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Du texte à l'hypertexte

Valère Maxime, Des faits et des paroles mémorables, Livre I

Chapitre 5

  Chapitre 5

[1,5] CHAPITRE V : Des présages. EXEMPLES ROMAINS 1. L'observation des présages se rattache aussi par quelque rapport à la religion, puisqu'on les regarde comme l'effet non du hasard, mais de la Providence divine. L'action de la Providence s'est manifestée après la destruction de Rome par les Gaulois, dans le temps où les sénateurs discutaient l'alternative de passer à Véies ou de relever les murailles de la ville. Il arriva qu'à ce moment, comme des troupes revenaient d'un poste le centurion cria dans la place des Comices : "Porte-enseigne, plante le drapeau ; nous serons très bien ici." A cette parole, le Sénat répondit qu'il en acceptait le présage et sur-le-champ renonça au projet d'aller s'établir à Véies. Combien peu de mots suffirent pour fixer définitivement le siège d'un empire qui devait devenir si grand ! Les dieux, j'imagine, s'indignèrent à l'idée qu'on allait abandonner, pour le nom de Véies, le nom de Rome qui avait pris naissance sous les plus heureux auspices et ensevelir la gloire d'une illustre victoire sous les débris d'une ville récemment renversée. (An de R. 363.) 2. Camille, auteur de ce brillant exploit, avait prié le ciel, si la prospérité du peuple romain paraissait excessive à quelque dieu, d'assouvir sa jalousie en lui infligeant à lui-même quelque disgrâce personnelle et à l'instant même il fit une chute. Cet accident fut regardé comme le présage de la condamnation dont il fut frappé dans la suite. Il est juste que la victoire de ce grand homme et sa prière patriotique aient fait autant l'une que l'autre pour sa gloire : il y a en effet un mérite égal à accroître le bonheur de sa patrie et à vouloir en détourner sur soi les malheurs. (An de R. 357.) 3. Que penser de ce qui est arrivé au consul Paul-Émile ? et combien ce fait est digne de mémoire ! Le sort lui avait assigné le commandement de l'expédition contre le roi Persée. En rentrant chez lui au retour du sénat, il embrassa sa fille Tertia, alors fort jeune : il remarqua son air de tristesse et lui en demanda la cause. "Persa est mort", répondit-elle. Il était mort en effet un petit chien, nommé Persa, que la jeune fille aimait beaucoup. Paul-Émile saisit avidement ce présage et d'une parole fortuite il tira comme un pressentiment certain d'un triomphe éclatant. (An de R. 585.) 4. Cécilia, femme de Métellus, cherchait, selon l'antique usage, au milieu de la nuit, un présage de mariage pour sa nièce, jeune fille en âge d'être mariée, et elle le fournit elle-même. A cet effet la jeune fille était allée dans un petit sanctuaire et y était restée quelque temps sans entendre aucune parole conforme à ses désirs. Fatiguée de se tenir longtemps debout, elle pria sa tante de lui laisser un instant sa place pour s'asseoir. "Oui, lui répondit sa tante, je te cède bien volontiers ma place." Ce mot était dicté simplement par la bienveillance ; mais l'événement lui donna la valeur d'un présage qui ne trompe pas ; car peu après Métellus, ayant perdu sa femme Cécilia, épousa la jeune fille dont je parle. (Vers l'an 622.) 5. C. Marius dut certainement son salut à l'observation d'un présage, lorsque, déclaré ennemi public par le sénat, il fut emmené chez Fannia à Minturnes et confié à sa garde. Il remarqua en effet un petit âne laissant le fourrage qu'on lui présentait pour courir à l'eau. A cette vue, pensant que la Providence lui montrait un exemple à suivre, et d'ailleurs très versé dans l'art de la divination, il obtint de la multitude accourue à son secours de se faire conduire au bord de la mer. Aussitôt il monta dans une barque, se transporta en Afrique et se déroba ainsi aux armes victorieuses de Sylla. (An de R. 665.) 6. Le grand Pompée, vaincu à la bataille de Pharsale par César et cherchant son salut dans la fuite, dirigea sa course vers l'île de Chypre, dans le dessein d'y rassembler quelques forces. Abordant à la ville de Paphos, il aperçut sur le rivage un magnifique édifice et en demanda le nom au pilote qui lui répondit : "On le nomme le Royaume des morts." Ce mot acheva de détruire le peu d'espoir qui lui restait encore. Il ne put même le dissimuler : il détourna ses regards de cette demeure et manifesta, par un soupir, la douleur que lui avait causée ce sinistre présage. (An de R. 706.) 7. La fin malheureuse que M. Brutus avait méritée pour son parricide fut aussi annoncée par un présage précis. Après cet horrible forfait, comme il célébrait l'anniversaire de sa naissance et qu'il voulait citer un vers grec, sa mémoire lui rappela de préférence le passage d'Homère : "Je meurs victime de la Parque funeste et du fils de Leto" Ce fut en effet Apollon, dont le nom avait été donné pour signe de ralliement par Octave et Antoine, qui, à la bataille de Philippes, dirigea sur lui ses traits. (An de R. 710.) 8. C'est encore par un mot jeté au hasard et plein d'à­propos que la Fortune donna un avertissement à C. Cassius. Les Rhodiens la suppliaient de ne pas les dépouiller de toutes les images de leurs dieux. "Je laisse le Soleil", leur dit-il. Elle lui suggéra cette réponse hautaine pour mettre au jour l'insolence de ce vainqueur insatiable et avec la pensée de le forcer, après sa défaite en Macédoine, à laisser non pas une image du Soleil, seul objet qu'il avait accordé à leurs prières, mais la lumière même du Soleil. (An de R. 710.) 9. Il y a lieu de signaler aussi le présage à la suite duquel le consul Pétilius périt en faisant la guerre en Ligurie. Il assiégeait une hauteur nommée "Létum" (c'est-à-dire la Mort) ; et dans son exhortation aux soldats, il prononça ces paroles : "A tout prix j'aurai aujourd'hui Létum." En effet, s'étant jeté témérairement dans la bataille, il justifia par sa mort ce mot proféré au hasard. (An de R. 577.) EXEMPLES ÉTRANGERS 1. A ces traits de notre histoire on peut sans disparate joindre deux exemples de même genre empruntés aux étrangers. Les habitants de Priène imploraient contre les Cariens le secours de Samos. Les Samiens, obéissant à un sentiment d'orgueil, au lieu d'une flotte et d'une armée, leur envoyèrent par dérision une Sibylle. Mais eux, voyant dans cette prophétesse comme une aide divine, l'accueillirent avec joie et par ses prédictions véridiques elle les conduisit à la victoire. 2. Les Apolloniates non plus n'eurent pas à regretter d'avoir, au milieu des difficultés d'une guerre contre l'Illyrie, demandé du secours aux habitants d'Epidamne. Ceux-ci leur avaient dit qu'ils leur envoyaient comme auxiliaire le fleuve Aeas qui coule près de leurs remparts : "Nous acceptons ce que vous donnez ", répondirent-ils, et ils lui assignèrent la première place dans l'armée comme à leur général. Ils remportèrent sur leurs ennemis une victoire inespérée ; et imputant leur succès à l'effet du présage, ils offrirent alors des sacrifices au fleuve Aeas comme à un dieu, et le mirent depuis lors à leur tête dans toutes les batailles. [1,5] 1.5.init. Ominum etiam obseruatio aliquo contactu religioni innexa est, quoniam non fortuito motu, sed diuina prouidentia constare creduntur. 1.5.1 Quae effecit ut urbe a Gallis disiecta, deliberantibus patribus conscriptis utrum Veios migrarent an sua moenia restituerent, forte eo tempore praesidio cohortibus redeuntibus centurio in comitio exclamaret 'signifer, statue signum, hic optime manebimus': ea enim uoce audita senatus accipere se omen respondit e uestigioque Veios transeundi consilium omisit. quam paucis uerbis de domicilio futuri summi imperii confirmata est condicio! credo indignum diis existimantibus prosperrimis auspiciis Romanum nomen ortum Veientanae urbis appellatione mutari inclitaeque uictoriae decus modo abiectae urbis ruinis infundi. 1.5.2 Huius tam praeclari operis auctor Camillus, cum esset precatus ut, si cui deorum nimia felicitas populi Romani uideretur, eius inuidia suo aliquo incommodo satiaretur, subito lapsu decidit. quod omen ad damnationem, qua postea oppressus est, pertinuisse uisum est. merito autem de laude inter se uictoria et pia precatio amplissimi uiri certauerint: aeque enim uirtutis est et bona patriae auxisse et mala in se transferri uoluisse. 1.5.3 Quid illud, quod L- Paulo consuli euenit, quam memorabile! cum ei sorte obuenisset ut bellum cum rege Perse gereret et domum e curia regressus filiolam suam nomine Tertiam, quae tum erat admodum paruula, osculatus tristem animaduerteret, interrogauit quid ita eo uultu esset. quae respondit Persam perisse. decesserat autem catellus, quem puella in deliciis habuerat, nomine Persa. arripuit igitur omen Paulus exque fortuito dicto quasi certam spem clarissimi triumphi animo praesumpsit. 1.5.4 At Caecilia Metelli, dum sororis filiae, adultae aetatis uirgini, more prisco nocte concubia nuptiale petit omen, ipsa fecit: nam cum in sacello quodam eius rei gratia aliquamdiu persedisset nec (aliqua) ulla uox proposito congruens esset audita, fessa longa standi mora puella rogauit materteram ut sibi paulisper locum residendi adcommodaret. cui illa 'ego uero' inquit 'libenter tibi mea sede cedo'. quod dictum ab indulgentia profectum ad certi ominis processit euentum, quoniam Metellus non ita multo post mortua Caecilia uirginem, de qua loquor, in matrimonium duxit. 1.5.5 C- autem Mario obseruatio ominis procul dubio saluti fuit, quo tempore hostis a senatu iudicatus in domum Fanniae Minturnis custodiae causa deductus est. animaduertit enim asellum, cum ei pabulum obiceretur, neglecto eo ad aquam procurrentem. quo spectaculo deorum prouidentia quod sequeretur oblatum ratus, alioquin etiam interpretandarum religionum peritissimus, a multitudine, quae ad opem illi ferendam confluxerat, inpetrauit ut ad mare perduceretur ac protinus nauiculam conscendit eaque in Africam peruectus arma Sullae uictricia effugit. 1.5.6 Pompeius uero Magnus in acie Pharsalica uictus a Caesare, fuga quaerens salutem cursum in insulam Cyprum, ut aliquid in ea uirium contraheret, classe direxit adpellensque ad oppidum Paphum conspexit in litore speciosum aedificium gubernatoremque interrogauit quod ei nomen esset. qui respondit g-Katohbasileia uocari. quae uox spem eius (quae) quantulamcumque (restabat) conminuit, neque id dissimulanter tulit: auertit enim oculos ab illis tectis ac dolorem, quem ex diro omine ceperat, gemitu patefecit. 1.5.7 M- etiam Bruti dignus admisso parricidio euentus omine designatus est, si quidem post illud nefarium opus natalem suum celebrans, cum Graecum uersum expromere uellet, ad illud potissimum Homericum referendum animo tetendit: g-Alla g-me g-Moir' g-oloeh g-kai g-Lehtous g-ektanen g-huios, qui deus Philippensi acie a Caesare et Antonio signo datus in eum tela conuertit. 1.5.8 Consentaneo uocis iactu C- Cassii aurem fortuna peruellit, quem orantibus Rhodiis ne ab eo cunctis deorum simulacris spoliarentur, Solem a se relinqui respondere uoluit, ut rapacissimi uictoris insolentiam dicti tumore protraheret abiectumque Macedonica pugna non effigiem Solis, quam tantummodo supplicibus cesserat, sed ipsum solem re uera relinquere cogeret. 1.5.9 Adnotatu dignum illud quoque omen, sub quo Petilius consul in Liguria bellum gerens occiderit: nam cum montem, cui Leto cognomen erat, oppugnaret interque adhortationem militum dixisset 'hodie ego Letum utique capiam', inconsideratius proeliando fortuitum iactum uocis leto suo confirmauit. 1.5.ext.1 Adici nostris duo eiusdem generis alienigena exempla non absurde possunt. Sami Prienensibus auxilium aduersus Caras inplorantibus adrogantia instincti pro classe et exercitu sibullam eis derisus gratia miserunt. quam illi uelut diuinitus datum praesidium interpretati libenter receptam uera fatorum praedictione uictoriae ducem habuerunt. 1.5.ext.2 Ne Apolloniatae quidem paenitentiam egerunt, quod, cum bello Illyrico pressi Epidamnios ut sibi opem ferrent orassent atque illi flumen uicinum moenibus suis nomine Aeantem in adiutorium eorum sese mittere dixissent, 'accipimus quod datur' responderunt eique primum in acie locum perinde ac duci adsignarunt: ex insperato enim superatis hostibus successum suum omini acceptum referentes et tunc Aeanti ut deo immolauerunt et deinceps omnibus proeliis duce uti instituerunt.


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Dernière mise à jour : 25/05/2005