler les demi-voyelles; et au
contraire, jusqu'au temps d'Accius et par-delà, on écrivait les syllabes longues en
doublant, comme je l'ai dit, les voyelles.
| [1,7,14] Semiuocalis geminare diu non fuit usitatissimi moris, atque e contrario
usque ad Accium et ultra porrectas syllabas geminis, ut dixi, uocalibus
scripserunt.
| | [1,7,15] On a conservé plus longtemps encore celui de joindre l'e et l'i, et de s'en servir
comme les grecs se servent de g-ei. On a même établi des règles pour marquer
les cas et les nombres où cette jonction avait lieu, comme on le voit dans Lucilius:
'iam 'puerei uenere': e postremum facito, atque i,
ut pueri plures fiant'
et ailleurs:
'mendaci furique addes e, quum dare furi
iusseris.'
| [1,7,15] Diutius durauit, ut e et i iungendis eadem ratione qua Graeci "G-ei" uterentur:
ea casibus numerisque discreta est, ut Lucilius praecipit:
'iam 'puerei uenere' e postremum facito atque i,
ut pueri plures fiant'
ac deinceps idem:
'mendaci furique addes e, cum dare furi
iusseris.'
| | [1,7,16] Mais cela me paraît superflu, parce que l'i est aussi bien long que bref de sa
nature; et même cela peut avoir quelquefois de l'inconvénient. En effet, dans les
mots qui ont un e pour pénultième et qui se terminent par un i long, si on adoptait
cette manière, il faudrait dire aureei, argenteei, etc.,
| [1,7,16] Quod quidem cum superuacuum est, quia i tam longae quam breuis
naturam habet, tum incommodum aliquando; nam in iis, quae proximam ab
ultima litteram e habebunt et i longa terminabuntur, illam rationem sequentes
utemur e gemina, qualia sunt haec 'aureei argenteei' et his similia:
| | [1,7,17] ce qui serait fort embarrassant pour ceux qui apprennent à lire. C'est ce qui
arrive aux grecs par l'addition de la lettre i qu'ils mettent non seulement à la fin des
datifs, mais quelquefois au milieu même du mot, comme dans g-LHISTHI parce
que cette interposition est nécessaire pour faire ressortir l'étymologie en divisant les
syllabes.
| [1,7,17] idque iis praecipue, qui ad lectionem instituentur, etiam inpedimento erit,
sicut in Graecis accidit adiectione i litterae, quam non solum datiuis casibus in
parte ultima adscribunt, sed quibusdam etiam interponunt ut in "G-lethe", quia
etymologia ex diuisione in tris syllabas facta desideret eam litteram.
| | [1,7,18] Quant à leur diphtongue g-ai, dont nous avons changé la seconde lettre en
e, les anciens en variaient la prononciation par a et i, les uns toujours à la manière
des grecs, les autres seulement au singulier, pour le génitif et le datif. De là vient
qu'on trouve dans Virgile, qui était passionné pour l'antiquité, pictaï uestis et aquaï;
| [1,7,18] Ae syllabam, cuius secundam nunc e litteram ponimus, uarie per a et i
efferebant, quidam semper ut Graeci, quidam singulariter tantum, cum in
datiuum uel genetiuum casum incidissent, unde 'pictai uestis' et 'aquai' Vergilius
amantissimus uetustatis carminibus inseruit.
| | [1,7,19] mais au pluriel des mêmes noms ils mettaient un e au milieu de l'i, et disaient hi
Galbae, Syllae. Nous avons là-dessus un précepte de Lucilius, que je ne rapporte
pas parce qu'il est trop longuement développé, mais qu'on peut lire dans son
neuvième livre.
| [1,7,19] In eisdem plurali numero e utebantur 'hi Syllae Galbae'. Est in hac quoque
parte Lucilii praeceptum, quod quia pluribus explicatur uersibus, si quis parum
credet, apud ipsum in nono requirat.
| | [1,7,20] Mais sans remonter si haut, du temps de Cicéron, et même un peu après,
n'était-on pas dans l'usage de doubler la lettre s, soit qu'elle fût entre deux voyelles
longues, soit qu'elle en fût précédée, comme caussae, cassus, diuissiones? C'est
ainsi que cet orateur et même Virgile écrivaient: leurs manuscrits autographes en
font foi.
| [1,7,20] Quid quod Ciceronis temporibus paulumque infra, fere quotiens s littera
media uocalium longarum uel subiecta longis esset, geminabatur, ut 'caussae,
cassus, diuissiones'? Quomodo et ipsum et Vergilium quoque scripsisse manus
eorum docent.
| | [1,7,21] Or, un peu avant eux, le mot iussi, que nous écrivons avec deux s, ne s'écrivait
qu'avec une. On tient que c'est dans une inscription de C. César qu'on a commencé
à écrire optimus, maximus, au lieu d'optumus, maxumus.
| [1,7,21] Atqui paulum superiores etiam illud, quod nos gemina dicimus 'iussi', una
dixerunt. Iam 'optimus maximus', ut mediam i litteram, quae ueteribus u fuerat,
acciperent, C. primum Caesaris inscriptione traditur factum.
| | [1,7,22] Nous disons maintenant here, et je lis dans nos anciens comiques heri ad me
uenit; et même dans des lettres qu'Auguste a écrites ou corrigées de sa main, on
trouve aussi heri.
| [1,7,22] 'Here' nunc e littera terminamus: at ueterum comicorum adhuc libris
inuenio 'heri ad me uenit', quod idem in epistulis Augusti, quas sua manu
scripsit aut emendauit, deprenditur.
| | [1,7,23] Caton le Censeur n'écrivait jamais dicam, faciam, mais dice facie, et il modifiait
ainsi, dans les autres verbes, les temps qui ont cette terminaison. On peut le voir
dans les anciens livres qui nous restent de lui; et Messala en a fait l'objet d'une
remarque dans son traité sur la lettre s.
| [1,7,23] Quid? non Cato Censorius 'dicam' et 'faciam' 'dice' et 'facie' scripsit
eundemque in ceteris, quae similiter cadunt, modum tenuit? Quod et ex
ueteribus eius libris manifestum est et a Messala in libro de s littera positum.
| | [1,7,24] On trouve dans beaucoup de livres sibe et quase; mais peut-être était-ce
l'intention des auteurs. Pédianus m'apprend que Tite-Live écrivait ainsi, et lui-même
a suivi Tite-Live. Nous terminons maintenant ces mots par un i.
| [1,7,24] 'Sibe' et 'quase' scriptum in multorum libris est, sed an hoc uoluerint
auctores nescio: T. Liuium ita his usum ex Pediano comperi, qui et ipse eum
sequebatur. Haec nos i littera finimus.
| | [1,7,25] Que dirai-je de uortices, uorsus, et autres mots semblables, dans lesquels
Scipion l'Africain passe pour avoir le premier changé l'e en o?
| [1,7,25] Quid dicam 'uortices' et 'uorsus' ceteraque ad eundem modum, quae
primus Scipio Africanus in e litteram secundam uertisse dicitur?
| | [1,7,26] Nos maîtres, dans mon enfance, écrivaient ceruos et seruos par un u et un o,
parce que deux mêmes voyelles, à la suite l'une de l'autre, ne pouvaient se réunir et
se confondre en un même son. Maintenant ces mots s'écrivent avec un double u,
comme on vient de le voir; mais ni l'une ni l'autre de ces deux manières ne rend le
son que nous voudrions exprimer; et ce n'était pas à tort que Claudius employait,
pour ce cas, le digamma éolien.
| [1,7,26] Nostri praeceptores 'seruum ceruumque' u et o litteris scripserunt, quia
subiecta sibi uocalis in unum sonum coalescere et confundi nequiret, nunc u
gemina scribuntur ea ratione, quam reddidi: neutro sane modo uox, quam
sentimus, efficitur, nec inutiliter Claudius Aeolicam illam ad hos usus litteram
adiecerat.
| | [1,7,27] Une réforme que nous avons eu raison de faire, c'est d'écrire cui au datif avec
les trois lettres dont je me sers ici, au lieu de quoi, si épais à prononcer, et qu'on
écrivait ainsi dans mon enfance, pour le distinguer du nominatif qui.
| [1,7,27] Illud nunc melius, quod 'cui' tribus quas praeposui litteris enotamus, in quo
pueris nobis ad pinguem sane sonum qu et oi utebantur, tantum ut ab illo 'qui'
distingueretur.
| | [1,7,28] Que dire enfin de ces mots qui s'écrivent autrement qu'ils ne se prononcent?
Par exemple, la lettre majuscule C signifie Gaius, et cette même lettre renversée
désigne une femme; car on voit par nos cérémonies nuptiales que ce nom se
donnait aux femmes comme aux hommes.
| [1,7,28] Quid quae scribuntur aliter quam enuntiantur? Nam et 'Gaius' C littera
significatur, quae inuersa mulierem declarat, quia tam Gaias esse uocitatas
quam Gaios etiam ex nuptialibus sacris apparet:
| | [1,7,29] Gnaeus ne répond nullement, pour la prononciation, à la lettre dont on se sert
pour indiquer ce prénom. Nous lisons columa pour columna, et coss. avec deux s
pour consules; enfin quand on veut écrire Subura en abrégé, la troisième lettre est
un C. Je pourrais rapporter beaucoup d'autres exemples de ce genre, mais je
craindrais d'excéder les bornes dans une question aussi peu importante.
| [1,7,29] nec 'Gnaeus' eam litteram in praenominis nota accipit, qua sonat, et
'columnam' et 'consules' exempta n littera legimus, et 'Subura', cum tribus
litteris notatur, c tertiam ostendit. Multa sunt generis huius, sed haec quoque
uereor ne modum tam paruae quaestionis excesserint.
| | [1,7,30] C'est au grammairien à interposer son jugement, qui, en tout ceci, est la
meilleure autorité. Pour moi, j'estime qu'à moins que l'usage n'en ait autrement
ordonné, tous les mots doivent s'écrire comme ils se prononcent.
| [1,7,30] Iudicium autem suum grammaticus interponat his omnibus: nam hoc ualere
plurimum debet. Ego, nisi quod consuetudo optinuerit, sic scribendum quidque
iudico, quomodo sonat.
| | [1,7,31] Car les lettres servent à conserver les paroles, et à les rendre comme un dépôt
au lecteur. Elles doivent donc exprimer ce que nous dirions.
| [1,7,31] Hic enim est usus litterarum, ut custodiant uoces et uelut depositum
reddant legentibus. Itaque id exprimere debent, quod dicturi sumus.
| | [1,7,32] Voilà à peu près tout ce qui constitue l'art de parler et d'écrire correctement.
Quant aux deux autres parties, qui consistent dans la clarté et l'ornement, je ne les
ôte pas au grammairien; mais comme il me reste à parler des fonctions du rhéteur, je
les réserve pour une place plus importante.
| [1,7,32] Hae fere sunt emendate loquendi scribendique partes: duas reliquas
significanter ornateque dicendi non equidem grammaticis aufero, sed, cum mihi
officia rhetoris supersint, maiori operi reseruo.
| | [1,7,33] Il me revient encore à l'esprit que quelques personnes pourront regarder ce que
je viens de dire comme peu digne d'attention, et de nature même à nuire à des
études d'un ordre plus relevé. Je leur réponds que moi-même je ne crois pas qu'on
doive porter le scrupule à l'excès, et descendre à de misérables minuties, qui ne
sont bonnes qu'à appauvrir et rapetisser l'esprit;
| [1,7,33] Redit autem illa cogitatio, quosdam fore, qui haec, quae diximus, parua
nimium et inpedimenta quoque maius aliquid agentibus putent: nec ipse ad
extremam usque anxietatem et ineptas cauillationes descendendum atque
ingenia concidi et comminui credo.
| | [1,7,34] mais je crois en même temps que, dans la grammaire, il n'y a de nuisible que ce
qui est superflu. Cicéron a-t-il été moins grand orateur pour avoir approfondi cette
science, et pour avoir été envers son fils un censeur rigoureux du langage, ainsi
qu'on le voit dans ses lettres? Les livres publiés par César sur l'analogie ont-ils ôté
quelque chose à la vigueur de son génie?
| [1,7,34] Sed nihil ex grammatice nocuerit, nisi quod superuacuum est. An ideo
minor est M. Tullius orator, quod idem artis huius diligentissimus fuit et in filio, ut
epistulis apparet, recte loquendi asper quoque exactor?
| | [1,7,35] Messala est-il un écrivain moins brillant pour avoir composé des traités entiers,
non seulement sur les mots en particulier, mais même sur les lettres? ces
connaissances ne nuisent pas à ceux qui les traversent pour aller plus loin, mais à
ceux qui s'y arrêtent.
| [1,7,35] Aut uim C. Caesaris fregerunt editi de analogia libri? Aut ideo minus
Messala nitidus, quia quosdam totos libellos non uerbis modo singulis, sed
etiam litteris dedit? Non opstant hae disciplinae per illas euntibus, sed circa illas
haerentibus.
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