| [6,21] EXEMPLES ÉTRANGERS
1. Parmi de si grands hommes vient se mêler ici une femme étrangère. Philippe,
roi de Macédoine, qui était à ce moment-là en état d'ivresse, l'avait condamnée
injustement. Elle réclama avec des cris contre le jugement. Philippe lui
demandant à qui elle en appelait : "A Philippe, répondit-elle, mais à Philippe à
jeun". Ces protestations dissipèrent les fumées du vin. Le roi revint de
l'ivresse à la raison et un examen plus attentif de l'affaire lui fit porter une
sentence plus équitable. Ainsi cette femme arracha une justice qu'elle n'avait
d'abord pu obtenir ; la liberté de ses paroles lui fut de plus de secours que
son innocence.
2. Mais voici une liberté de langage où, avec du courage, il y a aussi de
l'esprit. Tandis que tous les Syracusains faisaient des voeux ardents pour la
mort de Denys le tyran à cause de la dureté de son caractère et des traitements
insupportables qu'il leur faisait subir, seule une très vieille femme priait les
dieux tous les matins de conserver la vie du prince et de la prolonger au delà
de la sienne. Denys en eut connaissance. Surpris d'une affection à laquelle il
n'avait pas droit, il fit venir cette femme et lui demanda le motif de cette
prière et par quel bienfait il avait pu la mériter. "J'ai, dit-elle, une raison
bien particulière d'agir ainsi. Quand j'étais jeune, nous avions un tyran
redoutable et je désirais d'en être débarrassée. Il fut tué ; mais un autre plus
terrible encore s'empara de la citadelle. Je regardais encore comme un grand
bonheur de voir finir sa domination. Tu es devenu notre troisième maître et nous
t'avons trouvé plus dur que les deux premiers. C'est pourquoi, dans la crainte
que ta mort n'amène à ta place un successeur encore pire, j'offre ma vie aux
dieux pour ta conservation." Denys eut honte de punir une audace aussi
plaisante.
3. Entre ces deux femmes et Théodorus de Cyrène leur hardiesse commune aurait pu
former un lien étroit : son courage fut égal au leur, mais son succès différent.
Le roi Lysimaque le menaçait de la mort. "Vraiment, lui dit-il, c'est pour toi
un magnifique avantage d'avoir acquis la vertu d'une cantharide." Piqué de ce
propos, le roi commanda de le mettre en croix. "Une croix, dit Théodorus, peut
faire trembler tes courtisans ; quant à moi, peu m'importe de pourrir en terre
ou en l'air."
| [6,21] 6.2.ext.1 Inserit se tantis uiris mulier alienigeni sanguinis, quae a Philippo
rege temulento immerenter damnata, prouocare se iudicium uociferata est, eoque
interrogante ad quem prouocaret, 'ad Philippum' inquit, 'sed sobrium'. excussit
crapulam oscitanti ac praesentia animi ebrium resipiscere causaque diligentius
inspecta iustiorem sententiam ferre coegit. igitur aequitatem, quam impetrare
non potuerat, extorsit, potius praesidium a libertate quam ab innocentia mutuata.
6.2.ext.2 Iam illa non solum fortis, sed etiam urbana libertas. senectutis
ultimae quaedam Syracusis omnibus Dionysii tyranni exitium propter nimiam morum
acerbitatem et intolerabilia onera uotis expetentibus sola cotidie matutino
tempore deos ut incolumis ac sibi superstes esset orabat. quod ubi is cognouit,
non debitam sibi admiratus beniuolentiam arcessi<ui>t eam et quid ita hoc aut
quo merito suo faceret interrogauit. tum illa 'certa est' inquit 'ratio
propositi mei: puella enim, cum grauem tyrannum haberemus, carere eo cupiebam.
quo interfecto aliquanto taetrior arcem occupauit. eius quoque finiri
dominationem magni aestimabam. tertium te superioribus inportuniorem habere
coepimus rectorem. itaque ne, si tu fueris absumptus, deterior in locum tuum su
ccedat, caput meum pro tua salute deuoueo'. tam facetam audaciam Dionysius
punire erubuit.
6.2.ext.3 Inter has et Theodorum Cyrenaeum quasi animosi spiritus coniugium esse
potuit, uirtute par, felicitate dissimile: is enim Lysimacho regi mortem sibi
minitanti, 'enimuero' inquit 'magnifica res tibi contigit, quia cantharidis uim
adsecutus es'. cumque hoc dicto accensus cruci eum suffigi iussisset,
'terribilis' ait 'haec sit purpuratis tuis, mea quidem nihil interest humi an
sublime putrescam'.
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