| [8,71] EXEMPLES ÉTRANGERS
1. L'activité des Grecs aussi, dont les Romains ont tant profité, recevra ici
d'un écrivain latin la récompense des services qu'elle nous a rendus.
Démosthène dont le nom seul évoque devant l'esprit l'idée de la plus haute et de
la plus parfaite éloquence, ne pouvait, étant jeune, prononcer la première
lettre du nom de l'art qu'il cultivait avec ardeur. Mais il s'appliqua si bien à
se défaire de ce défaut de prononciation que personne, dans la suite, ne
prononça plus nettement cette lettre. Puis, comme sa voix était grêle et
criarde, il sut par un exercice continuel la rendre pleine et agréable à
l'oreille. Il avait la poitrine faible, mais le travail lui donna la force que
sa constitution lui avait refusée. Il disait en effet d'une seule haleine une
longue suite de vers et les prononçait en gravissant des montées d'un pas
rapide. Debout au bord des rivages bruyants, il déclamait malgré le fracas des
vagues, afin d'accoutumer ses oreilles et de les rendre moins sensibles aux
murmures des assemblées agitées. On raconte aussi qu'il mettait de petits
cailloux dans sa bouche et qu'il parlait ainsi longtemps et avec abondance, afin
que, sa bouche une fois vide, sa langue fût plus prompte et plus dégagée. Il
lutta contre la nature et il triompha de sa malveillance à force d'énergie et
d'opiniâtreté. Aussi y avait-il en lui deux Démosthènes celui que sa mère avait
mis au monde et celui que le travail avait fait.
2. Je vais passer à un exemple plus ancien de grande activité. Pythagore, dès sa
jeunesse et par désir de connaître tout ce qui peut ennoblir l'esprit, avait
entrepris de parvenir au comble du savoir. Car une oeuvre, qu'on veut conduire à
sa suprême perfection, doit être commencée de bonne heure et menée avec
rapidité. Il se rendit donc en Egypte : il se familiarisa avec l'écriture de
cette nation, consulta les livres de ses anciens prêtres et recueillit les
observations d'innombrables générations. Il alla ensuite en Perse. Là il se mit
à étudier la science si profonde des mages : à leur école, son esprit avide de
s'instruire se nourrit des leçons qu'ils se plurent à lui donner sur le
mouvement des astres, le cours des étoiles, la nature, les qualités propres et
l'influence de chacun des corps célestes. Puis il s'embarqua pour la Crète et
pour Lacédémone et, après en avoir observé les lois et les moeurs, il se rendit
aux jeux Olympiques. Il y donna une idée de l'étendue de ses connaissances et
excita au plus haut degré l'admiration de la Grèce entière. Comme on lui
demandait de quel nom il fallait le qualifier, il répondit qu'il n'était pas un
sage, titre qu'avaient déjà pris sept hommes supérieurs à tous, mais un
philosophe, c'est-à-dire un ami de la sagesse. Il poursuivit ses voyages jusque
dans cette partie de l'Italie qu'on nommait alors la Grande Grèce. Là une foule
de villes très riches ressentirent et apprécièrent les bienfaits de sa science.
Métaponte contempla le bûcher qui le consumait en manifestant une profonde
vénération et cette ville dut au tombeau de Pythagore plus de gloire et
d'illustration qu'aux tombeaux de ses propres citoyens.
3. Platon eut le bonheur d'avoir pour patrie Athènes et pour maître Socrate,
sources tous les deux, la ville comme l'homme, d'enseignements inépuisables. Il
avait en outre un génie d'une merveilleuse fécondité. Déjà on le considérait
comme le plus intelligent des mortels, au point de croire que Jupiter lui-même,
s'il était descendu du ciel, n'aurait pu parler avec plus de pureté, de richesse
et d'abondance. Ce fut alors cependant qu'il entreprit voyager en Égypte tout en
s'instruisant auprès des prêtres de ce pays sur les différentes parties de la
géométrie et sur l'art d'observer les phénomènes célestes. Ainsi, tandis que la
jeunesse studieuse accourait en foule à Athènes pour y venir chercher les leçons
de Platon, ce philosophe parcourait les rives impraticables du Nil, les immenses
plaines de sa vallée, la vaste étendue du lac Maréotis et les longs détours des
canaux de ce pays en se faisant l'élève de vieillards égyptiens. Je suis moins
étonné qu'il soit passé en Italie pour recueillir les préceptes et les principes
de Pythagore à l'école d'Archytas, à Tarente, ou à l'école de Timée, d'Arion et
d'Échécrate, à Locres. Il lui fallait rassembler une telle quantité, une telle
richesse de connaissances, afin de pouvoir à son tour les semer et les répandre
sur toute la terre. L'on dit même que, lorsqu'il mourut, à l'âge de
quatre-vingt-un ans, il avait à son chevet les mimes de Sophron. Ainsi le goût
de l'étude ne l'abandonna pas même à sa dernière heure.
4. Démocrite pouvait être classé parmi les hommes riches. Ses biens étaient si
considérables que son père put donner un repas à l'armée de Xerxès sans se
mettre dans la gêne. Mais pour se livrer à l'étude avec un esprit plus libre, il
fit don de son patrimoine à sa patrie en ne réservant qu'une très faible somme
d'argent. Il habita Athènes pendant un bon nombre d'années, consacrant tout son
temps à l'étude et à la pratique de la philosophie. Il y vécut inconnu de tous,
comme il l'atteste lui-même dans un de ses ouvrages. Devant une telle
application mon esprit est plein d'une profonde admiration et passe à un autre
exemple.
5. Carnéade fournit une longue et laborieuse carrière dans le service de la
philosophie. Parvenu à l'âge de quatre-vingt-dix ans, il ne cessa d'étudier
qu'en cessant de vivre. Son application aux travaux de la science allait
jusqu'au prodige : s'était-il mis à table pour manger, il oubliait de toucher
aux mets, tant il était absorbé dans ses réflexions. Mais Mélissa, son épouse,
prenait soin à la fois de ne pas interrompre le cours de sa pensée et d'assurer
son alimentation en lui prêtant pour ses besoins le service de ses mains. Ainsi
Carnéade ne vivait que de l'esprit ; son corps n'était pour lui qu'une enveloppe
étrangère et superflue. (Av. J.-C. 183.)
Lorsqu'il avait à discuter avec Chrysippe, il se purgeait auparavant avec de
l'ellébore, afin d'avoir l'esprit plus éveillé et de réfuter plus vivement son
adversaire. Il n'y a que le goût du travail et l'amour de la gloire solide qui
aient jamais pu faire aimer de tels breuvages.
6. Quelle ardeur pour l'étude devons-nous supposer chez Anaxagore ! En rentrant
dans sa patrie après un long voyage il vit ces champs incultes. "C'est moi,
dit-il, qui serais perdu si ces biens n'étaient ruinés." Comme ce mot révèle
bien la possession de la sagesse désirée ! Car s'il eût donné son temps à la
culture de ses terres plutôt qu'à celle de son esprit, il serait demeuré à son
foyer, simple propriétaire de ses biens, au lieu d'y revenir avec un si grand
nom. (Av. J.-C. 466.)
7, D'Archimède aussi je pourrais dire qu'il tira profit de son activité, si elle
ne lui avait successivement fait accorder et fait ôter la vie. Après la prise de
Syracuse, Marcellus avait compris que c'étaient les inventions d'Archimède qui
avaient si longtemps et si puissamment fait obstacle à sa victoire. Néanmoins,
il fut tellement ravi de l'intelligence supérieure de ce grand homme qu'il donna
ordre d'épargner sa vie, espérant presque autant de gloire de la conservation
d'Archimède que de la défaite de Syracuse. Mais, tandis qu'Archimède traçait des
figures en fixant son attention et ses regards sur le sol, un soldat se
précipite dans sa maison pour la piller et, l'épée nue au-dessus de sa tête, lui
demande qui il est. Le géomètre, trop occupé de trouver la solution qu'il
cherchait, ne peut dire son nom. Mais il couvre la terre de ses mains et dit
seulement : "De grâce, ne dérange pas cette poussière" Et, comme si cette
réponse avait marqué du mépris pour l'ordre du vainqueur, on lui trancha la tête
et son sang vint brouiller ses figures de géométrie. C'est ainsi que son travail
tantôt lui valut la vie sauve ! tantôt fut cause de sa mort. (An de R. 541.)
8. Socrate aussi, comme on le sait bien, se mit à jouer de la lyre dans un âge
avancé, estimant qu'il valait encore mieux acquérir tard la pratique de cet art
que de ne le savoir jamais. De combien peu cependant une telle connaissance
devait-elle augmenter le savoir de Socrate ! Mais, poussé par son opiniâtre
activité, il voulut ajouter encore à tant de trésors de science les rudiments
les plus vulgaires de l'art musical. Ainsi, à force de se croire pauvre de
savoir et obligé d'apprendre toujours, il s'est enrichi de connaissances pour
instruire les autres.
9. Réunissons et accumulons ici à propos d'un cas unique des traits qui révèlent
une longue et heureuse application à l'étude. Isocrate composa à l'âge de
quatre-vingt-quatorze ans, comme il le témoigne lui-même, l'ouvrage célèbre qui
est intitulé "Panathénaïque" et qu'animent des sentiments ardents : preuve
évidente que chez les hommes d'étude, malgré l'affaiblissement de leurs forces
physiques, I'esprit conserve, grâce au travail, toute la fleur de la jeunesse.
Et cette production ne marque point le terme de sa vie : Isocrate jouit encore
pendant cinq années de l'admiration qu'excita cet ouvrage.
10. Chrysippe toucha la borne de la vie, au terme d'une carrière qui, pour être
plus courte, n'en était pas moins encore fort étendue. Il commença en effet, à
l'âge de quatre-vingts ans, le trente-neuvième livre du traité de logique qu'il
a laissé et qui est un modèle de rigueur et de précision. Dans son désir de nous
transmettre les productions de son génie, il s'imposa tant de travaux et de
fatigues que, pour connaître à fond tout ce qu'il a écrit, il faudrait toute une
longue vie. (Av. J.-C. 212.)
11. Et toi, Cléanthe, qui pris tant de peine à apprendre la sagesse et qui mis
tant de persévérance à l'enseigner, tu excitas l'admiration du dieu même qui
préside au travail : il te vit dans ta jeunesse faire métier de puiser de l'eau
la nuit pour subvenir à tes besoins et consacrer le jour à recevoir les leçons
de Chrysippe ; il te vit encore à l'âge de quatre-vingt-dix-neuf ans,
t'appliquer à instruire tes disciples. Tu remplis de cette double tâche l'espace
d'un siècle, en nous laissant dans l'embarras pour décider si tu méritas plus
d'éloges comme élève ou comme maître. (Av. J.-C.240.)
12. Sophocle aussi rivalisa glorieusement avec la nature. Il prodigua pour elle
ses merveilles avec autant de générosité qu'elle en mit à lui dispenser les
années pour la création de ses oeuvres. Il atteignit presque la centième année
et il composa, aux approches de la mort, son Oedipe à Colone qui aurait suffi
pour ravir la palme à tous les poètes tragiques. Iophon, fils de Sophocle, pour
ne pas laisser ignorer ce fait à la postérité, eut soin de faire graver sur le
tombeau de son père ce que je viens de raconter.
13. Le poète Simonide se glorifie lui-même d'avoir exercé le choeur à chanter
ses odes et d'avoir concouru pour le prix de poésie à l'âge de quatre-vingts
ans. Il n'était que juste qu'il pût jouir longtemps des créations de son génie
et d'une source de plaisir qu'il allait léguer à tous les siècles. (Av. J.-C. 469.)
14. Quelle ne fut pas l'ardeur de Solon pour l'étude ? Il l'a exprimée dans les
vers où il dit qu'il vieillissait en apprenant chaque jour quelque chose et il
en donna la preuve le dernier jour de sa vie. Comme ses amis étaient assis
autour de son lit et conversaient ensemble, il souleva sa tête déjà appesantie à
l'approche de la mort. On lui demanda la raison de ce mouvement. "C'est,
répondit-il, afin de ne mourir qu'après avoir bien compris, quel qu'il soit, le
sujet de votre entretien." Certes la paresse aurait disparu de ce monde, si les
hommes entraient dans la vie avec les sentiments qu'avait Solon en sortant. (Av.
J.-C. 558.)
15. Quelle dut être la puissance de travail de Thémistocle ! Malgré les
préoccupations que lui donnait le soin des plus grands intérêts, il retint les
noms de tous ses concitoyens. Exilé de sa patrie par le plus injuste des arrêts
et forcé de se réfugier auprès de Xerxès qu'il venait de vaincre, avant de
paraître devant ce roi, il apprit la langue des Perses. Il voulait s'attirer par
cet effort l'estime du roi et ne faire entendre à ses oreilles que des sons qui
lui fussent connus et familiers.
16. De ce double mérite que Thémistocle acquit par le travail, deux rois ont
pris chacun une part. Cyrus avait appris les noms de tous ses soldats et
Mithridate savait les langues des vingt-deux nations soumises à sa domination :
l'un voulait saluer ses soldats sans le secours d'un nomenclateur ; l'autre,
parler à ses sujets sans interprète.
| [8,71] 8.7.ext.1 Graeca quoque industria, quoniam nostrae multum profuit, quem meretur
fructum Latina lingua recipiat. Demosthenes, cuius commemorato nomine maximae
eloquentiae consummatio audientis animo oboritur, cum inter initia iuuentae
artis, quam adfectabat, primam litteram dicere non posset, oris sui uitium tanto
studio expugnauit, ut ea a nullo expressius referretur. deinde propter nimiam
exilitatem acerbam auditu uocem suam exercitatione continua ad maturum et gratum
auribus sonum perduxit. lateris etiam firmitate defectus, quas corporis habitus
uires negauerat, a labore mutuatus est: multos enim uersus uno impetu spiritus
conplectebatur eosque aduersa loca celeri gradu scandens pronuntiabat ac uadosis
litoribus insistens declamationes fluctuum fragoribus obluctantibus edebat, ut
ad fremitus concitatarum contionum patientia duratis auribus uteretur. fertur
quoque ori insertis calculis multum ac diu loqui solitus, quo uacuum promptius
esset et solutius. proeliatus est cum rerum natura et quidem uictor abiit
malignitatem eius pertinacissimo animi robore superando. itaque alterum
Demosthenen mater, alterum industria enixa est.
8.7.ext.2 Atque ut ad uetustiorem industriae actum transgrediar, Pythagoras,
perfectissimum opus sapientiae a iuuenta pariter et omnis honestatis
percipiendae cupiditate ingressus, (nihil enim, quod ad ultimum sui peruenturum
est finem, non et mature et alacriter incipit), Aegyptum petiit, ubi litteris
gentis eius adsuefactus, praeteriti aeui sacerdotum commentarios scrutatus
innumerabilium saeculorum obseruationes cognouit. inde ad Persas profectus
magorum exactissimae prudentiae se formandum tradidit, a quibus siderum motus
cursusque stellarum et unius cuiusque uim, proprietatem, effectum benignissime
demonstratum docili animo sorpsit. Cretam deinde et Lacedaemona nauigauit,
quarum legibus ac moribus inspectis ad Olympicum certamen descendit, cumque
multiplicis scientiae maximam inter totius Graeciae admirationem specimen
exhibuisset, quo cognomine censeretur interrogatus, non se g-sophon, (iam enim
illud vii excellentes uiri occupauerant) sed amatorem sapientiae, id est Graece
g-philosophon edidit. in Italiae etiam partem, quae tunc maior Graecia appellabatur,
perrexit, in qua plurimis et opulentissimis urbibus effectus studiorum suorum
adprobauit. cuius ardentem rogum plenis uenerationis oculis Metapontus aspexit
oppidum, Pythagorae quam suorum cinerum nobilius clariusque monumentum.
8.7.ext.3 Platon autem patriam Athenas, praeceptorem Socratem sortitus, et locum
et hominem doctrinae fertilissimum, ingenii quoque diuina instructus abundantia,
cum omnium iam mortalium sapientissimus haberetur, eo quidem usque, ut, si ipse
Iuppiter caelo descendisset, nec elegantiore nec beatiore facundia usurus
uideretur, Aegyptum peragrauit, dum a sacerdotibus eius gentis geometriae
multiplices numeros <et> caelestium obseruationum rationem percipit. quoque
tempore a studiosis iuuenibus certatim Athenae Platonem doctorem quaerentibus
petebantur, ipse Nili fluminis inexplicabiles ripas uastissimosque campos, ~
effusam barbariam et flexuosos fossarum ambitus Aegyptiorum senum discipulus
lustrabat. quo minus miror in Italiam transgressum, ut ab Archyta Tarenti, a
Timaeo et Arione et Echecrate Locris Pythagorae praecepta et instituta
acciperet: tanta enim uis, tanta copia litterarum undique colligenda erat, ut
inuicem per totum terrarum orbem dispergi et dilatari posset. altero etiam et
octogesimo anno decedens sub capite Sophronis mimos habuisse fertur. sic ne
extrema quidem eius hora agitatione studii uacua fuit.
8.7.ext.4 At Democritus, cum diuitiis censeri posset, quae tantae fuerunt, ut
pater eius Xerxis exercitui epulum dare ex facili potuerit, quo magis uacuo
animo studiis litterarum esset operatus, parua admodum summa retenta patrimonium
suum patriae donauit. Athenis autem compluribus annis moratus omnia temporum
momenta ad percipiendam et exercendam doctrinam conferens ignotus illi urbi
uixit, quod ipse quodam uolumine testatur. stupet mens admiratione tantae
industriae et iam transit alio.
8.7.ext.5 Carneades laboriosus et diuturnus sapientiae miles, si quidem xc
expletis annis idem illi uiuendi ac philosophandi finis fuit, ita se mirifice
doctrinae operibus addixerat, ut, cum cibi capiendi causa recubuisset,
cogitationibus inhaerens manum ad mensam porrigere obliuisceretur. sed ei
Melissa, quam uxoris loco habebat, temperato studia non interpellandi et
inediae succurrendi officio dexteram suam necessariis usibus aptabat. ergo animo
tantum modo uita fruebatur, corpore uero quasi alieno et superuacuo circumdatus
erat. idem cum Chrysippo disputaturus elleboro se ante purgabat ad expromendum
ingenium suum adtentius et illius refellendum acrius. quas potiones industria
solidae laudis cupidis adpetendas effecit!
8.7.ext.6 Quali porro studio Anaxagoran flagrasse credimus? qui cum e diutina
peregrinatione patriam repetisset possessionesque desertas uidisset, 'non essem'
inquit 'ego saluus, nisi istae perissent'. uocem petitae sapientiae compotem!
nam si praediorum potius quam ingenii culturae uacasset, dominus rei familiaris
intra penates mansisset, non tantus Anaxagoras ad eos redisset.
8.7.ext.7 Archimedis quoque fructuosam industriam fuisse dicerem, nisi eadem
illi et dedisset uitam et abstulisset: captis enim Syracusis Marcellus,
machinationibus eius multum ac diu uictoriam suam inhibitam senserat, eximia
tamen hominis prudentia delectatus ut capiti illius parceretur edixit, paene
tantum gloriae in Archimede seruato quantum in oppressis Syracusis reponens. at
is, dum animo et oculis in terra defixis formas describit, militi, qui praedandi
gratia domum inruperat strictoque super caput gladio quisnam esset interrogabat,
propter nimiam cupiditatem inuestigandi quod requirebat nomen suum indicare non
potuit, sed protecto manibus puluere 'noli' inquit, 'obsecro, istum disturbare',
ac perinde quasi neglegens imperii uictoris obtruncatus sanguine suo artis suae
liniamenta confudit. quo accidit ut propter idem studium modo donaretur uita,
modo spoliaretur.
8.7.ext.8 Socraten etiam constat aetate prouectum fidibus tractandis operam dare
coepisse satius iudicantem eius artis usum sero quam numquam percipere. et
quantula Socrati accessio illa futura scientia erat? sed peruicax hominis
industria tantis doctrinae suae diuitiis etiam musicae rationis uilissimum
elementum accedere uoluit. ergo dum ad discendum semper se pauperem credit, ad
docendum fecit locupletissimum.
8.7.ext.9 Atque ut longae et felicis industriae quasi in unum aceruum exempla
redigamus, Isocrates nobilissimum librum, qui g-Panathehnaikos inscribitur, quartum
et nonagesimum annum agens, ita ut ipse significat, conposuit, opus ardentis
spiritus plenum. ex quo apparet senescentibus membris eruditorum intus animos
industriae beneficio florem iuuentae retinere. neque hoc stilo terminos uitae
suae clausit: namque admirationis eius fructum quinquennio percepit.
8.7.ext.10 Citerioris aetatis metas, sed non parui tamen spatii chrysippi
uiuacitas flexit: nam octogesimo anno coeptum undequadragesimum g-logikohn
exactissimae subtilitatis uolumen reliquit. cuius studium in tradendis ingenii
sui monumentis tantum operae laborisque sustinuit, ut ad ea, quae scripsit,
penitus cognoscenda longa uita sit opus.
8.7.ext.11 Te quoque, Cleanthe, tam laboriose haurientem et tam pertinaciter
tradentem sapientiam numen ipsius industriae suspexit, cum adulescentem quaestu
extrahendae aquae nocturno tempore inopiam tuam sustentantem, diurno Chrysippi
praeceptis percipiendis uacantem, eundemque ad undecentesimum annum adtenta cura
erudientem auditores tuos uideret: duplici enimlabore unius saeculi spatium
occupasti, incertum reddendo discipulusne an praeceptor esses laudabilior.
8.7.ext.12 Sophocles quoque gloriosum cum rerum natura certamen habuit, tam
benigne mirifica illi opera sua exhibendo quam illa operibus eius tempora
liberaliter sumministrando: prope enim centesimum annum attigit, sub ipsum
transitum ad mortem Oedipode Coloneo scripto, qua sola fabula omnium eiusdem
studi poetarum praeripere gloriam potuit. idque ignotum esse posteris filius
Sophoclis Iophon noluit, sepulcro patris quae retuli insculpendo.
8.7.ext.13 Simonides uero poeta octogesimo anno et docuisse se carmina et in
eorum certamen descendisse ipse gloriatur. nec fuit inicum illum uoluptatem ex
ingenio suo diu percipere, cum <tan>tam omni aeuo fruendam traditurus esset.
8.7.ext.14 Nam Solon quanta industria flagrauerit et uersibus conplexus est,
quibus significat se cotidie aliquid addiscentem senescere, et supremo uitae die
confirmauit, quod adsidentibus amicis et quadam de re sermonem inter se
conferentibus fatis iam pressum caput erexit interrogatusque quapropter id
fecisset respondit 'ut, cum istud, quidquid est, de quo disputatis, percepero,
moriar'. migrasset profecto ex hominibus inertia, si eo animo uitam
ingrederentur, quo eam Solon egressus est.
8.7.ext.15 Quam porro industrius Themistocles, qui maximarum rerum cura
districtus, omnium tamen ciuium suorum nomina memoria conprehendit per summamque
iniquitatem patria pulsus et ad Xerxem, quem paulo ante deuicerat, confugere
coactus, prius quam in conspectum eius ueniret, Persico sermone se adsuefecit,
ut labore parta commendatione regiis auribus familiarem et adsuetum sonum uocis
adhiberet.
8.7.ext.16 Cuius utriusque industriae laudem duo reges partiti sunt, Cyrus
omnium militum suorum nomina, Mitridates duarum et xx gentium, quae sub regno
eius erant, linguas ediscendo, ille, ut sine monitore exercitum salutaret, hic,
ut eos, quibus imperabat, sine interprete adloqui posset.
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