[2,19] XIX. Qui de l'art ou de la nature contribue le plus à l'éloquence.
Je sais qu'on demande encore qui de l'art ou de la nature contribue le plus à l'éloquence. Cette
question, à la vérité, est indifférente à mon sujet, puisqu'il faut le concours de
tous deux pour former un orateur parfait. Cependant je crois qu'il importe beaucoup de déterminer
comment, dans les discussions qui s'élèvent sur ce point, la question doit être entendue. Car
si l'on sépare entièrement l'art de la nature, nul doute que celle-ci ne puisse beaucoup sans la
science, et que la science ne puisse rien toute seule. Que si l'un et l'autre eoncourent également,
mais dans des proportions médiocres, je crois que la nature aura encore le dessus; tandis que ceux,
qui posséderont ces deux avantages à un degré éminent devront, selon moi, plus à la science
qu'à la nature. Ainsi le plus habile laboureur perdra son temps à cultiver un terrain stérile, tandis
qu'une bonne terre produira, même sans culture, quelque chose d'utile; mais un sol fertile
et cultivé devra plus à la main du laboureur qu'à sa bonté native. Si Praxitèle se fût servi
d'une pierre grossière pour sculpter une statue, j'aimerais mieux un bloc de marbre de Paros ;
mais si ce même Praxitèle avait travaillé ce bloc, la main de l'artiste aurait plus fait que le marbre.
En un mot, la nature est la matière de la science; l'une donne la forme, l'autre la reçoit. L'art n'est
rien sans la matière. La matière, même sans l'art, a son prix; mais l'art parfait l'emporte sur la plus
belle matière.
| [2,19] XIX. Ultra plus conferat eloquentiae, ars an natura.
(1) Scio quaeri etiam naturane plus ad eloquentiam conferat an doctrina. Quod ad
propositum quidem operis nostri nihil pertinet (neque enim consummatus orator
nisi ex utroque fieri potest), plurimum tamen referre arbitror quam (2) esse in
hoc loco quaestionem uelimus. Nam si parti utrilibet omnino alteram detrahas,
natura etiam sine doctrina multum ualebit, doctrina nulla esse sine natura
poterit. Sin ex pari coeant, in mediocribus quidem utrisque maius adhuc naturae
credam esse momentum, consummatos autem plus doctrinae debere quam naturae
putabo; sicut terrae nullam fertilitatem habenti nihil optimus agricola
profuerit: e terra uberi utile aliquid etiam nullo colente nascetur: at in solo
(3) fecundo plus cultor quam ipsa per se bonitas soli efficiet. Et si Praxiteles
signum aliquod ex molari lapide conatus esset exculpere, Parium marmor mallem
rude: at si illud idem artifex expolisset, plus in manibus fuisset quam in
marmore. Denique natura materia doctrinae est: haec fingit, illa fingitur. Nihil
ars sine materia, materiae etiam sine arte pretium est; ars summa materia optima
melior.
|