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| [2,91] XCI. Dans une ville où tout s'interprète, on regarda comme d'un sinistre augure que Vitellius, devenu souverain pontife, eût donné un édit sur le culte public le quinze des kalendes d'août, jour marqué depuis longtemps entre les plus funestes par les désastres de Crémère et d'Allia : tant, dans sa profonde ignorance des lois divines et humaines, au milieu d'affranchis et d'amis également stupides, tous ses actes semblaient dictés par le délire de l'ivresse ! Toutefois, aux comices consulaires, il sollicita pour ses candidats comme un simple citoyen brigue pour ses amis. Jaloux de la faveur des dernières classes, afin d'en recueillir jusqu'aux moindres murmures, il assistait aux jeux du théâtre, prenait parti dans les cabales du cirque : conduite populaire sans doute, et qu'on aurait aimée si elle fût partie d'une source plus pure, mais qui, rapprochée du reste de sa vie, ne paraissait que basse et indécente, il allait souvent au sénat, même pour les délibérations d'une légère importance. Un jour Priscus Helvidius, désigné préteur, avait opiné contre l'avis qu'il favorisait. Vitellius, d'abord vivement ému, n'avait fait cependant qu'appeler les tribuns du peuple au secours de son pouvoir méprisé. Bientôt, aux paroles de ses amis, qui, craignant de sa part un plus profond ressentiment, essayaient de l'adoucir, il répondit : "que ce n'était pas chose nouvelle que le dissentiment de deux sénateurs dans la république ; que lui-même avait aussi bien des fois contredit Thraséas." Ce rapprochement effronté fut la risée du plus grand nombre : d'autres se complaisaient dans la pensée que ce n'était pas quelque riche en crédit, mais Thraséas, qu'à avait choisi pour modèle de la véritable gloire.
| [2,91] Apud ciuitatem cuncta interpretantem funesti ominis loco acceptum est quod
maximum pontificatum adeptus Vitellius de caerimoniis publicis XV kalendas
Augustas edixisset, antiquitus infausto die Cremerensi Alliensique cladibus:
adeo omnis humani diuinique iuris expers, pari libertorum amicorum socordia,
uelut inter temulentos agebat. sed comitia consulum cum candidatis ciuiliter
celebrans omnem infimae plebis rumorem in theatro ut spectator, in circo ut
fautor adfectauit: quae grata sane et popularia, si a uirtutibus
proficiscerentur, memoria uitae prioris indecora et uilia accipiebantur.
uentitabat in senatum, etiam cum paruis de rebus patres consulerentur. ac forte
Priscus Heluidius praetor designatus contra studium eius censuerat. commotus
primo Vitellius, non tamen ultra quam tribunos plebis in auxilium spretae
potestatis aduocauit; mox mitigantibus amicis, qui altiorem iracundiam eius
uerebantur, nihil noui accidisse respondit quod duo senatores in re publica
dissentirent; solitum se etiam Thraseae contra dicere. inrisere plerique
impudentiam aemulationis; aliis id ipsum placebat quod neminem ex
praepotentibus, sed Thraseam ad exemplar uerae gloriae legisset.
| | [2,92] XCII. Il avait donné pour chefs aux prétoriens Publius Sabinus, ancien préfet d'une cohorte, et Julius Priscus, alors centurion, protégés, celui-ci par Valens et l'autre par Cécina. Entouré de dissensions, Vitellius était sans autorité : Cécina et Valens gouvernaient sous son nom, ennemis invétérés dont les haines, mal contenues dans la guerre et les camps, envenimées depuis par des amis pervers et le séjour d'une ville où abondent les germes de discorde, s'aigrissaient encore par les comparaisons qu'amenait entre eux la prétention d'avoir des courtisans, un cortège, des troupes immenses d'adulateurs. La faveur de Vitellius penchait tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Le pouvoir d'ailleurs n'est jamais assuré quand il est sans limites. Vitellius lui-même, passant avec mobilité d'un accès d'humeur à des caresses déplacées, était l'objet de leurs mépris et de leurs craintes. Ils ne s'en hâtaient pas moins d'envahir des palais, des jardins, toutes les richesses de l'empire, tandis que la déplorable indigence d'une foule de nobles que Galba avait, ainsi que leurs enfants, rendus à la patrie, n'obtenait de la pitié du prince aucun soulagement. Un acte agréable aux grands, approuvé même du peuple, fut d'accorder aux citoyens revenus de l'exil les droits des patrons. Mais l'artificieuse bassesse des affranchis les éludait de toutes manières, en plaçant leurs trésors dans d'obscurs dépôts ou sous de hautes protections. Quelques-uns même étaient passés au service du prince et devenus plus puissants que leurs maîtres.
| [2,92] Praeposuerat praetorianis Publilium Sabinum a praefectura cohortis, Iulium
Priscum tum centurionem: Priscus Valentis, Sabinus Caecinae gratia pollebant;
inter discordis Vitellio nihil auctoritas. munia imperii Caecina ac Valens
obibant, olim anxii odiis, quae bello et castris male dissimulata prauitas
amicorum et fecunda gignendis inimicitiis ciuitas auxerat, dum ambitu comitatu
et immensis salutantium agminibus contendunt comparanturque, uariis in hunc aut
illum Vitellii inclinationibus; nec umquam satis fida potentia, ubi nimia est:
simul ipsum Vitellium, subitis offensis aut intempestiuis blanditiis mutabilem,
contemnebant metuebantque. nec eo segnius inuaserant domos hortos opesque
imperii, cum flebilis et egens nobilium turba, quos ipsos liberosque patriae
Galba reddiderat, nulla principis misericordia iuuarentur. gratum primoribus
ciuitatis etiam plebs adprobauit, quod reuersis ab exilio iura libertorum
concessisset, quamquam id omni modo seruilia ingenia corrumpebant, abditis
pecuniis per occultos aut ambitiosos sinus, et quidam in domum Caesaris
transgressi atque ipsis dominis potentiores.
| | [2,93] XCIII. Les soldats, dont le camp trop rempli ne pouvait contenir l'immense multitude, jetés au hasard sous les portiques ou dans les temples, erraient par toute la ville sans connaître le lieu de ralliement, sans monter de gardes, sans se fortifier par le travail. Au milieu des délices de Rome, plongés dans des excès qu'on rougirait de nommer, ils énervaient leurs corps par l'oisiveté, leurs âmes par la débauche. Ils en vinrent jusqu'à négliger le soin de leur vie. Une partie campa dans les lieux les plus insalubres du Vatican, ce qui produisit une grande mortalité. Le voisinage du Tibre augmenta encore dans les Germains et les Gaulois la disposition aux maladies et les eaux du fleuve offertes à leur avidité achevèrent d'abattre ces corps épuisés par la chaleur. Enfin la corruption et la brigue confondirent tous les degrés du service. On formait seize cohortes prétoriennes et quatre de la ville, chacune de mille hommes. Valens s'arrogeait dans cette opération la principale autorité, prétendant avoir sauvé Cécina lui-même. II est vrai que l'arrivée de Valens avait fait la force du parti ; les bruits qui accusaient la lenteur de sa marche avaient été réfutés par la victoire, et tous les soldats de la Basse-Germanie lui étaient dévoués. On croit que la foi de Cécina commença de cette époque à flotter incertaine.
| [2,93] Sed miles, plenis castris et redundante multitudine, in porticibus aut
delubris et urbe tota uagus, non principia noscere, non seruare uigilias neque
labore firmari: per inlecebras urbis et inhonesta dictu corpus otio, animum
libidinibus imminuebant. postremo ne salutis quidem cura infamibus Vaticani
locis magna pars tetendit, unde crebrae in uulgus mortes; et adiacente Tiberi
Germanorum Gallorumque obnoxia morbis corpora fluminis auiditas et aestus
impatientia labefecit. insuper confusus prauitate uel ambitu ordo militiae:
sedecim praetoriae, quattuor urbanae cohortes scribebantur, quis singula milia
inessent. plus in eo dilectu Valens audebat, tamquam ipsum Caecinam periculo
exemisset. sane aduentu eius partes conualuerant, et sinistrum lenti itineris
rumorem prospero proelio uerterat. omnisque inferioris Germaniae miles Valentem
adsectabatur, unde primum creditur Caecinae fides fluitasse.
| | [2,94] XCIV. Au reste, Vitellius ne donnait pas aux chefs une telle licence que les soldats n'en eussent encore une plus grande. Chacun choisit lui-même ses drapeaux. Le plus indigne était, s'il le voulait, enrôlé pour le service de Rome, et il fut permis aux meilleurs soldats de rester légionnaires ou dans la cavalerie attachée aux légions. Il s'en trouva qui préférèrent ce parti, fatigués qu'ils étaient par les maladies, et maudissant l'intempérie du climat. Les légions et les escadrons n'en perdirent pas moins leur principale force ; et une atteinte profonde fut portée à l'honneur du prétoire, par ce mélange confus de vingt mille hommes ramassés plutôt que choisis dans toute l'armée. Pendant que Vitellius haranguait les troupes, on demanda le supplice d Asiaticus, de Flavius et de Rufinus, chefs gaulois qui avaient combattu pour Vindex. Vitellius ne réprimait pas ces clameurs : outre que la nature l'avait fait trop lâche, il sentait approcher le moment inévitable des gratifications ; et manquant d'argent, il accordait aux soldats tout le reste. Les affranchis du palais furent soumis à un tribut réglé sur le nombre de leurs esclaves. Quant à lui, n'ayant de soin que pour dissiper, il bâtissait des écuries aux conducteurs de chars, couvrait l'arène d'animaux et de gladiateurs, se jouait de l'argent comme s'il en eût regorgé.
| [2,94] Ceterum non ita ducibus indulsit Vitellius ut non plus militi liceret. sibi
quisque militiam sumpsere: quamuis indignus, si ita maluerat, urbanae militiae
adscribebatur; rursus bonis remanere inter legionarios aut alaris uolentibus
permissum. nec deerant qui uellent, fessi morbis et intemperiem caeli
incusantes; robora tamen legionibus alisque subtracta, conuulsum castrorum
decus, uiginti milibus e toto exercitu permixtis magis quam electis. Contionante
Vitellio postulantur ad supplicium Asiaticus et Flauus et Rufinus duces
Galliarum, quod pro Vindice bellassent. nec coercebat eius modi uoces Vitellius:
super insitam {mortem} animo ignauiam conscius sibi instare donatiuum et deesse
pecuniam omnia alia militi largiebatur. liberti principum conferre pro numero
mancipiorum ut tributum iussi: ipse sola perdendi cura stabula aurigis extruere,
circum gladiatorum ferarumque spectaculis opplere, tamquam in summa abundantia
pecuniae inludere.
| | [2,95] XCV. L'anniversaire de sa naissance excita le zèle de Cécina et de Valens. Ils le célébrèrent à grands frais et avec un appareil inouï jusqu'alors, en donnant des spectacles de gladiateurs dans tous les quartiers de la ville. Ce fut une joie pour les âmes dégradées, un scandale pour les gens de bien, de voir Vitellius dresser des autels dans le Champ-de-Mars et honorer les mânes de Néron. Des victimes furent immolées au nom du peuple romain, et le feu du sacrifice allumé par les prêtres d'Auguste. C'est un sacerdoce imité de celui que Romulus fonda pour Tatius son collègue, et consacré par Tibère à la maison des Jules. Quatre mois ne s'étaient pas écoulés depuis la victoire, et l'affranchi du vainqueur, Asiaticus, égalait déjà les Polyclète, les Patrobius, et toutes ces odieuses célébrités des temps plus anciens. Personne dans cette cour ne se fit un titre de la vertu ni du talent. Le seul chemin du pouvoir était d'assouvir par des festins extravagants et de ruineuses orgies l'insatiable gourmandise de Vitellius. Lui, content de jouir de l'heure présente, n'étendait pas plus loin sa prévoyance ; et l'on porte à neuf cents millions de sesterces les sommes qu'il engloutit en si peu de mois. Humiliante condition d'une grande et malheureuse cité, contrainte d'endurer en moins d'un an Othon et Vitellius, et tour à tour abandonnée aux Vinius, aux Valens, aux Icélus, aux Asiaticus, jusqu'à ce qu'elle passât dans les mains d'un Marcellus et d'un Mucien, en qui elle trouva d'autres hommes plutôt que d'autres moeurs. 1. Deux affranchis de Néron, punis du dernier supplice par Galba, avec plusieurs autres scélérats fameux sous le dernier règne.
| [2,95] Quin et natalem Vitellii diem Caecina ac Valens editis tota urbe uicatim
gladiatoribus celebrauere, ingenti paratu et ante illum diem insolito. laetum
foedissimo cuique apud bonos inuidiae fuit quod extructis in campo Martio aris
inferias Neroni fecisset. caesae publice uictimae cremataeque; facem Augustales
subdidere, quod sacerdotium, ut Romulus Tatio regi, ita Caesar Tiberius Iuliae
genti sacrauit. nondum quartus a uictoria mensis, et libertus Vitellii Asiaticus
Polyclitos Patrobios et uetera odiorum nomina aequabat. nemo in illa aula
probitate aut industria certauit: unum ad potentiam iter, prodigis epulis et
sumptu ganeaque satiare inexplebilis Vitellii libidines. ipse abunde ratus si
praesentibus frueretur, nec in longius consultans, nouiens miliens sestertium
paucissimis mensibus interuertisse creditur. magna et misera ciuitas, eodem anno
Othonem Vitellium passa, inter Vinios Fabios Icelos Asiaticos uaria et pudenda
sorte agebat, donec successere Mucianus et Marcellus et magis alii homines quam
alii mores.
| | [2,96] XCVI. La première défection qu'apprit Vitellius fut celle de la troisième légion. Elle lui fut annoncée par Aponius Saturninus, avant que ce lieutenant embrassât lui-même le parti de Vespasien ; mais Aponius, dans le premier étourdissement de la surprise, n'avait pas tout écrit, et la flatterie adoucissait encore la nouvelle : "ce n'était après tout qu'une légion mutinée ; les autres armées étaient fidèles au devoir." Tel fut même le langage que Vitellius tint devant les troupes, en y mêlant des invectives contre les prétoriens dernièrement licenciés, qu'il accusait de semer de faux bruits, et en protestant qu'il n'y avait pas de guerre civile à craindre. Il supprima le nom de Vespasien ; et des soldats furent répandus dans la ville pour imposer silence aux discours du vulgaire : c'était donner à la renommée un nouvel aliment.
| [2,96] Prima Vitellio tertiae legionis defectio nuntiatur, missis ab Aponio
Saturnino epistulis, antequam is quoque Vespasiani partibus adgregaretur; sed
neque Aponius cuncta, ut trepidans re subita, perscripserat, et amici adulantes
mollius interpretabantur: unius legionis eam seditionem, ceteris exercitibus
constare fidem. in hunc modum etiam Vitellius apud milites disseruit,
praetorianos nuper exauctoratos insectatus, a quibus falsos rumores dispergi,
nec ullum ciuilis belli metum adseuerabat, suppresso Vespasiani nomine et uagis
per urbem militibus qui sermones populi coercerent. id praecipuum alimentum
famae erat.
| | [2,96] XCVII. Il demanda toutefois des secours en Germanie, en Bretagne, en Espagne, mais mollement et en dissimulant l'urgence du besoin. Les lieutenants et les provinces imitaient sa froideur. Hordéonius, dont les Bataves excitaient déjà la défiance, craignait d'avoir personnellement une guerre à soutenir ; et Bolanus n'avait jamais eu en Bretagne une paix complète : eux-mêmes d'ailleurs étaient irrésolus. On n'accourait pas plus vite de l'Espagne, alors privée de chef consulaire. Les lieutenants de trois légions, égaux en droits et qui eussent rivalisé de zèle pour Vitellius heureux, repoussaient à l'envi le fardeau de sa mauvaise fortune. En Afrique, la légion et les cohortes levées par Macer, puis congédiées par Galba, reprirent les armes sur l'ordre de Vitellius. Le reste de la jeunesse s'enrôlait aussi avec empressement. Le proconsulat de Vitellius avait laissé dans le pays un souvenir favorable de son intégrité ; celui de Vespasien était odieux et flétri. Les alliés partaient de là pour juger de ce que l'un et l’autre ferait comme empereur : mais l'expérience démentit leurs conjectures.
| [2,97] Auxilia tamen e Germania Britanniaque et Hispaniis exciuit, segniter et
necessitatem dissimulans. perinde legati prouinciaeque cunctabantur, Hordeonius
Flaccus suspectis iam Batauis anxius proprio bello, Vettius Bolanus numquam
satis quieta Britannia, et uterque ambigui. neque ex Hispaniis properabatur,
nullo tum ibi consulari: trium legionum legati, pares iure et prosperis Vitellii
rebus certaturi ad obsequium, aduersam eius fortunam ex aequo detrectabant. in
Africa legio cohortesque delectae a Clodio Macro, mox a Galba dimissae, rursus
iussu Vitellii militiam cepere; simul cetera iuuentus dabat impigre nomina.
quippe integrum illic ac fauorabilem proconsulatum Vitellius, famosum inuisumque
Vespasianus egerat: proinde socii de imperio utriusque coniectabant, sed
experimentum contra fuit.
| | [2,98] XCVIII. D'abord le lieutenant Valérius Festus seconda franchement l'ardeur de la province. Bientôt sa foi chancela. Il se déclarait publiquement pour Vitellius par ses édits et ses lettres, et il servait son rival par de secrets messages, prêt à soutenir l'un et l'autre rôle suivant le parti qui serait victorieux. Des centurions et des soldats, arrêtés dans la Rhétie et les Gaules avec des lettres et des édits de Vespasien, furent envoyés à Vitellius et mis à mort. Un plus grand nombre échappèrent, sauvés par la fidélité de leurs amis ou leur adresse à se cacher. Ainsi les préparatifs de Vitellius étaient connus, et les desseins de Vespasien restaient presque tous ignorés. La stupidité de Vitellius en était la première cause. Ensuite les Alpes pannoniennes, occupées par des corps ennemis, fermaient passage aux courriers ; et la mer, où régnaient les vents étésiens, était favorable pour aller en Orient, contraire pour en revenir.
| [2,98] Ac primo Valerius Festus legatus studia prouincialium cum fide iuuit; mox
nutabat, palam epistulis edictisque Vitellium, occultis nuntiis Vespasianum
fouens et haec illaue defensurus, prout inualuissent. deprehensi cum litteris
edictisque Vespasiani per Raetiam et Gallias militum et centurionum quidam ad
Vitellium missi necantur: plures fefellere, fide amicorum aut suomet astu
occultati. ita Vitellii paratus noscebantur, Vespasiani consiliorum pleraque
ignota, primum socordia Vitellii, dein Pannonicae Alpes praesidiis insessae
nuntios retinebant. mare quoque etesiarum flatu in Orientem nauigantibus
secundum, inde aduersum erat.
| | [2,99] XCIX. Enfin, épouvanté par l'invasion de l'ennemi et les nouvelles effrayantes qui arrivaient de toutes parts, Vitellius ordonne à Valens et à Cécina de se tenir prêts pour la guerre. Cécina fut envoyé en avant ; Valens, qui relevait d'une grande maladie, était retenu par sa faiblesse. L'armée de Germanie, à son départ de Rome, offrait un aspect que l'oeil eût méconnu : des corps sans vigueur, des âmes sans énergie ; une marche lente et éparpillée, des armes tombantes, des chevaux sans feu, des soldats impatients du soleil, de la poussière, des intempéries de l'air, et aussi ardents pour la discorde que mous à la fatigue. Il faut ajouter l'ancienne indulgence et l'engourdissement actuel de Cécina. Les caresses de la fortune l'avaient jeté dans une lâche indolence ; ou peut-être, méditant une trahison, entrait-il dans son plan d'énerver le courage de l'armée. Plusieurs ont cru que c'étaient les conseils de Flavius Sabinus qui avaient ébranlé la fidélité de ce général. Organe de cette négociation, Rubrius Gallus lui assurait, dit-on, que les conditions en seraient maintenues par Vespasien ; il réveillait en même temps sa haine et sa jalousie contre Valens, et l'exhortait à chercher auprès d'un nouveau prince la faveur et la puissance dont il n'avait que la seconde part auprès de Vitellius.
| [2,99] Tandem inruptione hostium atrocibus undique nuntiis exterritus Caecinam ac
Valentem expedire ad bellum iubet. praemissus Caecina, Valentem e graui corporis
morbo tum primum adsurgentem infirmitas tardabat. longe alia proficiscentis ex
urbe Germanici exercitus species: non uigor corporibus, non ardor animis; lentum
et rarum agmen, fluxa arma, segnes equi; impatiens solis pulueris tempestatum,
quantumque hebes ad sustinendum laborem miles, tanto ad discordias promptior.
accedebat huc Caecinae ambitio uetus, torpor recens, nimia fortunae indulgentia
soluti in luxum, seu perfidiam meditanti infringere exercitus uirtutem inter
artis erat. credidere plerique Flauii Sabini consiliis concussam Caecinae
mentem, ministro sermonum Rubrio Gallo: rata apud Vespasianum fore pacta
transitionis. simul odiorum inuidiaeque erga Fabium Valentem admonebatur ut
impar apud Vitellium gratiam uirisque apud nouum principem pararet.
| | [2,100] C. Cécina reçut les embrassements de l'empereur, et partit comblé de distinctions. Il envoya une partie des cavaliers occuper Crémone. A leur suite marchèrent les vexillaires de la quatorzième et de la seizième légion, puis la cinquième et la dix-huitième, enfin la vingt et unième Rapax, et la première italique avec les vexillaires des trois légions de Bretagne, et des auxiliaires choisis. Après le départ de Cécina, Valens écrivit aux troupes qui avaient primitivement composé son armée, "de l'attendre en chemin ; que la chose était convenue avec son collègue." Celui-ci, abusant de l'avantage que lui donnait sa présence, feignit un changement de résolution, dont le but était, selon lui, d'opposer au premier choc de la guerre une masse plus imposante. Les légions eurent ordre de presser leur marche, une partie pour Crémone, l'autre pour Hostilie. Lui-même se rendit à Ravenne, sous prétexte de s'entendre avec la flotte. Bientôt, accompagné de Lucilius Bassus, il alla cacher à Padoue les apprêts de sa trahison. Bassus, simple préfet de cavalerie, avait reçu de Vitellius le commandement des deux flottes de Ravenne et de Misène : irrité de n'avoir pas obtenu sur-le-champ la préfecture du prétoire, il cherchait dans une honteuse perfidie une injuste vengeance. On ne peut savoir si ce fut lui qui entraîna Cécina, ou si, par une de ces rencontres que produit entre méchants la conformité de moeurs, la même perversité les poussa l'un et l'autre.
| [2,100] Caecina e complexu Vitellii multo cum honore digressus partem equitum ad
occupandam Cremonam praemisit. mox uexilla primae, quartae, quintaedecimae,
sextaedecimae legionum, dein quinta et duoetuicensima secutae; postremo agmine
unaetuicensima Rapax et prima Italica incessere cum uexillariis trium
Britannicarum legionum et electis auxiliis. profecto Caecina scripsit Fabius
Valens exercitui, quem ipse ductauerat, ut in itinere opperiretur: sic sibi cum
Caecina conuenisse. qui praesens eoque ualidior mutatum id consilium finxit ut
ingruenti bello tota mole occurreretur. ita adcelerare legiones Cremonam, pars
Hostiliam petere iussae: ipse Rauennam deuertit praetexto classem adloquendi;
mox Patauii secretum componendae proditionis quaesitum. namque Lucilius Bassus
post praefecturam alae Rauennati simul ac Misenensi classibus a Vitellio
praepositus, quod non statim praefecturam praetorii adeptus foret, iniquam
iracundiam flagitiosa perfidia ulciscebatur. nec sciri potest traxeritne
Caecinam, an, quod euenit inter malos ut et similes sint, eadem illos prauitas
impulerit.
| | [2,101] CI. Les annalistes contemporains, qui pendant la puissance de la maison flavienne ont écrit l'histoire de cette guerre, ont par esprit de flatterie attribué leur défection à l'amour de la paix et du bien public. Pour moi, sans parler de leur légèreté naturelle et du peu que devait coûter un parjure de plus à des hommes qui avaient trahi Galba, leur révolte me parait le crime de la vanité et de l'envie : pour n'être pas surpassés dans la faveur de Vitellius, ils le précipitèrent. Cécina, ayant rejoint ses légion, mit tout en oeuvre pour ruiner sourdement l'opiniâtre fidélité que lui gardaient les centurions et les soldats. Bassus, dans la même entreprise, trouva moins d'obstacles ; la flotte inclinait à violer sa foi, par le souvenir de la campagne qu'elle venait de faire pour Othon.
| [2,101] Scriptores temporum, qui potiente rerum Flauia domo monimenta belli
huiusce composuerunt, curam pacis et amorem rei publicae, corruptas in
adulationem causas, tradidere: nobis super insitam leuitatem et prodito Galba
uilem mox fidem aemulatione etiam inuidiaque, ne ab aliis apud Vitellium
anteirentur, peruertisse ipsum Vitellium uidentur. Caecina legiones adsecutus
centurionum militumque animos obstinatos pro Vitellio uariis artibus subruebat:
Basso eadem molienti minor difficultas erat, lubrica ad mutandam fidem classe ob
memoriam recentis pro Othone militiae.
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