| [2,124] CXXIV. - Quels furent alors l'inquiétude des hommes, la frayeur du Sénat, le
trouble du peuple, la crainte de Rome, combien notre perte fut proche de notre
salut c'est ce que, dans ma hâte, je n'ai pas le loisir d'exprimer et celui-là
même qui en aurait le loisir n'y saurait parvenir. Je crois qu'il suffit de dire
avec la voix publique que le monde dont nous craignions la ruine ne nous parut
pas même troublé et que l'autorité d'un seul homme fut telle qu'on n'eut besoin
des armes ni pour défendre les gens de bien ni pour combattre les méchants. Il y
eut cependant une sorte de conflit dans la cité : le sénat et le peuple romain
luttaient contre César pour qu'il succédât à son père ; César désirait vivre
parmi les autres citoyens comme leur égal et non au-dessus d'eux comme leur
prince. Il se laissa enfin persuader par la raison plus que par l'attrait des
honneurs, quand il vit que tout ce qu'il n'entreprendrait pas de protéger était
voué à la mort. Il est le seul qui ait passé à refuser le premier rang presque
plus de temps que d'autres en passèrent à lutter les armes à la main pour s'en
emparer.
Lorsque Auguste son père fut remonté au ciel, lorsque son corps eut reçu les
honneurs humains et son nom les honneurs divins, le premier acte que Tibère
accomplit, comme chef de l'Etat, fut d'organiser les comices selon le plan que
le divin Auguste avait laissé, écrit de sa propre main. C'est alors aussi que
nous eûmes l'honneur, mon frère et moi, d'être candidats de César et désignés
comme préteurs, immédiatement après les citoyens de la plus haute noblesse et
ceux qui avaient déjà exercé le sacerdoce : nous fûmes ainsi les derniers
candidats qu'eût recommandés le divin Auguste et les premiers que recommanda
Tibere César.
| [2,124] Quid tunc homines timuerint, quae senatus trepidatio, quae populi
confusio, quis urbis metus, in quam arto salutis exitiique fuerimus confinio,
neque mihi tam festinanti exprimere uacat neque cui uacat potest. Id solum uoce
publica dixisse satis habeo: cuius orbis ruinam timueramus, eum ne commotum
quidem sensimus, tantaque unius uiri maiestas fuit, ut nec pro bonis neque
contra malos opus armis foret. 2 Una tamen ueluti luctatio ciuitatis fuit,
pugnantis cum Caesare senatus populique Romani, ut stationi paternae succederet,
illius, ut potius aequalem ciuem quam eminentem liceret agere principem. Tandem
magis ratione quam honore uictus est, cum quidquid tuendum non suscepisset,
periturum uideret, solique huic contigit paene diutius recusare principatum,
quam, ut occuparent eum, alii armis pugnauerant. 3 Post redditum caelo patrem et
corpus eius humanis honoribus, numen diuinis honoratum, primum principalium eius
operum fuit ordinatio comitiorum, quam manu sua scriptam diuus Augustus
reliquerat. 4 Quo tempore mihi fratrique meo, candidatis Caesaris, proxime a
nobilissimis ac sacerdotalibus uiris destinari praetoribus contigit, consecutis
quidem, ut neque post nos quemquam diuus Augustus neque ante nos Caesar
commendaret Tiberius.
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