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Valère Maxime, Des faits et des paroles mémorables, Livre III

Chapitre 3,2

  Chapitre 3,2

[3,2] CHAPITRE II : De la bravoure EXEMPLES ROMAINS Quant à nous, puisque nous venons de montrer la vertu dans ses commencements et dans ses progrès, décrivons-la maintenant dans sa pleine perfection. Or la force la plus énergique de la vertu, son nerf le plus puissant, c'est la bravoure. Je n'ignore pas, ô Romulus ! fondateur de notre cité, que c'est à toi que, en ce genre de mérite, revient la première place. Mais permets, je t'en conjure, que je fasse passer avant toi un exemple auquel tu dois toi-même un hommage, car c'est grâce à lui que Rome, ton œuvre glorieuse, a échappé à la destruction. 1. Les Etrusques allaient se précipiter dans Rome par le pont de bois. Horatius Coclès vint se poster à la tête du pont et par une résistance obstinée il soutint tout l'effort des ennemis jusqu'à ce qu'on rompît le pont derrière lui. Alors, voyant sa patrie délivrée du péril qui la menaçait, il se jeta tout armé dans le Tibre, et les dieux immortels, admirant sa bravoure, assurèrent son salut en le préservant de tout mal. Sans être ébranlé par la profondeur de la chute, ni submergé par le poids de ses armes, ni entraîné par les tourbillons de l'eau, sans être non plus blessé par les traits qui pleuvaient de toutes parts, il parvint heureusement à se sauver à la nage. Seul, il attira sur sa personne les regards de tant de citoyens, de tant d'ennemis, les uns immobiles d'étonnement, les autres partagés entre la joie et la crainte. Seul, il sépara deux armées engagées dans un combat acharné, en repoussant l'une, en défendant l'autre. Seul, enfin, il fit de son bouclier à notre ville une protection non moins efficace que le lit du Tibre. Aussi, en se retirant, les Etrusques purent-ils dire : "Nous avons vaincu les Romains, mais nous sommes vaincus par Horatius." (An de R. 245.) 2. Clélie me fait oublier ma résolution, Clélie, qui, presque dans le même temps, du moins contre le même ennemi et dans ce même fleuve du Tibre, accomplit aussi avec tant d'audace une action d'éclat. Entre autres jeunes Romains, elle avait été donnée en otage à Porsenna. Pendant la nuit, échappant à la surveillance de ses gardes, elle monta sur un cheval et traversa rapidement le fleuve. Ainsi cette jeune fille à la fois s'affranchit de sa condition d'otage et libéra sa patrie de la crainte en donnant aux hommes un éclatant exemple de courage. 3. Je reviens maintenant à Romulus. Acron, roi des Céniniens, l'avait provoqué à un combat singulier. Malgré l'avantage que Romulus croyait avoir par le nombre et la bravoure de ses soldats, et quoiqu'il fût plus sûr pour lui de livrer bataille avec toute son armée que de combattre seul, il saisit avec empressement le présage d'une victoire qu'il devrait avant tout à sa valeur personnelle. La fortune seconda ses vœux. Il tua Acron, mit les ennemis en déroute et vint offrir à Jupiter Férétrien les dépouilles opimes enlevées à ce roi. Mais j'en ai dit assez sur ce sujet : la vertu consacrée par un culte public n'a pas besoin des louanges d'un particulier. (An de R. 4.) 4. Après Romulus, Cornélius Cossus fut le premier qui consacra des dépouilles au même dieu. Dans un combat qu'il avait, comme maître de la cavalerie, engagé contre les Fidénates, il avait tué de sa main leur général. Romulus est grand pour avoir, à l'origine de notre nation, jeté les fondements de sa gloire, mais Cossus s'est aussi acquis un grand nom pour avoir pu imiter Romulus. (An de R. 317.) 5. On ne doit pas séparer non plus le souvenir de Marcellus des deux exemples précédents. Telle fut son intrépidité qu'il attaqua sur les bords du Pô avec quelques cavaliers un roi des Gaulois entouré d'une armée nombreuse. Il lui trancha la tête et aussitôt lui enleva ses armes dont il fit hommage à Jupiter Férétrien. (An de R. 531.) 6. Le même genre de bravoure et de combat signala T. Manlius Torquatus, Valerius Corvus et Scipion Emilien. Ces guerriers tuèrent des chefs ennemis qui les avaient provoqués, mais, comme ils avaient combattu sous les auspices d'un chef supérieur, ils ne vinrent pas faire offrande de leurs dépouilles à Jupiter Férétrien. (Ans de R. 392, 404, 602.) Le même Scipion Emilien, servant en Espagne sous les ordres de Lucullus et se trouvant au siège de la place forte d'Intercatia, monta le premier à l'assaut. Il n'y avait pourtant dans cette armée personne qui par sa naissance, par son génie, par les espérances qu'il faisait concevoir, méritât plus de ménagements et d'intérêt. Mais alors plus un jeune homme était illustre, plus il acceptait de fatigues et de dangers pour la grandeur et la défense de la patrie. On aurait considéré comme une honte d'être inférieur en bravoure à ceux qu'on surpassait en dignité. Aussi Scipion Emilien réclama-t-il pour lui cette mission dangereuse, tandis que d'autres, effrayés par la difficulté de l'entreprise, cherchaient à s'y dérober. 7. Voici, entre autres semblables, un grand exemple de courage que nous offre l'antiquité. Les Romains, chassés par l'armée gauloise, se réfugiaient dans le Capitole et dans la citadelle, mais ces hauteurs ne pouvaient pas contenir tous les habitants. Ils prirent donc, par nécessité, la résolution d'abandonner les vieillards dans la partie basse de la ville, afin de laisser plus de facilité à la jeunesse pour défendre ce qui restait de notre empire. Mais dans ces circonstances si pénibles et si affligeantes, notre cité ne démentit pas un instant son courage. Ceux qui avaient passé par les honneurs se tinrent dans leurs maisons, les portes ouvertes, assis sur leurs chaises curules, avec les insignes des magistratures qu'ils avaient exercées, des sacerdoces dont ils avaient été revêtus : ils voulaient à la fois garder, dans leurs derniers moments, l'éclat et l'appareil extérieur de leur vie passée et, par leur propre exemple, affermir le courage du peuple pour l'aider à mieux supporter ses malheurs. Leur aspect en imposa d'abord aux ennemis, également frappés par la nouveauté du spectacle, par la magnificence des vêtements et par la singularité même de leur audace. Mais qui pouvait douter que des Gaulois, et des Gaulois vainqueurs, ne vinssent bientôt à passer de cette admiration aux moqueries et à toutes sortes d'outrages. C. Atilius n'attendit pas que leur insolence fût à son comble. Un Gaulois s'étant permis de lui caresser la barbe avec sa main, il lui assena un grand coup de bâton sur la tête, et comme celui-ci, irrité par la douleur, se précipitait sur lui pour le tuer, il se jeta lui-même avec ardeur au-devant de ses coups. Le courage ne se laisse donc pas subjuguer. Il ignore la honte de la résignation. Céder à la fortune lui paraît un sort plus affreux que n'importe quel destin. Il imagine des morts extraordinaires et belles, si toutefois c'est mourir que de cesser ainsi de vivre. (An de R. 363.) 8. Rendons maintenant à la jeunesse romaine l'hommage qui lui est dû et reconnaissons ses titres de gloire. Le consul C. Sempronius Atratinus soutenait contre les Volsques, près de Verrugue, un combat où le succès ne se décidait pas. La cavalerie, pour empêcher la déroute de notre armée qui déjà pliait, mit pied à terre, se forma en compagnies d'infanterie et chargea l'ennemi. S'étant ouvert un passage, elle alla s'emparer d'une hauteur voisine et, en détournant sur ce point l'effort des Volsques, elle donna à nos légions un répit qui leur permit de se ressaisir. Ainsi, alors que les Volsques ne songeaient déjà qu'à ériger des trophées, contraints par la nuit de mettre fin au combat, ils se retirèrent sans savoir bien s'ils étaient vainqueurs ou vaincus. (An de R. 330.) 9. Elle ne fut pas moins intrépide, cette élite des chevaliers dont l'admirable valeur sauva Fabius Maximus Rullianus, maître de la cavalerie, dans une guerre contre les Samnites, du reproche d'avoir indûment engagé la bataille. En effet Papirius Cursor, en allant à Rome pour reprendre les auspices, avait laissé l'armée sous ses ordres, avec défense de la mener au combat. Néanmoins il livra bataille à l'ennemi, mais ce fut avec autant de malheur que de légèreté, car, de toute évidence, il allait être battu Alors les généreux chevaliers ôtèrent la bride de leurs chevaux et, les piquant vivement de l'éperon, les lancèrent contre les Samnites. Par leur valeur inébranlable, ils parvinrent à arracher la victoire des mains de l'ennemi et avec la victoire ils rendirent à notre patrie les espérances que lui faisait concevoir un grand citoyen. (An de R. 429.) 10. Quelle devait être la vigueur de ces soldats qui saisirent un navire carthaginois fuyant à force de rames et le ramenèrent à la nage, à travers le liquide élément, comme ils auraient fait en marchant de pied ferme sur la terre ? 11. Voici un soldat de la même époque et de la même qualité. A la bataille de Cannes, où Hannibal brisa la force des Romains plutôt que leur courage, ce soldat, les mains blessées et incapables de porter les armes, saisit par le cou, avec ses bras, un Numide qui s'efforçait de le dépouiller, le défigura en lui rongeant le nez et les oreilles et expira après avoir assouvi sa vengeance à force de morsures. Laissez de côté l'issue malheureuse du combat, combien plus de courage dans le soldat tué que dans l'ennemi qui le tua ! Le Carthaginois victorieux, à la merci du mourant, fut pour lui un sujet de consolation, et le Romain, en perdant la vie, eut du moins la satisfaction de se venger lui-même. (An de R. 537.) 12. L'énergie que ce simple soldat montra dans le malheur n'est pas moins belle que celle du général dont je vais parler. P. Crassus, occupé à faire la guerre contre Aristonicus en Asie, avait été fait prisonnier, entre Elée et Smyrne, par des Thraces que ce prince avait en grand nombre dans sa garde. De crainte de tomber en son pouvoir, il chercha un moyen de se dérober par la mort à cet opprobre. Il enfonça dans l'œil d'un de ces barbares la baguette dont il se servait pour conduire son cheval. Le Thrace, irrité par la douleur, plongea son poignard dans le flanc de Crassus et, en se vengeant, il épargna au général la honte de se voir déchu de sa dignité. Crassus fit voir à la fortune l'injustice de l'outrage si cruel dont elle avait voulu l'atteindre. Il sut en effet, avec autant d'adresse que de courage, briser les faibles liens dont elle avait enchaîné sa liberté et, déjà livré à Arictonicus, il se ressaisit et se rétablit dans son rôle de chef. (An de R. 623.) 13. Scipion Metellus prit aussi une pareille résolution. Après avoir, sans succès, soutenu en Afrique le parti de Cn. Pompée, son gendre, il faisait voile vers l'Espagne. Lorsqu'il vit le navire qui le portait pris par l'ennemi, il se passa son épée au travers du corps et resta étendu sur la poupe du vaisseau. Les soldats de César demandèrent où était le général : "Le général, répondit-il, va bien." Il eut juste assez de voix pour attester sa force d'âme et s'immortaliser. (An de R. 707.) 14. Et toi aussi, Caton, Utique rappelle à jamais le souvenir de ton trépas illustre. Des blessures que tu t'es faites là d'une main si courageuse, il est sorti plus de gloire que de sang. Car en te jetant sur ton épée avec une si ferme résolution, tu donnas aux hommes une grande leçon. Tu leur appris combien les gens de bien doivent préférer l'honneur sans la vie à la vie sans l'honneur. (An de R. 707.) 15. La fille de ce Caton n'avait dans le caractère rien de féminin. Elle apprit le projet que Brutus, son mari, avait formé de tuer César, la nuit même qui précéda ce crime affreux. Brutus étant sorti de la chambre, elle demanda un rasoir en feignant de vouloir se couper les ongles et, le laissant tomber comme par hasard, elle se blessa. Les cris des servantes rappelèrent Brutus dans la chambre et il se mit à lui reprocher d'avoir voulu faire le même la tâche du barbier. Mais Porcia le prenant à part : "Ce que j'ai fait, dit-elle, n'est point un accident. C'est, dans la situation où nous sommes, la plus forte épreuve que je puisse te donner de mon amour pour toi. J'ai voulu voir par cet essai, pour le cas où ton projet ne réussirait pas selon tes souhaits, jusqu'à quel point je saurais me poignarder sans trembler." (An de R. 709.) 16. Caton l'Ancien, dont la famille Porcia tire son origine, fut plus heureux que sa postérité. Dans une bataille où l'ennemi l'attaquait vivement en le serrant de près, son épée, échappée du fourreau, tomba et se trouva sous un groupe de combattants et de tous côtés environnée de pieds ennemis. Dès qu'il s'aperçut qu'elle lui manquait, il l'alla reprendre avec tant de sang-froid qu'il eut l'air, non de l'arracher avec la précipitation que cause la peur du danger, mais de la ramasser sans la moindre crainte. Les ennemis furent frappés de ce spectacle et le lendemain ils vinrent lui demander humblement la paix. (An de R. 585.) 17. Le courage dans la vie civile est digne aussi d'être placé à côté des exploits militaires, car cette vertu mérite la même gloire, qu'elle se manifeste dans le forum ou dans les camps. Tiberius Gracchus, pendant son tribunat, avait gagné la faveur du peuple à force de largesses et tenait la république dans l'oppression. Il ne cessait de dire publiquement qu'il fallait anéantir le sénat et que tout devait se faire par l'autorité du peuple. Les sénateurs, convoqués dans le temple de la Bonne Foi publique, délibéraient sur les mesures à prendre dans une situation si troublée. Tous étaient d'avis que le consul protégeât la république par les armes, mais Scévola déclara qu'il ne ferait rien par la violence. Alors Scipion Nasica : "Puisque, dit-il, le consul, en s'attachant aux formes légales, expose toutes les lois et l'empire à une ruine commune, moi, quoique simple particulier, je m'offre à marcher à votre tête pour exécuter votre résolution". Puis il rejeta autour de son bras gauche le pan de sa toge et, levant la main droite, il s'écria : "Que ceux qui veulent le salut de la république me suivent !" Ce mot dissipa l'hésitation des bons citoyens et Scipion Nasica fit subir à Gracchus et à sa faction criminelle le châtiment qu'il méritait. (An de R. 620.) 18. Voici un autre trait semblable. Le tribun du peuple Saturninus, le préteur Glaucia et Equitius, tribun désigné, avaient excité dans Rome de violents mouvements de guerre civile, sans que personne tentât de s'opposer à l'effervescence populaire. M. Emilius Scaurus exhorta d'abord C. Marius, alors consul pour la sixième fois, à défendre par la force les lois et la liberté et aussitôt, il se fit apporter des armes pour lui-même. Dès qu'il les eut, il en revêtit son corps accablé par la vieillesse et presque réduit à rien et se tint, appuyé sur un javelot, devant la porte du sénat. Il y fut blessé d'un coup de pierre et consacra ainsi son faible reste de vie et son dernier souffle à empêcher la mort de la république. Ce fut en effet son intrépidité qui détermina le sénat et l'ordre équestre à exercer des répressions. (An de R. 653.) 19. Nous avons montré dans ce qui précède la gloire des armes et de la toge. Faisons voir aussi maintenant dans tout son éclat l'honneur du ciel, le divin Jules, la plus parfaite image de la vraie valeur. Sous l'attaque violente d'une multitude innombrable de Nerviens, il voyait son armée sur le point de plier. Il arracha son bouclier à un soldat qui se battait avec trop de prudence, et à l'abri de cette arme protectrice, il se mit à combattre lui-même avec la plus grande bravoure. Par son exemple il communiqua son courage à toute l'armée et, grâce à l'ardeur divine qui l'animait, il rappela à lui la fortune prête à abandonner ses armes. (An de R. 696.) Le même César, dans un autre combat, voyant le porte-enseigne de la légion de Mars le dos déjà tourné pour prendre la fuite, le saisit à la gorge, le dirigea en sens contraire et, tendant la main vers l'ennemi : "Où t'en vas-tu ? dit-il, c'est là qu'on se bat." De sa main, il ne ramena qu'un soldat au devoir, mais par son exhortation si énergique il rendit l'assurance à toutes ses légions effrayées et, au moment où elles étaient prêtes à se laisser vaincre, il leur apprit à vaincre. (An de R. 708.) 20. Mais revenons à la vertu simplement humaine et montrons-en les manifestations. Lorsque Hannibal assiégeait Capoue, défendue par une armée romaine, Vibius Accaus, commandant d'une cohorte de Péligniens, jeta un étendard par-dessus le retranchement des Carthaginois, en proférant des malédictions contre lui-même et contre ses compagnons d'armes, s'ils le laissaient dans les mains des ennemis. En même temps, il s'élança, suivi de sa cohorte, pour aller le reprendre. A cette vue, Valerius Flaccus, tribun de la troisième légion, se tournant vers les siens : "C'est donc, dit-il, à ce que je vois, pour être de simples témoins du courage des étrangers que nous sommes venus ici ? Loin de nous la honte de voir des Romains inférieurs en gloire à des Latins ! Pour moi du moins, mon choix est fait : ou une belle mort ou un heureux coup d'audace. Serais-je seul, je suis prêt à monter à l'assaut." Le centurion Pedanius, à peine eut-il entendu ces mots, arracha du sol un étendard et le tenant à la main : "A l'instant, cet étendard va se trouver avec moi dans le retranchement ennemi. Qui ne veut pas le laisser prendre, me suive." Et il s'élança avec le drapeau dans le camp des Carthaginois en entraînant à sa suite la légion entière. Ainsi, grâce à l'énergique audace de trois guerriers, Hannibal qui se croyait déjà maître de Capoue, ne put pas même rester maître de son camp. (An de R. 541.) 21. Mais le courage de ces héros n'est pas supérieur à celui de Q. Occius, à qui sa bravoure mérita le surnom d'Achille. Sans énumérer tous ses autres exploits, les deux faits que je vais raconter firent suffisamment connaître la valeur de ce guerrier. Il était parti pour l'Espagne en qualité de lieutenant du consul Q. Metellus, sous les ordres duquel il faisait la guerre de Celtibérie. Il fut averti qu'un jeune homme de cette nation le défiait au combat. Par hasard, au même moment on venait de lui servir à dîner. Il quitta la table, fit porter ses armes et conduire son cheval hors du retranchement à la dérobée, de peur que Metellus ne mît obstacle à son projet. Il atteignit le Celtibérien qui par bravade caracolait devant le camp, le tua, recueillit ses dépouilles et revint triomphant de joie. Le même guerrier, que Pyrrésus, le plus noble et le plus brave des Celtibériens, avait appelé en combat singulier, força cet adversaire à s'avouer vaincu malgré son ardeur, ce jeune homme ne rougit pas de lui livrer son épée et sa casaque sous les yeux des deux armées, mais Occius voulut encore qu'ils fussent unis par les liens de l'hospitalité, quand la paix serait rétablie entre les Romains et les Celtibériens. (An de R. 611.) 22. On ne peut pas non plus passer sous silence C. Acilius. Soldat de la dixième légion au service du parti de César, il prenait part à une bataille navale contre les Marseillais. On lui trancha la main droite avec laquelle il retenait un vaisseau ennemi. Il le ressaisit aussitôt de la main gauche et ne cessa de combattre qu'il ne l'eût pris et coulé à fond. Cet exploit n'est pas suffisamment connu. Il en est autrement de celui de l'Athénien Cynégire, qui montra un pareil acharnement dans la poursuite des ennemis. La Grèce, toujours intarissable dans la célébration de ses gloires, a imprimé son souvenir dans la mémoire de tous les âges à force de faire proclamer son nom par la voix de l'histoire. (An de R. 704.) 23. Peu après le temps où C. Acilius se couvrait de gloire sur mer, on vit s'illustrer aussi sur terre M. Caesius Scaeva, centurion sous les ordres du même général. Il défendait un fort dont la garde lui avait été confiée. Un officier de Cn. Pompée, Justuleius, faisait pour prendre ce poste les plus grands efforts avec des forces considérables. Tous les assaillants qui osèrent approcher tombèrent sous les coups de Caesius. Mais, tout en combattant sans reculer d'un pas, il tomba lui-même sur un monceau de morts abattus de sa main, blessé à la tête, à l'épaule, à la cuisse, avec un œil crevé et son bouclier percé de cent vingt coups. Voilà les soldats qui se formaient dans les camps à l'école du divin Jules : l'un perdit la main droite, l'autre un œil, sans que leurs blessures leur fissent lâcher l'ennemi. Le premier, après cette perte, resta vainqueur, le second, malgré cette perte, ne put être vaincu. (An de R. 705.) Je ne sais, ô Scaeva ! sur quel élément je dois admirer davantage ton courage sans pareil, car telle est ton incomparable valeur qu'on se demande où elle s'est le mieux manifestée, si c'est dans le combat que tu livras sur l'eau ou dans le mot admirable que tu prononças en arrivant à terre. Lorsque C. César, refusant de limiter ses conquêtes aux côtes de l'Océan, voulut porter sa main divine sur les îles britanniques, au cours de cette guerre tu allas, au moyen d'un radeau, te porter avec quatre de tes compagnons sur un rocher voisin d'une île qu'occupait une troupe considérable d'ennemis. Mais le reflux ayant fait de l'espace entre le rocher et l'île un gué facile à traverser, les Barbares accoururent en foule et tes compagnons revinrent au rivage sur le radeau. Seul, tu attendis de pied ferme à ton poste, malgré les traits lancés de toutes parts, malgré l'ardeur et les efforts déployés de tous côtés pour te saisir. Ta main, à elle seule, lança sur les ennemis autant de traits qu'il en aurait fallu à cinq soldats pour toute une journée de combat. Enfin, ton épée à la main, tu repoussas les plus audacieux, tantôt du choc de ton bouclier, tantôt par de terribles coups de pointe. Tu offris aux Romains et aux Bretons un spectacle auquel ils n'auraient pu croire s'ils ne l'avaient pas eu sous les yeux. Mais la fureur et la honte poussèrent les ennemis, malgré leur fatigue, à mettre tout en œuvre. Alors, la cuisse traversée d'un javelot, le visage meurtri par le choc d'une pierre énorme, ton casque fracassé à force de coups, ton bouclier criblé de trous, tu t'abandonnas à la merci des flots et, chargé de deux cuirasses, tu te sauvas à la nage à travers les eaux que tu avais teintes de sang ennemi. A la vue de ton général, toi qui avais, non pas perdu, mais si utilement employé tes armes, alors que tu méritais des louanges, tu vins lui demander pardon. Grand dans le combat, tu te montras encore plus grand par ce souci de la discipline militaire. Aussi César, bon juge du mérite, eut-il soin de récompenser par le grade de centurion tes actions et même tes paroles. (An de R. 698.) 24. Pour ce qui concerne l'éclatante bravoure des guerriers, il est juste de terminer par la mention de L. Siccius Dentatus la série de tous les exemples romains. Les exploits de ce héros et les honneurs qui en furent la récompense pourraient passer pour fabuleux, si de sûrs garants, entre autres M. Varron, n'avaient eu soin d'en attester la vérité dans leurs ouvrages. Il prit part, raconte-t-on, à cent vingt batailles avec tant d'énergie et de force physique qu'il semblait toujours avoir le plus contribué à la victoire. Trente-six dépouilles, dont huit enlevées à des ennemis qui l'avaient défié et avec lesquels il avait lutté, sous les yeux des deux armées, quatorze citoyens arrachés à la mort, quarante-cinq blessures à la poitrine, sans aucune cicatrice dans le dos, tels étaient ses titres de gloire. Neuf fois il suivit le char triomphal de ses généraux, attirant sur lui les regards de toute la ville par un nombreux appareil de récompenses militaires. On portait en effet devant lui huit couronnes d'or, quatorze couronnes civiques, trois murales, une obsidionale, quatre-vingt-trois colliers, cent soixante bracelets, dix-huit javelots, vingt-cinq phalères : on eût dit les décorations d'une légion entière plutôt que d'un seul guerrier. (An de R. 299.) [3,2] CAPUT II : De fortitudine. 3.2.init. Nos quia iam initia procursusque uirtutis patefecimus, actum ipsum persequemur, cuius ponderosissima uis et efficacissimi lacerti in fortitudine consistunt. Nec me praeterit, conditor urbis nostrae, Romule, principatum hoc tibi in genere laudis adsignari oportere. sed patere, obsecro, uno te praecurri exemplo, cui et ipse aliquantum honoris debes, quia beneficio illius effectum est ne tam praeclarum opus tuum Roma dilaberetur. 3.2.1 Etruscis in urbem ponte sublicio inrumpentibus Horatius Cocles extremam eius partem occupauit totumque hostium agmen, donec post tergum suum pons abrumperetur, infatigabili pugna sustinuit atque, ut patriam periculo inminenti liberatam uidit, armatus se in Tiberim misit. cuius fortitudinem dii immortales admirati incolumitatem sinceram ei praestiterunt: nam neque altitudine deiectus quassatus nec pondere armorum pressus nec ullo uerticis circuitu actus, ne telis quidem, quae undique congerebantur, laesus tutum natandi euentum habuit. unus itaque tot ciuium, tot hostium in se oculos conuertit, stupentis illos admiratione, hos inter laetitiam et metum haesitantis, unusque duos acerrima pugna consertos exercitus, alterum repellendo, alterum propugnando distraxit. denique unus urbi nostrae tantum scuto suo quantum Tiberis alueo munimenti attulit. quapropter discedentes Etrusci dicere potuerunt: Romanos uicimus, ab Horatio uicti sumus. 3.2.2 Immemorem me propositi mei Cloelia facit, paene eadem tempestate, certe aduersus eundem hostem et in eodem Tiberi inclytum ausa facinus: inter ceteras enim uirgines obses Porsennae data hostium nocturno tempore custodiam egressa equum conscendit celerique traiectu fluminis non solum obsidio se, sed etiam metu patriam soluit, uiris puella lumen uirtutis praeferendo. 3.2.3 Redeo nunc ad Romulum, qui ab Acrone Caeninensium rege ad dimicandum prouocatus, quamquam et numero et fortitudine militum superiorem se crederet, tutiusque erat toto cum exercitu quam solum in aciem descendere, sua potissimum dextera omen uictoriae corripuit. nec incepto eius fortuna defuit: occiso enim Acrone fusisque hostibus opima de eo spolia Ioui Feretrio retulit. hactenus istud, quia publica religione consecrata uirtus nulla priuata laudatione indiget. 3.2.4 Ab Romulo proximus Cornelius Cossus eidem deo spolia consecrauit, cum magister equitum ducem Fidenatium in acie congressus interemisset. magnus initio huiusce generis inchoatae gloriae Romulus: Cosso quoque multum adquisitum est, quod imitari Romulum ualuit. 3.2.5 Ne M- quidem Marcelli memoriam ab his exemplis separare debemus, in quo tantus uigor animi fuit, ut apud Padum Gallorum regem ingenti exercitu stipatum cum paucis equitibus inuaderet, quem protinus obtruncatum armis exuit eaque Ioui Feretrio dicauit. 3.2.6 Eodem et uirtutis et pugnae genere usi sunt T- Manlius Torquatus et Valerius Coruinus et Aemilianus Scipio. hi etiam ultro prouocatos hostium duces interemerunt, sed quia sub alienis auspiciis rem gesserant, spolia Ioui Feretrio non posuerunt consecranda. Idem Scipio Aemilianus, cum in Hispania sub Lucullo duce militaret atque Intercatia, praeualidum oppidum, circumsederetur, primus moenia eius conscendit. neque erat in eo exercitu quisquam aut nobilitate aut animi indole aut futuris actis, cuius magis saluti parci et consuli deberet.sed tunc clarissimus quisque iuuenum pro amplificanda et tuenda patria plurimum laboris ac periculi sustinebat, deforme sibi existimans, quos dignitate praestaret, ab his uirtute superari. ideoque Aemilianus hanc militiam aliis propter difficultatem uitantibus sibi depoposcit. 3.2.7 Magnum inter haec fortitudinis exemplum antiquitas offert. Romani Gallorum exercitu pulsi, cum se in Capitolium et in arcem conferrent, inque his collibus morari omnes non possent, necessarium consilium in plana parte urbis relinquendorum seniorum ceperunt, quo facilius iuuentus reliquias imperii tueretur. ceterum ne illo quidem tam misero tamque luctuoso tempore ciuitas nostra uirtutis suae oblita est: defuncti enim honoribus apertis ianuis in curulibus sellis cum insignibus magistratuum, quos gesserant, sacerdotiorumque, quae erant adepti, consederunt, ut et ipsi in occasu suo splendorem et ornamenta praeteritae uitae retinerent et plebi ad fortius sustinendos casus suos. uenerabilis eorum aspectus primo hostibus fuit et nouitate rei et magnificentia cultus et ipso audaciae genere commotis. sed quis dubitaret quin et Galli et uictores illam admirationem mox in risum et in omne contumeliae genus conuersuri essent? non expectauit igitur hanc iniuriae maturitatem M- Atilius, uerum barbam suam permulcenti Gallo scipionem uehementi ictu capiti inflixit eique propter dolorem ad se occidendum ruenti cupidius corpus obtulit. capi ergo uirtus nescit, patientiae dedecus ignorat, fortunae succumbere omni fato tristius ducit, noua et speciosa genera interitus excogitat, si quisquam interit, qui sic extinguitur. 3.2.8 Reddendus est nunc Romanae iuuentuti debitus gloriae titulus, quae C- Sempronio Atratino consule cum Volscis apud Verruginem parum prospere dimicante, ne acies nostra iam inclinata propelleretur, equis delapsa se ipsa {centuriauit atque in} hostium exercitum inrupit. quo demoto proximum tumulum occupauit effecitque ut omnis Volscorum conuersus impetus legionibus nostris ad confirmandos animos salutare laxamentum daret. itaque, cum iam de tropaeis statuendis cogitarent, proelium nocte dirimente uictoresne an uicti discederent incerti abierunt. 3.2.9 Strenuus ille quoque flos ordinis equestris, cuius mira uirtute Fabius Maximus Rullianus magister equitum bello, quod aduersus Samnites gerebatur, male commissi proelii crimine leuatus est: namque Papirio Cursore propter auspicia repetenda in urbem proficiscente castris praepositus ac uetitus in aciem exercitum ducere, nihilo minus manus cum hoste, sed tam infeliciter quam temere conseruit: procul enim dubio superabatur. ceterum optimae indolis iuuentus detractis equorum frenis uehementer eos calcaribus stimulatos in aduersos Samnites egit obstinataque animi praesentia extortam manibus hostium uictoriam et cum ea spem maximi ciuis patriae restituit. 3.2.10 Qualis deinde roboris illi milites, qui uehementi ictu remorum concitatam fuga Punicam {classem nantes lubricis pelagi quasi cam}porum firmitate pedites in litus retraxerunt? 3.2.11 Eiusdem temporis et notae miles, qui Cannensi proelio, quo Hannibal magis uires Romanorum contudit quam animos fregit, cum ad retinenda arma inutiles uulneribus manus haberet, spoliare se conantis Numidae ceruicem conplexus os naribus et auribus corrosis deforme reddidit inque plenis ultionis morsibus expirauit. sepone iniquum pugnae euentum, quantum interfectore fortior interfectus! Poenus enim in uictoria obnoxius morienti solacio fuit, Romanus in ipso fine uitae uindex sui extitit. 3.2.12 Militis hic in aduerso casu tam egregius uirilis animus, quem relaturus sum imperatoris: P- enim Crassus cum Aristonico bellum in Asia gerens a Thracibus, quorum is magnum numerum in praesidio habebat, inter Elaeam et Zmyrnam exceptus, ne in dicionem eius perueniret, dedecus arcessita ratione mortis effugit: uirgam enim, qua ad regendum equum usus fuerat, in unius barbari oculum direxit. qui ui doloris accensus latus Crassi sica confodit, dumque se ulciscitur, Romanum imperatorem maiestatis amissae turpitudine liberauit. ostendit fortunae Crassus quam indignum uirum tam graui contumelia adficere uoluisset, quoniam quidem iniectos ab ea libertati suae miserabiles laqueos prudenter pariter ac fortiter rupit donatumque se iam Aristonico dignitati suae reddidit. 3.2.13 Eodem mentis proposito usus est Scipio {Metellus}: namque infeliciter Cn- Pompei generi sui defensis in Africa partibus classe Hispaniam petens, cum animaduertisset nauem, qua uehebatur, ab hostibus captam, gladio praecordia sua transuerberauit, ac deinde prostratus in puppi quaerentibus Caesarianis militibus ubinam esset imperator respondit 'imperator se bene habet', tantumque eloqui ualuit, quantum ad testandam animi fortitudinem aeternae laudi satis erat. 3.2.14 Tui quoque clarissimi excessus, Cato, Vtica monumentum est, in qua ex fortissimis uulneribus tuis plus gloriae quam sanguinis manauit: si quidem constantissime in gladium incumbendo magnum hominibus documentum dedisti, quanto potior esse debeat probis dignitas sine uita quam uita sine dignitate. 3.2.15 Cuius filia minime muliebris animi. quae, cum Bruti uiri sui consilium, quod de interficiendo ceperat Caesare, ea nocte, quam dies taeterrimi facti secutus est, cognosset, egresso cubiculum Bruto cultellum tonsorium quasi unguium resecandorum causa poposcit eoque uelut forte elapso se uulnerauit. clamore deinde ancillarum in cubiculum reuocatus Brutus obiurgare eam coepit, quod tonsoris praeripuisset officium. cui secreto Porcia 'non est hoc' inquit 'temerarium factum meum, sed in tali statu nostro amoris mei erga te certissimum indicium: experiri enim uolui, si tibi propositum parum ex sententia cessisset, quam aequo animo me ferro essem interemptura'. 3.2.16 Felicior progenie sua superior Cato, a quo Porciae familiae principia manarunt. qui cum ab hoste in acie uehementer paruulo peteretur, uagina gladius eius elapsus decidit. quem subiectum proeliantium globo atque undique hostilibus pedibus circumdatum postquam abesse sibi animaduertit, adeo constanti animo in suam potestatem redegit, ut illum non periculo oppressus rapere, sed metu uacuus sumere uideretur. quo spectaculo adtoniti hostes postero die ad eum supplices pacem petentes uenerunt. 3.2.17 Togae quoque fortitudo militaribus operibus inserenda est, quia eandem laudem foro atque castris edita meretur. cum Ti- Gracchus in tribunatu profusissimis largitionibus fauore populi occupato rem publicam oppressam teneret palamque dictitaret interempto senatu omnia per plebem agi debere, in aedem Fidei Publicae conuocati patres conscripti a consule Mucio Scaeuola quidnam in tali tempestate faciendum esset deliberabant, cunctisque censentibus ut consul armis rem publicam tueretur, Scaeuola negauit se quicquam ui esse acturum. tum Scipio Nasica, 'quoniam' inquit 'consul, dum iuris ordinem sequitur, id agit, ut cum omnibus legibus Romanum imperium corruat, egomet me priuatus uoluntati uestrae ducem offero', ac deinde laeuam manum ima parte togae circumdedit sublataque dextra proclamauit: 'qui rem publicam saluam esse uolunt me sequantur', eaque uoce cunctatione bonorum ciuium discussa Gracchum cum scelerata factione quas merebatur poenas persoluere coegit. 3.2.18 Item, cum tr. pl- Saturninus et praetor Glaucia et Equitius designatus tr. pl- maximos in ciuitate nostra seditionum motus excitauissent, nec quisquam se populo concitato opponeret, primum M- Aemilius Scaurus C- Marium consulatum sextum gerentem hortatus est ut libertatem legesque manu defenderet protinusque arma sibi adferri iussit. quibus allatis ultima senectute confectum et paene dilapsum corpus induit spiculoque innixus ante fores curiae constitit ac paruulis et extremis spiritus reliquiis ne res publica expiraret effecit: praesentia enim animi sui senatum et equestrem ordinem ad uindictam exigendam inpulit. 3.2.19 Sed ut armorum togaeque prius, nunc etiam siderum clarum decus, diuum Iulium, certissimam uerae uirtutis effigiem, repraesentemus, cum innumerabili multitudine et feroci impetu Neruiorum inclinari aciem suam uideret, timidius pugnanti militi scutum detraxit eoque tectus acerrime proeliari coepit. quo facto fortitudinem per totum exercitum diffudit labentemque belli fortunam diuino animi ardore restituit. idem alio proelio legionis Martiae aquiliferum ineundae fugae gratia iam conuersum faucibus conprehensum in contrariam partem detraxit dexteramque ad hostem tendens 'corsum tu' inquit 'abis? illic sunt cum quibus dimicamus'. et manibus quidem unum militem, adhortatione uero tam acri omnium legionum trepidationem correxit uincique paratas uincere docuit. 3.2.20 Ceterum ut humanae uirtutis actum exequamur, cum Hannibal Capuam, in qua Romanus exercitus erat, obsideret, Vibius Accaus Paelignae cohortis praefectus uexillum trans Punicum uallum proiecit, se ipsum suosque conmilitones, si signo hostes potiti essent, execratus, et ad id petendum subsequente cohorte primus impetum fecit. quod ut Valerius Flaccus tribunus tertiae legionis aspexit, conuersus ad suos 'spectatores' inquit, 'ut uideo, alienae uirtutis huc uenimus, sed absit istud dedecus a sanguine nostro, ut Romani gloria cedere Latinis uelimus. ego certe aut speciosam optans mortem aut felicem audaciae exitum uel solus procurrere paratus sum'. his auditis Pedanius centurio conuulsum signum dextra retinens 'iam hoc' inquit 'intra hostile uallum mecum erit: proinde sequantur qui id capi nolunt', et cum eo in castra Poenorum inrupit totamque secum traxit legionem. ita trium hominum fortis temeritas Hannibalem, paulo ante spe sua Capuae potitorem, ne castrorum quidem suorum potentem esse passa est. 3.2.21 Quorum uirtuti nihil cedit Q- Occius, qui propter fortitudinem Achilles cognominatus est: nam ut reliqua eius opera non exequar, abunde tamen duobus factis, quae relaturus sum, quantus bellator fuerit cognoscetur. Q- Metello consuli legatus in Hispaniam profectus, Celtibericum sub eo bellum gerens, postquam cognouit a quodam gentis huius iuuene se ad dimicandum prouocari -- erat autem illi forte prandendi gratia posita mensa --, relicta ea arma sua extra uallum deferri equumque educi clam iussit, ne a Metello inpediretur, et illum Celtiberum insolentissime obequitantem consectatus interemit detractasque corpori eius exuuias ouans laetitia in castra retulit. idem Pyrresum nobilitate ac uirtute omnes Celtiberos praestantem, cum ab eo in certamen pugnae deuocatus esset, succumbere sibi coegit. nec erubuit flagrantissimi pectoris iuuenis gladium ei suum et sagulum utroque exercitu spectante tradere. ille uero etiam petiit ut hospitii iure inter se iuncti essent, quando inter Romanos et Celtiberos pax foret restituta. 3.2.22 Ne Acilium quidem praeterire possumus, qui, cum decumae legionis miles pro C- Caesaris partibus maritima pugna proeliaretur, abscisa dextra, quam Massiliensium naui iniecerat, laeua puppim adprehendit nec ante dimicare destitit quam captam profundo mergeret. quod factum parum iusta notitia patet. at Cynaegirum Atheniensem simili pertinacia in consectandis hostibus usum uerbosa cantu laudum suarum Graecia omnium saeculorum memoriae litterarum praeconio inculcauit. 3.2.23 Classicam Acilii gloriam terrestri laude M- Caesius Scaeua eiusdem imperatoris centurio subsecutus est: cum pro castello enim, cui praepositus erat, dimicaret, Gnaeique Pompei praefectus Iustuleius summo studio et magno militum numero ad eum capiendum niteretur, omnes, qui propius accesserant, interemit ac sine ullo regressu pedis pugnans super ingentem stragem, quam ipse fecerat, conruit. cuius capite, umero, femine saucio, oculo eruto, scutum C et XX ictibus perfossum apparuit. talis in ca stris diui Iuli disciplina milites aluit, quorum alter dextera, alter oculo amisso hostibus inhaesit, ille post hanc iacturam uictor, hic ne hac quidem iactura uictus. Tuum uero, Scaeui, inexuperabilem spiritum in utra parte rerum naturae admiratione prosequar nescio, quoniam excellenti uirtute dubium reliquisti inter undasne pugnam fortiorem edideris an in terra uocem miseris: bello namque, quo C- Caesar non contentus opera sua litoribus Oceani claudere Britannicae insulae caelestis iniecit manus, cum quattuor conmilitonibus rate transuectus in scopulum uicinum insulae, quam hostium ingentes copiae obtinebant, postquam aestus regressu suo spatium, quo scopulus et insula diuidebantur, in uadum transitu facile redegit, ingenti multitudine barbarorum adfluente, ceteris rate ad litus regressis solus immobilem stationis gradum retinens, undique ruentibus telis et ab omni parte acri studio ad te inuadendum nitentibus, quinque militum diurno proelio suffectura pila una dextera hostium corporibus adegisti. ad ultimum destricto gladio audacissimum quemque modo umbonis inpulsu, modo mucronis ictu depellens hinc Romanis, illinc Britannicis oculis incredibili, nisi cernereris, spectaculo fuisti. postquam deinde ira ac pudor cuncta conari fessos coegit, tragula femur traiectus saxique pondere ora contusus, galea iam ictibus discussa et scuto crebris foraminibus absumpto, profundo te credidisti ac duabus loricis onustus inter undas, quas hostili cruore infe ceras, enasti, uisoque imperatore armis non amissis, sed bene inpensis, cum laudem merereris, ueniam petisti, {quod sine scuto redisses,} magnus proelio, sed maior disciplinae militaris memoria. itaque ab optimo uirtutis aestimatore cum facta tum etiam uerba tua centurionatus honore donata sunt. 3.2.24 Sed quod ad proeliatorum excellentem fortitudinem adtinet, merito L- Sicci Dentati commemoratio omnia Romana exempla finierit, cuius opera honoresque operum ultra fidem ueri excedere iudicari possent, nisi ea certi auctores, inter quos M- Varro, monumentis suis testata esse uoluissent. quem centies et uicies in aciem descendisse tradunt, eo robore animi atque corporis utentem, ut maiorem semper uictoriae partem traxisse uideretur: sex et xxx spolia ex hoste retulisse, quorum in numero octo fuisse {eorum}, cum quibus inspectante utroque exercitu ex prouocatione dimicasset, xiiii ciues ex media morte raptos seruasse, v et xl uulnera pectore excepisse, tergo cicatricibus uacuo: nouem triumphales imperatorum currus secutum, totius ciuitatis oculos in se numerosa donorum pompa conuertentem: praeferebantur enim aureae coronae octo, ciuicae xiiii, murales iii, obsidionalis i, torques lxxxiii, armillae clx, hastae xviii, phalerae xxv, ornamenta etiam legioni, nedum militi satis multa.


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Dernière mise à jour : 1/06/2005