| [6,2] CHAPITRE II - De la liberté dans les actions et les paroles.
EXEMPLES ROMAINS
La liberté d'une âme ardente qui se manifeste autant par les paroles que par les
actions n'est pas sans doute un mouvement que je veuille exciter, mais, s'il
naît de lui-même, je ne saurais le réprimer. Située entre la vertu et le vice,
tant qu'elle se contient dans des limites raisonnables, elle est digne d'éloge ;
mais, si elle va au delà, elle ne mérite que le blâme. Aussi flatte-t-elle les
oreilles de la foule plus qu'elle ne plaît à l'esprit du sage. Car c'est plus
souvent à l'indulgence d'autrui qu'à sa propre circonspection qu'elle doit son
salut. Mais comme notre sujet est la description de la vie humaine sous ses
différents aspects, rappelons, pour tenir notre promesse, des exemples de cette
liberté, sans d'ailleurs en surfaire la valeur.
1. Après la prise de Priverne et l'exécution de ceux qui avaient poussé cette
ville à la révolte, le sénat, soulevé d indignation, délibérait sur le parti à
prendre au sujet du reste des Privernates. Dans cette situation critique il
était douteux qu'ils eussent la vie sauve, leur sort dépendant d'un ennemi à la
fois vainqueur et irrité. Mais, bien qu'ils ne vissent plus d'autre ressource
que les supplications, ils ne purent oublier qu'ils étaient de naissance libre
et de sang italien. Dans l'assemblée du sénat on demanda à leur chef quelle
peine ils croyaient avoir méritée : «Celle, répondit-il, que méritent les
peuples qui s'estiment dignes de la liberté.» Par ce propos il avait pour ainsi
dire rouvert les hostilités et allumé la colère des sénateurs déjà exaspérés.
Mais le consul Plautius, favorable à la cause des Privernates, lui fournit un
moyen de retirer cette parole hardie : il lui demanda quelle paix les Romains
pourraient attendre d'eux, si on leur accordait l'impunité. «Une paix éternelle
répondit-il d'un air plein d'assurance, si vous la faites acceptable ; et peu
durable, si vous la faites rigoureuse."
Ces paroles valurent aux vaincus, avec le pardon, les droits et les privilèges
de citoyens romains. (An de R. 412.)
2. C'est ainsi qu'un Privernate osa parler devant le sénat ; mais le consul L.
Philippus ne craignit pas d'user envers la même compagnie d'une liberté
excessive. L'accusant de lâcheté du haut de la tribune, il alla jusqu'à dire
qu'il lui fallait un autre sénat ; et, loin de regretter cette parole, comme L.
Crassus, personnage considérable par son rang et son éloquence, faisait entendre
des protestations, il ordonna de le saisir. Crassus, repoussant le licteur " :
Philippus, dit-il, je ne te reconnais pas pour consul puisque tu ne me reconnais
pas non plus pour sénateur." (An de R. 662.)
3. Mais quoi ! Cette liberté de langage laissa-t-elle le peuple à l'abri de ses
coups ? Bien s'en faut : elle dirigea également ses attaques contre lui et elle
le trouva aussi patient à les endurer. C. Carbon, tribun du peuple, ce défenseur
si violent de la faction des Gracques qui venait d'être anéantie, cet agitateur
si ardent à exciter le feu naissant des guerres civiles, alla au-devant de
Scipion l'Africain qui revenait des ruines de Numance dans tout l'éclat de la
gloire ; il le prit presque à l'entrée de la ville, le conduisit à la tribune et
lui demanda son sentiment sur la mort de Tib. Gracchus, dont il avait épousé la
soeur. Il voulait se servir de l'influence d'un personnage si illustre pour
donner un vaste accroissement à l'incendie qui venait d'éclater, ne doutant
point qu'une si étroite alliance n'inspirât à l'Africain des paroles émouvantes
sur la mort d'un proche parent. Mais Scipion répondit que cette mort lui
paraissait juste. A ces mots l'assemblée, entraînée par la passion du tribun,
poussa de violentes clameurs. "Taisez-vous, leur dit-il, vous dont l'Italie
n'est point la mère." Il s'éleva des murmures. "Vous avez beau faire, dit-il
alors, je ne craindrai jamais, devenus libres, ceux que j'ai amenés ici
enchaînés." Deux fois, le peuple entier fut outrageusement réprimandé par un
seul homme et aussitôt - tant est grand le prestige de la vertu ! - il se tut.
Sa récente victoire sur Numance, celle de son père sur la Macédoine, les
dépouilles enlevées par son aïeul sur Carthage abattue, deux rois, Syphax et
Persée, marchant devant son char triomphal avec des chaînes au cou, fermèrent la
bouche à tout le peuple assemblé. Et ce silence ne fut pas l'effet de la crainte ;
mais les services des familles Aemilia et Cornélia avaient délivré Rome et
l'Italie de tant d'alarmes que le peuple romain, devant la parole si libre de
Scipion, ne se sentit plus libre. (An de R. 622)
4. Aussi fut-il moins s'étonner de voir l'autorité si considérable de Cn. Pompée
si souvent aux prises avec la liberté. Mais sa gloire ne fit qu'y gagner,
puisqu'en lutte à la licence d'hommes de toute condition, il sut endurer leurs
insultes d'un front calme. Cn. Pison poursuivait en justice Manilius Crispus et
voyait que cet homme manifestement coupable allait, grâce à la faveur de Pompée,
échapper à la condamnation. Emporté par la fougue de la jeunesse et son zèle
d'accusateur, il dirigea contre le défenseur si influent de nombreuses et graves
accusations. Pompée alors lui demanda pourquoi il ne le mettait pas aussi en
cause lui-même. "Donne caution a la république, répondit-il, qu'une fois appelé
devant les tribunaux tu ne susciteras pas une guerre civile ; et aussitôt je
ferai convoquer des juges pour demander ta tête avant celle de Manilius. Ainsi
dans le même procès il tint tête à deux adversaires, à Manilius par son
accusation, à Pompée par sa liberté de langage. Il eut raison de l'un par le
moyen des lois, de l'autre par un défi, seule ressource qui fût en son pouvoir.
(Vers l'an 696.)
5. Mais y aurait-il une liberté sans Caton ? Pas plus certes qu'il n'y a de
Caton sans liberté. Il siégeait comme juge dans le procès d'un sénateur coupable
de délits infamants et poursuivi comme tel. On produisit une lettre de Cn.
Pompée contenant l'éloge du prévenu et qui n'aurait pas manqué d'influencer le
tribunal en faveur du coupable. Caton la fit écarter des débats en citant la loi
qui défendait aux sénateurs de recourir à de pareils moyens. Cette action
n'étonna point venant d'un homme de ce caractère : ce qui chez un autre
passerait pour audace, chez Caton s'appelle simplement assurance. (An de R. 702.)
6. Le consul Cn Lentulus Marcellinus se plaignait dans l'assemblée du peuple de
la puissance excessive du grand Pompée et le peuple entier l'approuvait à haute
voix. "Applaudissez, Romains, applaudissez bien fort, tandis que cela vous est
encore permis ; bientôt vous ne pourrez plus le faire impunément." On ébranla
ainsi la puissance d'un citoyen éminent, tantôt par des accusations tendant à le
rendre odieux, tantôt par des gémissements et des plaintes sur le sort de la
république. (An de R. 697.)
7. Un jour Pompée avait une jambe enveloppée d'une bande blanche. "Qu'importe,
dit Favonius à ce sujet, sur quelle partie du corps on porte le diadème ?" Par
cette raillerie à propos d'une petite bande d'étoffe, il lui reprochait
d'usurper le pouvoir royal. Mais Pompée ne changea point de visage : il évita le
double risque de paraître, en manifestant de la joie, avouer volontiers un tel
pouvoir, ou d'avoir l'air, en prenant un visage sévère, de l'exercer déjà. Cette
patience enhardit aussi contre lui des hommes d'une fortune et d'un rang bien
inférieurs. Il suffira de citer deux exemples pris dans ce nombre. (An de R. 699.)
8. Helvius Mancia de Formies, fils d'un affranchi, déjà dans une extrême
vieillesse, accusait L. Libon devant les censeurs. (An 698.) Au cours des
débats, le grand Pompée, lui reprochant la bassesse de sa naissance et son âge,
lui dit qu'il était sans doute revenu des enfers pour porter cette accusation.
"En effet, Pompée, répliqua-t-il, tu dis vrai : je viens de chez les morts et
j'en viens pour accuser L. Libon. Mais, pendant mon séjour là-bas, j'ai vu Cn.
Domitius Ahenobarbus, tout sanglant, se plaindre amèrement que, malgré sa haute
naissance, malgré une vie irréprochable, malgré son attachement à sa patrie, tu
l'eusses fait assassiner à la fleur de l'âge. (An 672.) J'ai vu M. Brutus,
personnage d'une égale illustration, le corps percé de coups, imputer sa mort à
ta perfidie et à ta cruauté. (An 676.) J'ai vu Cn. Carbon, ce défenseur si
ardent de ton enfance et de ton héritage paternel, chargé de chaînes par ton
ordre dans son troisième consulat, rappeler avec indignation qu'au mépris de
toute justice, malgré la haute magistrature dont il était revêtu, toi, simple
chevalier romain, tu l'avais fait massacrer. (An 671.) J'ai vu Perpenna, un
ancien préteur, dans le même état maudire ta cruauté par des imprécations
pareilles. (An 681.) J'ai vu ces malheureux tous également indignés d'avoir été
mis à mort sans jugement, d'avoir trouvé en toi, si jeune encore, leur
bourreau." Ces souvenirs des guerres civiles, ces plaies si larges, mais depuis
longtemps fermées et cicatrisées, un simple habitant d'un municipe, qui se
sentait encore de l'esclavage de son père, un homme d'une audace effrénée, d'un
orgueil intolérable, se permettait de les raviver, et cette liberté demeura
impunie. Ainsi c'était à la fois un acte de grand courage et un acte sans péril,
que d'outrager en paroles le grand Pompée. Mais je ne saurais me répandre en
plaintes sur ce sujet en pensant à la condition bien plus basse du personnage
que je vais citer.
9. L'auteur tragique Diphile, jouant aux jeux Apollinaires, en vint, au cours de
l'action, au vers qui contenait la pensée suivante : "Ce sont nos malheurs qui
l'ont fait grand." Il prononça ce vers les mains étendues vers le grand Pompée.
Le peuple le lui redemanda plusieurs fois. Diphile le répéta sans hésiter, sans
se lasser, poursuivant de son geste ce grand homme coupable de détenir un
pouvoir excessif et intolérable. Il rendit avec la même audace cet autre endroit :
"Un temps viendra où ces exploits fameux vous causeront des regrets."
10. L'âme de M. Castricius était aussi tout embrasée du feu de la liberté. Étant
premier magistrat de Plaisance, il reçut du consul Cn. Carbon l'injonction de
décider par un décret que les habitants de cette ville lui donneraient des
otages ; mais il ne voulut ni se soumettre à l'autorité suprême du consul, ni
fléchir devant les grandes forces dont il disposait ; et même, le consul lui
faisant observer qu'il avait bien des épées, il osa répondre : "Et moi, bien des
années." Tant de légions demeurèrent frappées de stupeur à la vue d'un tel reste
d'énergie dans un vieillard ; et comme Carbon ne voyait qu'une bien faible
vengeance à lui ôter le peu de jours qui lui restaient à vivre, son courroux
tomba de lui-même. (An de R. 669.)
11. Serv. Galba fut d'une singulière audace dans la demande qu'il fit au divin
Jules, déjà victorieux de tous ses ennemis, un jour que celui-ci rendait la
justice sur le forum : il osa s'adresser à lui en ces termes : "C. Jules César,
je me suis rendu caution pour le grand Pompée, autrefois ton gendre, alors
consul pour la troisième fois, d'une somme d'argent que l'on me réclame
aujourd'hui. Que faut-il faire ? Dois-je payer ?" En lui reprochant ainsi en
public et ouvertement la vente des biens de Pompée, il méritait d'être chassé du
tribunal. Mais ce héros au grand coeur, qui était plus que la bonté, fit
acquitter sur son trésor particulier la dette de Pompée. (Vers l'an 708.)
12. Et Cascellius, cet illustre jurisconsulte, à quel danger ne s'exposa-t-il
pas par une opiniâtre résistance ? Il n'y eut ni influence ni autorité qui pût
le déterminer rédiger une formule pour régulariser quelqu'une des largesses
faites par les triumvirs. En manifestant ainsi son sentiment, il mettait hors la
loi toutes les faveurs accordées par les vainqueurs. (Vers 711.)
Le même Cascellius parlait fort librement de la position critique de César et
ses amis l'invitaient à se taire sur ce sujet. "Il est deux choses, répondit-il,
que les hommes regardent comme très fâcheuses, mais qui me mettent à l'aise :
c'est d'être vieux et sans enfants."
| [6,2] 6.2.init. Libertatem autem uehementis spiritus dictis pariter et factis testatam
ut non inuitauerim, ita ultro uenientem non excluserim. quae inter uirtutem
uitiumque posita, si salubri modo se temperauit, laudem, si quo non debuit
profudit, reprehensionem meretur. ac uulgi sic auribus gratior quam
sapientissimi cuiusque animo probabilior est utpote frequentius aliena uenia
quam sua prouidentia tuta. sed quia humanae uitae partes persequi propositum
est, nostra fide propria aestimatione referatur.
6.2.1 Priuerno capto interfectisque qui id oppidum ad rebellandum incitauerant
senatus indignatione accensus consilium agitabat quidnam sibi de reliquis quoque
Priuernatibus esset faciendum. ancipiti igitur casu salus eorum fluctuabatur
eodem tempore et uictoribus et iratis subiecta. Ceterum cum auxilium unicum in
precibus restare animaduerterent, ingenui et Italici sanguinis obliuisci non
potuerunt: princeps enim eorum in curia interrogatus quam poenam mererentur,
respondit 'quam merentur qui se dignos libertate iudicant'. uerbis arma
sumpserat exasperatosque patrum conscriptorum animos inflammauerat. sed Plautius
consul fauens Priuernatium causae regressum animoso eius dicto obtulit
quaesiuitque qualem cum eis Romani pacem habituri essent inpunitate donata. at
is constantissimo uultu 'si bonam dederitis', inquit 'perpetuam, si malam, non
diuturnam'. qua uoce perfectum est ut uictis non solum uenia, sed etiam ius et
beneficium nostrae ciuitatis daretur.
6.2.2 Sic in senatu loqui Priuernas ausus est: L- uero Philippus consul aduersus
eundem ordinem libertatem exercere non dubitauit: nam segnitiam pro rostris
exprobrans alio sibi senatu opus esse dixit tantumque a paenitentia dicti afuit,
ut etiam L- Crasso summae dignitatis atque eloquentiae uiro id in curia grauiter
ferenti manum inici iuberet. ille reiecto lictore 'non es' inquit 'mihi,
Philippe, consul, quia ne ego quidem <tibi> senator sum'.
6.2.3 Quid? populum ab incursu suo libertas tutum reliquit? immo et similiter
adgressa et aeque experta patientem est. Cn- Carbo tribunus pl-, nuper sepultae
Gracchanae seditionis turbulentissimus uindex idemque orientium ciuilium malorum
fax ardentissima, P- Africanum a Numantiae ruinis summo cum gloriae fulgore
uenientem ab ipsa paene porta in rostra perductum quid de Ti- Gracchi morte,
cuius sororem in matrimonio habebat, sentiret interrogauit, ut auctoritate
clarissimi uiri inchoato iam incendio multum incrementi adiceret, quia non
dubitabat quin propter tam artam adfinitatem aliquid pro memoria interfecti
necessarii miserabiliter esset locuturus. at is iure eum caesum uideri
respondit. cui dicto cum contio tribunicio furore instincta uiolenter
succlamasset, 'taceant' inquit 'quibus Italia nouerca est'. orto deinde murmure
'non efficietis' ait 'ut solutos uerear quos alligatos adduxi'. uniuersus
populus ab uno iterum contumeliose correptus erat - quantus est honos
uirtutis! - et tacuit. recens ipsius uictoria Numantina et patris Macedonica
deuictaeque Carthaginis auita spolia ac duorum regum Syphacis et Persei ante
triumphales currus catenatae ceruices totius tunc fori <ora> clauserunt. nec
timori datum est silentium, sed quia beneficio Aemiliae Corneliaeque gentis
multi metus urbis atque Italiae finiti erant, plebs Romana libertati Scipionis
libera non fuit.
6.2.4 Quapropter minus mirari debemus, quod amplissima Cn- Pompei auctoritas
totiens cum libertate luctata est, nec sine magna laude, quoniam omnis generis
hominum licentiae ludibrio esse quieta fronte tulit. Cn- Piso, cum Manilium
Crispum reum ageret eumque euidenter nocentem gratia Pompei eripi uideret,
iuuenili impetu ac studio accusationis prouectus multa et grauia crimina
praepotenti defensori obiecit. interrogatus deinde ab eo cur non <se> quoque
accusaret, 'da' inquit 'praedes rei publicae te, si postulatus fueris, ciuile
bellum non excitaturum, etiam te tuo prius quam de Manilii capite in consilium
iudices mittam'. ita eodem iudicio duos sustinuit reos, accusatione Manilium,
libertate Pompeium, et eorum alterum lege peregit, alterum professione, qua
solum poterat.
6.2.5 Quid ergo? libertas sine Catone? non magis quam Cato sine libertate: nam
cum in senatorem nocentem et infamem reum iudex sedisset tabellaeque Cn- Pompei
laudationem eius continentes prolatae essent, procul dubio efficaces futurae pro
noxio, summouit eas e quaestione legem recitando, qua cautum erat ne senatoribus
tali auxilio uti liceret. huic facto persona admirationem adimit: nam quae in
alio audacia uideretur, in Catone fiducia cognoscitur.
6.2.6 Cn- Lentulus Marcellinus consul, cum in contione de Magni Pompei nimia
potentia quereretur, adsensusque ei clara uoce uniuersus populus esset,
'adclamate' inquit, 'adclamate, Quirites, dum licet: iam enim uobis inpune
facere non licebit'. pulsata tunc est eximii ciuis potentia hinc inuidiosa
querella, hinc lamentatione miserabili.
6.2.7 Cui candida fascia crus alligatum habenti Fauonius 'non refert' inquit
'qua in parte sit corporis diadema', exigui panni cauillatione regias ei uires
exprobrans. at is neutram in partem mutato uultu utrumque cauit, ne aut hilari
fronte libenter adgnoscere potentiam <aut tristi iam> profiteri uideretur. eaque
patientia inferioris etiam generis et fortunae hominibus aditum aduersus se
dedit: e quorum turba duos retulisse abunde erit.
6.2.8 Heluius Mancia Formianus, libertini filius ultimae senectutis, L- Libonem
apud censores accusabat. in quo certamine cum Pompeius Magnus humilitatem ei
aetatemque exprobrans ab inferis illum ad accusandum remissum dixisset, 'non
mentiris' inquit, 'Pompei: uenio enim ab inferis, in L- Libonem accusator uenio.
sed dum illic moror, uidi cruentum Cn- Domitium Ahenobarbum deflentem, quod
summo genere natus, integerrimae uitae, amantissimus patriae, in ipso iuuentae
flore tuo iussu esset occisus. uidi pari claritate conspicuum <M-> Brutum ferro
laceratum, querentem id sibi prius perfidia, deinde etiam crudelitate tua
accidisse. uidi Cn- Carbonem acerrimum pueritiae tuae bonorumque patris tui
defensorem in tertio consulatu catenis, quas tu ei inici iusseras, uinctum,
obtestantem se aduersus omne fas ac nefas, cum in summo esset imperio, a te
equite Romano trucidatum. uidi eodem habitu et quiritatu praetorium uirum
Perpennam saeuitiam tuam execrantem, omnesque eos una uoce indignantes, quod
indemnati sub te adulescentulo carnifice occidissent'. obducta iam uetus<tis>
cicatricibus bellorum ciuilium uastissima uulnera municipali homini, seruitutem
paternam redolenti, effrenatae temeritatis, intolerabilis spiritus, inpune
renouare licuit. itaque eo<dem> tempore et fortissimum erat Cn- Pompeio
maledicere et tutissimum. sed non patitur nos hoc longiore querella prosequi
personae insequentis aliquanto sors humilior.
6.2.9 Diphilus tragoedus, cum Apollinaribus ludis inter actum ad eum uersum
uenisset, in quo haec sententia continetur, 'miseria nostra magnus est',
directis in Pompeium Magnum manibus pronuntiauit, reuocatusque aliquotiens a
populo sine ulla cunctatione nimiae illum et intolerabilis potentiae reum gestu
perseueranter egit. eadem petulantia usus est in ea quoque parte, 'uirtutem
istam ueniet tempus cum grauiter gemes'.
6.2.10 M- etiam Castricii libertate inflammatus animus. qui, cum Placentiae
magistratum gereret, Cn- Carbone consule iubente decretum fieri, quo sibi
obsides a Placentinis darentur, nec summo eius imperio obtemperauit nec maximis
uiribus cessit: atque etiam dicente multos se gladios habere respondit 'et ego
annos'. obstipuerunt tot legiones tam robustas senectutis reliquias intuentes.
Carbonis quoque ira, quia materiam saeuiendi perquam exiguam habebat, paruulum
uitae tempus ablatura, in se ipsa conlapsa est.
6.2.11 Iam Serui Galbae temeritatis plena postulatio, qui diuum Iulium
consummatis uictoriis in foro ius dicentem in hunc modum interpellare sustinuit:
'C- Iuli Caesar, pro Cn- Pompeio Magno, quondam genero tuo, in tertio eius
consulatu pecuniam spopondi, quo nomine nunc appellor. quid agam? dependam?'
palam atque aperte ei bonorum Pompei uenditionem exprobrando ut a tribunali
summoueretur meruerat. sed illud ipsa mansuetudine mitius pectus aes alienum
Pompei ex suo fisco solui iussit.
6.2.12 Age, Cascellius uir iuris ciuilis scientia clarus quam periculose
contumax! nullius enim aut gratia aut auctoritate conpelli potuit ut de aliqua
earum rerum, quas triumuiri dederant, formulam conponeret, hoc animi iudicio
uniuersa eorum beneficia extra omnem ordinem legum ponens. idem cum multa de
temporibus Caesaris liberius loqueretur, amicique ne id faceret monerent, duas
res, quae hominibus amarissimae uiderentur, magnam sibi licentiam praebere
respondit, senectutem et orbitatem.
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