| [2,6] VI. - Dix ans après, la même démence qui avait saisi Tibérius Gracchus, s'empara
de son frère Caïus. Par toutes ses vertus comme par cette marque de folie, Caïus
ressemblait à son frère, mais par l'intelligence et l'éloquence, il lui était
bien supérieur. Il pouvait sans le moindre effort obtenir le premier rang dans
l'Etat. Cependant, soit pour venger la mort de son frère, soit pour s'assurer
l'accès au pouvoir royal, il suivit son exemple en se faisant nommer tribun. Il
reprit ses revendications, mais en leur donnant plus d'ampleur et de violence ;
il accordait le droit de cité à tous les Italiens, l'étendait presque jusqu'aux
Alpes, partageait les terres, interdisait à tout citoyen de posséder plus de
cinq cents arpents, comme l'avait jadis défendu la loi Licinia, établissait de
nouveaux droits de circulation, emplissait les provinces de colonies nouvelles,
transférait le pouvoir judiciaire du sénat aux chevaliers, introduisait l'usage
de distribuer du blé au peuple. Tout était changé, tout était bouleversé et
agité, rien ne restait dans le même état. Bien plus, il se fit proroger une
seconde année dans ses fonctions de tribun.
Le consul Lucius Opimius qui pendant sa préture avait détruit Frégelles, le
poursuivit les armes à la main et avec lui Fulvius Flaccus : cet ancien consul,
ancien triomphateur, brûlait lui aussi d'une coupable ambition et Caius Gracchus
l'avait nommé triumvir à la place de son frère Tibérius, en même temps qu'il
l'associait à son pouvoir royal. Opimius les tua tous deux et le seul acte impie
qu'il commit fut de mettre à prix la tête, je ne dirai pas de Gracchus, mais
d'un citoyen romain et de déclarer qu'il la payerait au poids de l'or. Flaccus
qui, sur l'Aventin, excitait au combat une bande armée, fut égorgé avec l'aîné
de ses deux fils. Gracchus s'enfuyait et allait être saisi par ceux qu'Opimius
avait envoyés à sa poursuite, quand il tendit la gorge à son esclave Euporus qui
fit preuve en se donnant la mort de la même énergie qu'il avait montrée en
aidant son maître. Ce jour-là, le chevalier romain Pomponius fournit une preuve
éclatante de son dévouement à Gracchus : imitant Horatius Coclès, il soutint sur
un pont l'assaut des ennemis, puis se perça de son épée. Par une cruauté inouïe,
les vainqueurs jetèrent au Tibre le corps de Caius, comme on avait fait
autrefois pour celui de Tibérius.
| [2,6] Decem deinde interpositis annis, qui Ti- Graccum idem Gaium fratrem eius
occupauit furor, tam uirtutibus eius omnibus quam huic errori similem, ingenio
etiam eloquentiaque longe praestantiorem. 2 Qui cum summa quiete animi ciuitatis
princeps esse posset, uel uindicandae fraternae mortis gratia uel praemuniendae
regalis potentiae eiusdem exempli tribunatum ingressus, longe maiora et acriora
petens dabat ciuitatem omnibus Italicis, extendebat eam paene usque Alpis, 3
diuidebat agros, uetabat quemquam ciuem plus quingentis iugeribus habere, quod
aliquando lege Licinia cautum erat, noua constituebat portoria, nouis coloniis
replebat prouincias, iudicia a senatu trasferebat ad equites, frumentum plebi
dari instituerat; nihil immotum, nihil tranquillum, nihil quietum, nihil denique
in eodem statu relinquebat; quin alterum etiam continuauit tribunatum. 4 Hunc L-
Opimius consul, qui praetor Fregellas exciderat, persecutus armis unaque Fuluium
Flaccum, consularem ac triumphalem uirum, aeque praua cupientem, quem C-
Gracchus in locum Tiberii fratris triumuirum nominauerat, eumque socium regalis
adsumpserat potentiae, morte adfecit. 5 Id unum nefarie ab Opimio proditum, quod
capitis non dicam Gracchi, sed ciuis Romani pretium se daturum idque auro
repensurum proposuit. 6 Flaccus in Auentino annatos ac pugnam ciens cum filio
maiore iugulatus est; Gracchus profugiens, cum iam comprehenderetur ab iis, quos
Opimius miserat, ceruicem Euporo seruo praebuit, qui non segnius se ipse
interemit, quam domino succurrerat. Quo die singularis Pomponii equitis Romani
in Gracchum fides fuit. Qui more Coclitis sustentatis in ponte hostibus eius,
gladio se tranfixit. 7 Ut Ti- Gracchi antea corpus, ita Gai mira crudelitate
uictorum in Tiberim deiectum est.
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