|
 |
| [51] Carthage, qui enfermait dans son enceinte une étendue de
terrain de vingt-trois mille pas, est prise en détail après un long
et pénible siège, d'abord par le lieutenant Mancinus, ensuite par le
consul Scipion, à qui la province d'Afrique avait été donnée
directement sans tirage au sort. - Les Carthaginois étaient parvenus
à creuser un nouveau port (toutes les issues de l'ancien étant
gardées par Scipion ), et à rassembler en secret, et en un court
espace de temps, une flotte immense; mais ils ne furent pas plus
heureux sur mer que sur terre. Scipion détruit, avec l'armée qu'il
renfermait, le camp de leur général Asdrubal, assis dans une
position de difficile accès, près de la ville de Nepherin; et
s'empare enfin de la ville, la 700e année de sa fondation. La plus
grande partie du butin fut restituée aux Siciliens, sur qui elle
avait été prise. - Au dernier instant de l'existence de Carthage
Asdrubal était venu se livrer à Scipion; mais son épouse, qui peu de
jours auparavant n'avait pu obtenir de son mari de passer comme
transfuge au vainqueur, se précipita du haut d'une tour avec ses
deux enfants au milieu des flammes qui dévoraient la ville. - À
l'exemple de son frère naturel Paul-Émile, le vainqueur de la
Macédoine, Scipion, donna des jeux publics, et exposa aux bêtes les
transfuges et les fugitifs. - Origine de la guerre achéenne;
violences exercées, par les Achéens, sur les députés du peuple
romain envoyés à Corinthe pour séparer de la ligue achéenne les
villes qui avaient été sous la domination de Philippe. (trad.
Collection Nisard)
| [51] LIBER LI.
Carthago, in circuitum XXIII milia patens, magno labore obsessa et
per partes capta est; primum a Mancino legato, deinde a Scipione
cos-, cui extra sortem Africa prouincia data erat.
Carthaginienses portu nouo, quia uetus obstructus a Scipione erat,
facto et contracta clam exiguo tempore ampla classe infeliciter
nauali proelio pugnauerunt. Hasdrubalis quoque, ducis eorum, castra
ad Nepherim oppidum loco difficili sita cum exercitu deleta sunt a
Scipione, qui tandem expugnauit septingentesimo anno quam erat
condita.
Spoliorum maior pars Siculis, quibus ablata erant, reddita.
Vltimo urbis excidio cum se Hasdrubal Scipioni dedisset, uxor eius,
quae paucis ante diebus de marito impetrare non potuerat ut ad
uictorem transfugerent, in medium se flagrantis urbis incendium cum
duobus liberis ex arce praecipitauit.
Scipio exemplo patris sui, Aemili Pauli, qui Macedoniam uicerat,
ludos fecit transfugasque ac fugitiuos bestiis obiecit.
Belli Achaici semina referuntur haec, quod legati Romani ab Achaeis
pulsati sint Corinthi, missi ut eas ciuitates, quae sub dicione
Philippi fuerant, ab Achaico concilio secernerent.
| | [52] Combat près des Thermopyles entre Q. Caecilius Metellus et les
Achéens, ayant pour auxiliaires les Béotiens et Chalcidiens. Les
Achéens sont vaincus, et leur chef Critolaüs s'empoisonne. Diaeus,
instigateur de cette guerre, nommé général à la place de Critolaüs,
est défait près de l'isthme par le consul L. Mummius, qui reçoit
toute l'Achaïe à discrétion, et détruit Corinthe en vertu d'un
sénatus-consulte, qui la punissait ainsi de l'outrage fait aux
députés romains. Thèbes et Calchis, qui avaient secouru les Achéens,
éprouvent le même sort. L. Mummius donna, en cette occasion, un
grand exemple de désintéressement: de toutes les richesses, de tous
les ornements qui abondaient dans l'opulente Corinthe, il n'entra
rien dans sa maison. - Q. Caecilius Metellus triomphe d'Andriscus,
P. Cornélius Africanus Aemilianus Scipion, de Carthage et
d'Asdrubal. - En Espagne, Viriathe, d'abord simple pasteur, puis
chasseur, et de chasseur devenu brigand, et bientôt chef d'une
véritable armée, se rend maître de toute la Lusitanie. Le préteur M.
Vétilius est pris et son armée mise en déroute; son successeur dans
la préture, M. Plautius, n'est pas plus heureux que lui; et bientôt
la terreur qu'inspire cet ennemi devient telle qu'il faut employer
contre lui une armée et un chef consulaires. - Troubles de la Syrie
et guerres entre les rois. Alexandre, homme inconnu et de naissance
obscure, régnait en Syrie, après avoir tué, comme nous l'avons dit,
le roi Démétrius. Le fils de Démétrius, que son père avait envoyé
autrefois à Cnidos pour le mettre à l'abri des hasards de la guerre,
aidé par Ptolémée, roi d'Égypte, dont il avait épousé la fille
Cléopâtre, et méprisant la lâcheté et la mollesse d'Alexandre,
l'attaque et le tue. Ptolémée, blessé grièvement à la tête, meurt
pendant que les médecins lui faisaient l'opération du trépan; et son
jeune frère Ptolémée, qui régnait à Cyrène, lui succède. - Les
cruautés et les tortures que Démétrius exerçait sur les siens
révoltent un de ses sujets nommé Diodotus, qui revendique le trône
pour le fils d'Alexandre, à peine âgé de deux ans. Démétrius, vaincu
dans un combat, s'enfuit à Séleucie. - L. Mummius triomphe des
Achéens, et fait porter dans son triomphe des tableaux peints et des
statues d'airain et de marbre. (trad. Collection Nisard)
| [52] LIBER LII.
Cum Achaeis, qui in auxilio Boeotos et Chalcidenses habebant, Q-
Caecilius Metellus ad Thermopylas bello conflixit. Quibus uictis dux
eorum Critolaus mortem sibi ueneno consciuit. In cuius locum Diaeus,
Achaici motus primus auctor, ab Achaeis dux creatus ad Isthmon a L-
Mummio cos- uictus est.
Qui omni Achaia in deditionem accepta Corinthon ex S- C- diruit,
quia ibi legati Romani uiolati erant.
Thebae quoque et Chalchis, quae auxilio fuerant, dirutae.
Ipse L- Mummius abstinentissimum uirum egit, nec quicquam ex his
operibus ornamentisque quae praediues Corinthos habuit in domum eius
peruenit.
Q- Caecilius Metellus de Andrisco triumphauit, P- Cornelius Scipio
Aemilianus de Carthagine et Hasdrubale.
Viriathus in Hispania, primum ex pastore uenator, ex uenatore latro,
mox iusti quoque exercitus dux factus, totam Lusitaniam occupauit,
M- Vetilium praetorem fuso eius exercitu cepit, post quem C-
Plautius praetor nihilo felicius rem gessit; tantumque terroris is
hostis intulit ut aduersus eum consulari opus esset et duce et
exercitu.
Praeterea motus Syriae et bella inter reges gesta referuntur.
Alexander, homo ignotus et incertae stirpis, occiso, sicut ante
dictum est, Demetrio rege in Syria regnabat. Hunc Demetrius, Demetri
filius, qui a patre quondam ob incertos belli casus ablegatus Cnidon
fuerat, contempta socordia inertiaque eius, adiuuante Ptolemaeo,
Aegypti rege, cuius filiam Cleopatram in matrimonium acceperat,
bello interemit.
Ptolemaeus grauiter in caput uulneratus inter curationem, dum ossa
medici terebrare conantur, expirauit, atque in locum eius frater
minor Ptolemaeus qui Cyrenis regnabat, successit.
Demetrius ob crudelitatem quam in suos per tormenta exercebat, ab
Diodoto quodam, uno ex subiectis, qui Alexandri filio bimulo admodum
regnum adserebat, bello superatus Seleuceam confugit. referuntur.
L- Mummius de Achaeis triumphauit, signa aerea marmoreaque et
tabulas pictas in triumpho tulit.
| | [53] Le consul Appius Claudius subjugue les Salasses, peuplade des
Alpes. - En Macédoine, un autre Pseudo-Philippe est taillé en pièces
avec son armée par le questeur L. Trémellius. - Les Celtibères sont
défaits par le proconsul Q. Caecilius Métellus. - Le proconsul Q.
Fabius emporte plusieurs villes d'assaut et fait rentrer dans
l'obéissance une grande partie de la Lusitanie. - Le sénateur
Acilius écrit en grec l'histoire romaine. (trad. Collection Nisard)
| [53] LIBER LIII.
Appius Claudius cos- Salassos, gentem Alpinam, domuit.
Alter Pseudophilippus in Macedonia a L- Tremellio quaestore cum
exercitu caesus est.
Q- Caecilius Metellus procos- Celtiberos cecidit et a Q- Fabio
procos- magna pars Lusitaniae expugnatis aliquot urbibus recepta
est.
Acilius senator Graece res Romanas scribit.
| | [54] En Espagne le consul Q. Pompéius soumet les Termestins; il
conclut, avec ceux-ci et avec les Numantins, une paix honteuse. -
Les censeurs ferment le lustre: le cens donne trois cent vingt-huit
mille quatre cent quarante-deux citoyens. - Les députés de la
Macédoine viennent se plaindre du préteur D. Junius Silanus, qui,
après avoir reçu de l'argent, avait encore exercé toutes sortes de
spoliations dans la province. Le sénat voulait instruire sur ces
plaintes; mais T. Manlius Torquatus, père de Silanus, demande et
obtient que l'instruction lui soit confiée; et après avoir pris chez
lui connaissance de l'affaire, il condamne son fils et le déshérite.
Celui-ci ayant mis fin à ses jours en se pendant, le père n'assista
pas même à ses funérailles; mais il se tint dans sa maison comme à
son ordinaire, donnant audience à ceux qui venaient le consulter. -
Le proconsul Q. Fabius déshonore ses exploits en Espagne en traitant
d'égal à égal avec Viriathe. Celui-ci est assassiné par des traîtres
soudoyés par Servilius Caepion; il est vivement regretté de toute
son armée qui lui fait de magnifiques funérailles. Grand homme et
grand général, presque toujours vainqueur pendant les quatorze
années qu'il fut en guerre avec les Romains. (trad. Collection
Nisard)
| [54] LIBER LIV.
Q- Pompeius cos- in Hispania Termestinos subegit. Cum isdem et
Numantinis pacem a populo R- infirmatam fecit.
Lustrum a censoribus conditum est. Censa sunt ciuium capita
CCCXXVIII milia CCCCXLII.
Cum Macedonum legati questum de D- Iunio Silano praetore uenissent,
quod acceptis pecuniis prouinciam spoliasset, et senatus de
querellis eorum uellet cognoscere, T- Manlius Torquatus, pater
Silani, petiit impetrauitque ut sibi cognitio mandaretur; et domi
causa cognita filium condemnauit abdicauitque.
Ac ne funeri quidem eius, cum suspendio uitam finisset, interfuit
sedensque domi potestatem consultantibus ex instituto fecit.
Q- Fabius procos- rebus in Hispania prospere gestis labem imposuit
pace cum Viriatho aequis condicionibus facta.
Viriathus a proditoribus, consilio Seruili Caepionis, interfectus
est et ab exercitu suo multum comploratus ac nobiliter sepultus, uir
duxque magnus et per XIIII annos quibus cum Romanis bellum gessit,
frequentius superior.
| | [55] Les consuls P. Cornelius Nasica, celui que le tribun du peuple
Curiatius avait surnommé en plaisantant Sérapion, et D. Junius
Brutus, procédant à la levée des troupes, font en présence des
nouvelles recrues un exemple des plus salutaires: C. Matiénus,
accusé devant les tribuns du peuple d'avoir déserté l'armée en
Espagne, et condamné, est longtemps battu de verges sous la fourche,
puis vendu à vil prix. - Les tribuns du peuple ne pouvant obtenir
l'exemption du service qu'ils sollicitaient pour dix soldats, font
conduire les consuls en prison. - En Espagne, le consul Junius
Brutus donne à ceux qui avaient servi sous Viriathe des terres et
une ville qui fut appelée Valentia. - Le sénat déclare nul le traité
conclu avec les Numantins, qui défont et mettent en fuite M.
Popilius. - Pendant que le consul C. Hostilius Mancinus
accomplissait un sacrifice, les poulets s'échappent de leur cage. En
outre, au moment où il s'embarquait pour l'Espagne, on entendit une
voix qui criait: "Arrête, Mancinus"; sinistres présages, comme
l'événement le prouva. Vaincu par les Numantins, chassé de son camp,
sans espoir de sauver son armée, il fait avec eux une paix
ignominieuse, que le sénat ne voulut pas ratifier. Trente mille
Romains avaient été vaincus par quatre mille Numantins. - D. Junius
Brutus emporte trente villes d'assaut, et soumet toute la Lusitanie
jusqu'au couchant et à l'Océan. Ses soldats refusant de passer le
fleuve Oblivio, il arrache un étendard des mains de celui qui le
porte, traverse le fleuve et se fait suivre ainsi de son armée. - Le
roi de Syrie, fils d'Alexandre (Balas), âgé d'environ dix ans, est
mis à mort perfidement par son tuteur Diodotus, surnommé Tryphon.
Celui-ci avait corrompu les médecins, qui, faisant croire au peuple
que le jeune roi souffrait de la gravelle, le tuèrent en l'opérant.
(trad. Collection Nisard)
| [55] LIBER LV.
P- Cornelio Nasica, cui cognomen Serapion fuit ab inridente Curiatio
trib- pleb- impositum, et Dec- Iunio Bruto coss- dilectum habentibus
in conspectu tironum res saluberrimi exempli facta est: nam C-
Matienius accusatus est apud tribunos pl-, quod exercitum ex
Hispania deseruisset, damnatusque sub furca diu uirgis caesus est et
sestertio nummo ueniit.
Tribuni pleb- quia non inpetrarent ut sibi denos quos uellent
milites eximere liceret, consules in carcerem duci iusserunt.
Iunius Brutus cos- in Hispania iis qui sub Viriatho militauerant
agros et oppidum dedit, quod uocatum est Valentia.
M- Popilius a Numantinis, cum quibus pacem factam inritam fieri
senatus censuerat, cum exercitu fusus fugatusque est.
C- Hostilio Mancino cos- sacrificante pulli ex cauea euolauerunt;
conscendenti deinde in nauem,ut in Hispaniam proficisceretur,
accidit uox: "Mane, Mancine". Quae auspicia tristia fuisse euentu
probatum est.
Victus enim a Numantinis et castris exutus, cum spes nulla seruandi
exercitus esset, pacem cum his fecit ignominiosam, quam ratam esse
senatus uetuit.
XXXX milia Romanorum ab IIII milibus Numantinorum uicta erant.
Decimus Iunius Lusitaniam expugnationibus urbium usque ad Oceanum
perdomuit, et cum flumen Obliuionem transire nollent, raptum
signifero signum ipse transtulit et sic ut transgrederentur
persuasit.
Alexandri filius, rex Syriae, X annos admodum habens, a Diodoto, qui
Tryphon cognominabatur, tutore suo, per fraudem occisus est
corruptis medicis qui illum calculi dolore consumi ad populum
mentiti, dum secant, occiderunt.
| | [56] Dans l'Espagne ultérieure D. Junius Brutus remporte une
victoire sur les Gallèques. Moins heureux dans un combat contre les
Vaccéens, le proconsul M. Aemilius Lépidus renouvelle le désastre
numantin. Pour délier le peuple romain de la foi due au traité
conclu par Mancinus, on livre son auteur aux Numantins qui ne
veulent pas le recevoir. - Clôture du lustre par les censeurs: trois
cent vingt-trois mille neuf cent vingt-trois citoyens inscrits. - Le
consul Fulvius Flaccus soumet les Vardéens, peuple d'Illyrie. - En
Thrace, le préteur M. Cosconius défait les Scordisques. - Pour
mettre un terme à cette honteuse guerre des Numantins, que faisait
durer l'impéritie des généraux, le sénat et le peuple romain
défèrent spontanément le consulat à Scipion l'Africain. Comme il ne
pouvait le prendre sans violer la loi qui défendait de nommer le
même homme deux fois consul, il est exempté des lois, comme à son
premier consulat. - La guerre des esclaves, qui avait commencé en
Sicile, n'ayant pu être étouffée par les préteurs, est confiée aux
soins du consul C. Fulvius. Le promoteur de cette guerre était un
esclave nommé Eunus, syrien de naissance, qui commença par
rassembler quelques esclaves de la campagne, ouvrit les ergastules
et parvint à se former une armée. Un autre esclave, nommé Cléon,
rallia autour de lui jusqu'à soixante-dix mille hommes; et les deux
troupes réunies commencèrent une longue guerre contre le peuple
romain et ses armées. (trad. Collection Nisard)
| [56] LIBER LVI.
Decimus Iunius Brutus in Hispania ulteriore feliciter aduersus
Gallaecos pugnauit.
Dissimili euentu M- Aemilius Lepidus procos- aduersus Vaccaeos rem
gessit, clademque similem Numantinae passus est.
Ad exsoluendum foederis Numantini religione populum Mancinus, cum
huius rei auctor fuisset, deditus Numantinis non est receptus.
Lustrum a censoribus conditum est. Censa sunt ciuium capita CCCXVII
milia DCCCCXXXIII.
Fuluius Flaccus cos- Vardeos in Illyrico subegit.
M- Cosconius praetor in Thracia cum Scordiscis prospere pugnauit.
Cum bellum Numantinum uitio ducum non sine pudore publico duraret,
delatus est ultro Scipioni Africano a senatu populoque R- consulatus
; quem cum illi capere ob legem, quae uetabat quemquam iterum
consulem fieri, non liceret, sicut priori consulatu legibus solutus
est.
Bellum seruile in Sicilia ortum cum opprimi a praetoribus non
potuisset, C- Fuluio cos- mandatum est.
Huius belli initium fuit Eunus seruus, natione Syrus, qui contracta
agrestium seruorum manu et solutis ergastulis iusti exercitus
numerum impleuit.
Cleon quoque alter seruus ad LXX milia seruorum contraxit, et
iunctis copiis aduersus exercitum Romanum bellum saepe gesserunt.
| | [57] Scipion l'Africain assiège Numance et rétablit dans l'armée
corrompue par la licence et la mollesse, la discipline militaire la
plus rigoureuse. Il supprime tout instrument de luxe et de plaisir,
et chasse du camp deux mille prostituées; chaque jour il tient le
soldat au travail et le force à porter sept pieux et trente jours de
vivres. Un soldat supportait-il ce fardeau avec humeur: "Lorsque tu
sauras te faire un rempart de ton épée, lui disait-il, tu cesseras
alors de porter des retranchements." Un autre maniait-il facilement
un petit bouclier, il lui en faisait porter un plus grand; il ne le
blâmait cependant pas de mieux se servir du bouclier que de l'épée.
Quiconque était surpris hors des rangs était puni du sarment s'il
était Romain, du bâton s'il était étranger. De crainte que les bêtes
de somme ne diminuent le travail du soldat, il les fait toutes
vendre. Les sorties de l'ennemi sont souvent repoussées avec succès.
- Les Vaccéens, assiégés de toutes parts, se tuent sur les cadavres
de leurs femmes et de leurs enfants. - Antiochus, roi de Syrie,
envoie à Scipion de magnifiques présents. Contrairement à l'usage
des autres généraux, qui recevaient en secret les présents des rois,
Scipion déclare qu'il les acceptera à son tribunal, et ordonne au
questeur de les porter sur les registres publics; c'est là qu'il
prendra de quoi récompenser les braves. Il était parvenu à enfermer
Numance de tous côtés, et il voyait les assiégés pressés par la
famine; il défend alors de tuer ceux qui sortiraient pour fourrager:
"Plus ils seront, disait-il, plus ils consommeront vite ce qu'il
leur reste de vivres." (trad. Collection Nisard)
| [57] LIBER LVII.
Scipio Africanus Numantiam obsedit et corruptum licentia luxuriaque
exercitum ad seuerissimam militiae disciplinam reuocauit.
Omnia deliciarum instrumenta recidit, duo milia scortorum a castris
eiecit, militem cotidie in opere habuit et XXX dierum frumentum ad
septenos uallos ferre cogebat.
Aegre propter onus incedenti dicebat: "cum gladio te uallare
scieris, uallum ferre desinito"; alii scutum parum habiliter
ferenti, "amplius eum scutum iusto ferre, neque id se reprehendere,
quando melius scuto quam gladio uteretur ".
Quem militem extra ordinem deprehendit, si Romanus esset, uitibus,
si extraneus, uirgis cecidit.
Iumenta omnia, ne exonerarent militem, uendidit. Saepe aduersus
eruptiones hostium feliciter pugnauit.
Vaccaei obsessi liberis coniugibusque trucidatis ipsi se
interemerunt.
Scipio amplissima munera missa sibi ab Antiocho, rege Syriae, cum
celare aliis imperatoribus regum munera mos esset, pro tribunali
accepturum se esse dixit omniaque ea quaestorem referre in publicas
tabulas iussit: ex his se uiris fortibus dona esse daturum.
| | [58] Malgré l'opposition du sénat et des chevaliers, Tib. Sempronius
Gracchus, tribun du peuple, propose une loi agraire qui défend de
posséder plus de cinq cents arpents des terres publiques. Il se
porte à de tels excès qu'il fait abroger par une loi le pouvoir de
son collègue, M. Octavius, qui soutenait le parti contraire, et se
nomme lui, son frère Gracchus, et Appius Claudius, son beau-père,
triumvirs pour le partage des terres. Il promulgue une autre loi
agraire, dont les dispositions sont encore plus larges, et qui
permet aux mêmes triumvirs de décider si telle ou telle terre est du
domaine public ou du domaine privé. - Puis comme il n'y avait pas
assez de terres pour qu'on pût faire un partage qui satisfît même
les plébéiens, dont la cupidité était excitée outre mesure, il
annonce qu'il va promulguer une loi pour distribuer l'argent
provenant du roi Attale à tous ceux qui, d'après la loi Sempronia,
devaient recevoir des terres. Attale, fils d'Eumène, avait en effet
institué le peuple romain son héritier. Ces scandales soulèvent
l'indignation des sénateurs, et entre tous de T. Annius, homme
consulaire, qui après avoir parlé contre Gracchus dans le sénat,
entraîné par celui-ci devant le peuple et dénoncé aux plébéiens,
monte à la tribune et l'accuse encore. Gracchus voulait se faire
nommer tribun du peuple une seconde fois, quand les patriciens
excités par P. Cornélius Nasica, brisent les bancs, l'en frappent et
le mettent à mort au Capitole; son corps, privé de sépulture et
confondu parmi ceux des autres victimes de cette sédition, est jeté
dans le fleuve. - Vient ensuite le récit des événements divers de la
guerre des esclaves en Sicile. (trad. Collection Nisard)
| [58] LIBER LVIII.
Tib- Sempronius Gracchus trib- pleb- cum legem agrariam ferret
aduersus uoluntatem senatus et equestris ordinis: nequis ex publico
agro plus quam mille iugera possideret, in eum furorem exarsit ut M-
Octauio collegae causam diuersae partis defendenti potestatem lege
lata abrogaret, seque et C- Gracchum fratrem et Appium Claudium
socerum triumuiros ad diuidendum agrum crearet.
Promulgauit et aliam legem agrariam, qua sibi latius agrum
patefaceret, ut idem triumuiri iudicarent, qua publicus ager, qua
priuatus esset.
Deinde cum minus agri esset quam quod diuidi posset sine offensa
etiam plebis, quoniam eos ad cupiditatem amplum modum sperandi
incitauerat, legem se promulgaturum ostendit ut his, qui Sempronia
lege agrum accipere deberent, pecunia quae regis Attali fuisset
diuideretur.
Heredem autem populum Romanum reliquerat Attalus, rex Pergami,
Eumenis filius.
Tot indignitatibus commotus grauiter senatus, ante omnis T- Annius
consularis.
Qui cum in senatu in Gracchum perorasset, raptus ab eo ad populum
delatusque plebi, rursus in eum pro rostris contionatus est.
Cum iterum trib- pleb- creari uellet Gracchus, auctore P- Cornelio
Nasica in Capitolio ab optimatibus occisus est, ictus primum
fragmentis subselli, et inter alios qui in eadem seditione occisi
erant insepultus in flumen proiectus.
Res praeterea in Sicilia uario euentu aduersus fugitiuos gestas
continet.
| | [59] Les Numantins, réduits à l'extrémité par la famine, viennent se
rendre les uns après les autres et se tuer ensuite de leur propre
main. Scipion l'Africain détruit la ville et en triomphe, quatorze
ans après la ruine de Carthage. - Le consul P. Rupilius termine la
guerre des esclaves en Sicile. - Aristonicus, fils du roi Eumène,
s'empare de l'Asie Mineure, qui devait être libre, ayant été laissée
en héritage au peuple romain par le testament d'Attale. - P.
Licinius Crassus, consul et grand pontife (ce qui n'était jamais
arrivé auparavant), sort de l'Italie pour combattre Aristonicus. Il
est vaincu et tué. - Le consul M. Perperna défait Aristonicus, qui
se rend à discrétion. - Le lustre est fermé par les censeurs Q.
Pompéius et Q. Métellus, choisis tous deux pour la première fois
parmi les plébéiens. - Le cens donne trois cent sept mille huit cent
vingt-trois citoyens, outre les veuves et les pupilles. - Le censeur
Q. Metellus propose de contraindre tous les citoyens à se marier
pour avoir des enfants. Le discours qu'il prononça dans cette
circonstance existe encore, et César Auguste, quand il s'occupait
d'encourager le mariage dans les différents ordres de l'État, le lut
dans le sénat parce qu'il semblait composé pour la circonstance. -
Le tribun du peuple, C. Atinius Labeo, veut faire précipiter de la
roche Tarpéienne le censeur Q. Métellus qui l'avait omis sur les
listes du sénat; il en est empêché par l'intervention des autres
tribuns. - Le tribun du peuple Carbon présente une rogation pour
permettre au peuple de nommer le même tribun autant de fois qu'il
voudra. Scipion l'Africain s'élève contre cette proposition dans un
éloquent discours où il disait que la mort de Tib. Gracchus était
méritée. - Gracchus défend la rogation, mais l'avis de Scipion
prévaut. - Guerres entre Antiochus, roi de Syrie, et Phraates, roi
des Parthes. - L'Égypte n'est pas dans une situation plus calme.
Ptolémée Évergète, que son excessive cruauté rendait odieux aux
siens, voit son palais incendié par le peuple, et s'enfuit à Chypre.
Cléopâtre, sa soeur et son épouse, qu'il avait répudiée pour épouser
la fille de celle-ci, vierge encore, et à laquelle il avait fait
violence, est appelée au trône par le peuple. Ptolémée irrité fait
mettre à mort en Chypre, le fils qu'il avait eu d'elle, et envoie à
la mère la tête, les mains et les pieds de son enfant. - Troubles
excités par Fulvius Flaccus, C. Gracchus et C. Papirius Carbon,
triumvirs nommés pour le partage des terres. P. Scipion l'Africain,
qui s'était montré leur adversaire, est trouvé mort dans son lit,
quand la veille il était rentré chez lui plein de santé et de
vigueur. Des soupçons d'empoisonnement se portent sur son épouse
Sempronia, en raison surtout de ce qu'elle était soeur des Gracques,
ennemis des Scipions. Cependant cette mort n'est l'objet d'aucune
enquête. Scipion mort, les séditions triumvirales recommencent avec
plus de fureur. - Le Iapydes font éprouver au consul Sempronius un
revers qui est bientôt réparé par une victoire, due surtout au
courage de D. Junius Brutus, le même qui avait soumis la Lusitanie.
(trad. Collection Nisard)
| [59] LIBER LIX.
Numantini fame coacti ipsi se per uicem traicientes trucidauerunt,
captam urbem Scipio Africanus deleuit et de ea triumphauit XIIII
anno post Carthaginem deletam.
P- Rupilius cos- in Sicilia cum fugitiuis debellauit.
Aristonicus, Eumenis regis filius, Asiam occupauit, cum testamento
Attali regis legata populo R- libera esse deberet.
Aduersus eum P- Licinius Crassus cos-, cum idem pontifex max- esset,
quod numquam antea factum erat, extra Italiam profectus proelio
uictus et occisus est.
M- Perperna cos- uictum Aristonicum in deditionem accepit.
Q- Pompeius Q- Metellus, tunc primum uterque ex plebe facti
censores, lustrum condiderunt.
Censa sunt ciuium capita CCCXVIII milia DCCCXXIII praeter pupillos,
pupillas et uiduas.
Q- Metellus censor censuit ut cogerentur omnes ducere uxores
liberorum creandorum causa.
Extat oratio eius, quam Augustus Caesar, cum de maritandis ordinibus
ageret, uelut in haec tempora scriptam in senatu recitauit.
C- Atinius Labeo trib- pleb- Q- Metellum censorem, a quo in senatu
legendo praeteritus erat, de Saxo deici iussit ; quod ne fieret,
ceteri tribuni plebis auxilio tuerunt.
Cum Carbo trib- plebi rogationem tulisset, ut eumdem tribunum pleb-,
quotiens uellet, creare liceret, rogationem eius P- Africanus
grauissima oratione dissuasit ; in qua dixit Ti- Gracchum iure
caesum uideri.
C- Gracchus contra suasit rogationem, sed Scipio tenuit.
Bella inter Antiochum, Syriae, et Phraaten, Parthorum regem, gesta
nec magis quietae res Aegypti referuntur: Ptolemaeus Euergetes
cognominatus, ob nimiam crudelitatem suis inuisus, incensa a populo
regia clam Cypron profugit, et cum sorori eius Cleopatrae, quam
filia eius uirgine per uim compressa atque in matrimonium ducta
repudiauerat, regnum a populo datum esset, infensus filium quem ex
illa habebat in Cypro occidit caputque eius et manus et pedes matri
misit.
Seditiones a triumuiris Fuluio Flacco et C- Graccho et C- Papirio
Carbone agro diuidendo creatis excitatae. Cum P- Scipio Africanus
aduersaretur fortisque ac ualidus pridie domum se recepisset,
mortuus in cubiculo inuentus est. Suspecta fuit, tamquam ei uenenum
dedisset, Sempronia uxor hinc maxime quod soror esset Gracchorum cum
quibus simultas Africano fuerat.
De morte tamen eius nulla quaestio acta. Defuncto eo acrius
seditiones triumuirales exarserunt.
C- Sempronius cos- aduersus Iapydas primo male rem gessit, mox
uictoria cladem acceptam emendauit uirtute Decimi Iuni Bruti, eius
qui Lusitaniam subegerat.
Cum undique Numantiam obsidione clusisset et obsessos fame uideret
urgeri, hostes qui pabulatum exierant, uetuit occidi, quia diceret
uelocius eos absumpturos frumenti quod haberent, si plures fuissent.
| | [60] Le consul L. Aurélius réduit les Sardes révoltés. - M. Fulvius
Flaccus envoyé au secours des Massiliens, dont les Gaulois
Salluviens ravageaient le territoire, soumet, le premier, par les
armes, les Liguriens de la Gaule transalpine. Le préteur L. Opimius
reçoit à discrétion les Frégellans révoltés et détruit Frégelles. -
Peste en Afrique engendrée, dit-on, par des nuées de sauterelles,
que l'on extermine et dont les débris restent sur le sol. - Clôture
du lustre par les censeurs: trois cent quatre-vingt dix-sept mille
sept cent trente-six citoyens inscrits au cens. - Le tribun du
peuple, C. Gracchus, frère de Tibérius, et encore plus éloquent que
lui, fait passer plusieurs lois pernicieuses; une loi frumentaire
entre autres, qui accordait aux plébéiens cinq sixièmes de mesure de
blé; la loi agraire que son frère avait déjà portée, et une autre
loi encore pour se concilier l'ordre des chevaliers qui faisait
alors cause commune avec le sénat. Cette loi portait que six cents
chevaliers seraient choisis pour le sénat, et, comme il n'y avait à
cette époque que trois cents sénateurs, qu'à ces trois cents
sénateurs seraient adjoints les six cents chevaliers; c'était donner
aux chevaliers les deux tiers des voix dans le sénat. Continué dans
le tribunat pour l'année suivante, il fit passer plusieurs lois
agraires qui fondaient de nombreuses colonies en Italie, et une sur
le sol où avait existé Carthage. Il conduisit lui-même cette
dernière colonie, en qualité de triumvir. - Récit de l'expédition de
Q. Métellus contre les habitants des îles Baléares. Ces îles sont
appelées, par les Grecs, Gymnésies, parce que les habitants y
passent l'été sans vêtements; le nom de Baléares vient de l'action
de lancer des traits, ou de Balius, compagnon d'Hercule, que le
héros abandonna dans ces parages, lorsqu'il mit à la voile pour
aller trouver Géryon. - Récit des troubles de la Syrie. - Cléopâtre,
indignée de ce que Démétrius, son mari, après avoir tué son père,
avait pris le diadème sans son ordre, le fait mettre à mort avec son
fils Séleucus. (trad. Collection Nisard)
| [60] LIBER LX.
L- Aurelius cos- bellantes Sardos subegit.
M- Fuluius Flaccus primus transalpinos Liguras domuit bello, missus
in auxilium Massiliensium aduersus Salluuios Gallos, qui fines
Massiliensium populabantur.
L- Opimius praetor Fregellanos, qui defecerant, in deditionem
accepit, Fregellas diruit.
Pestilentia in Africa ab ingenti lucustarum multitudine et deinde
necatarum strage fuisse traditur.
Lustrum a censoribus conditum est. Censa sunt ciuium capita
CCCXCIIII milia DCCXXXVI.
C- Gracchus, Tiberi frater, trib- plebis, eloquentior quam frater,
perniciosas aliquot leges tulit, inter quas frumentariam, ut senis
et triente frumentum plebi daretur; alteram legem agrariam quam et
frater eius tulerat; tertiam, qua equestrem ordinem tunc cum senatu
consentientem corrumperet, ut sescenti ex equite in curiam
sublegerentur et, quia illis temporibus CCC tantum senatores erant,
DC equites CCC senatoribus admiscerentur, id est ut equester ordo
bis tantum uirium in senatu haberet. Et continuato in alterum annum
tribunatu legibus agrariis latis effecit ut complures coloniae in
Italia deducerentur et una in solo dirutae Carthaginis, quo ipse
triumuir creatus coloniam deduxit.
Praeterea res a Q- Metello cos- aduersus Baleares gestas continet,
quos Graeci Gymnesios appellant, quia aestatem nudi exigunt.
Baleares a teli missu appellati aut a Balio, Herculis comite ibi
relicto, cum Hercules ad Geryonem nauigaret.
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