| [2,60] LX. - Sa mère Atia et son beau-père Philippe n'étaient pas d'avis qu'il
acceptât d'hériter du nom de César et de la haine qu'avait attirée sa fortune.
Mais les destins protecteurs de l'Etat et du monde le réclamaient pour fonder et
maintenir la grandeur du nom romain. Aussi son âme divine méprisa-t-elle les
conseils humains et décida de préférer à une vie sûre mais humble le rang
suprême et ses dangers. Il aima mieux se fier au jugement qu'un oncle tel que
César avait porté sur lui, qu'à l'opinion de son beau-père, et répétait qu'il
n'avait pas le droit de se croire lui-même indigne d'un nom dont César l'avait
jugé digne.
Le consul Antoine le traita immédiatement avec hauteur ; ce n'était point par
mépris mais par crainte. Il le reçut dans les jardins de Pompée mais lui accorda
à peine le temps de lui parler. Bientôt même il se mit à l'accuser perfidement
de comploter contre lui. Mais cette accusation fut à sa honte reconnue sans
fondement. Puis les consuls Antoine et Dolabella laissèrent éclater ouvertement
leur criminelle passion de dominer. Sept cents millions de sesterces avaient été
déposés par Caïus César dans le temple d'Opis. Antoine s'en saisit. Il falsifia
les registres des actes de César, accorda frauduleusement des droits de cité et
des exemptions ; tout se réglait à prix d'argent et le consul vendait l'Etat.
La province de Gaule avait été attribuée à Décimus Brutus, consul désigné :
Antoine résolut de s'en emparer. Dolabella se donna à lui-même les provinces
d'outre-mer. Mais la haine grandissait entre ces deux hommes d'un naturel si
différent et dont les desseins s'opposaient ; aussi le jeune Caïus César
était-il chaque jour menacé par les pièges d'Antoine.
| [2,60] Non placebat Atiae matri Philippoque uitrico adiri nomen inuidiosae
fortunae Caesaris, sed adserebant salutaria rei publicae terrarumque orbis fata
conditorem conseruatoremque Romani nominis. 2 Spreuit itaque caelestis animus
humana consilia et cum periculo potius summa quam tuto humilia proposuit sequi
maluitque auunculo et Caesari de se quam uitrico credere, dictitans nefas esse,
quo nomine Caesari dignus esset uisus, semet ipsum sibi uideri indignum. 3 Hunc
protinus Antonius consul superbe excepit (neque is erat contemptus, sed metus)
uixque admisso in Pompeianos hortos loquendi secum tempus dedit, mox etiam uelut
insidiis eius petitus sceleste insimulare coepit, in quo turpiter deprehensa
eius uanitas est. 4 Aperte deinde Antonii ac Dolabellae consulum ad nefandam
dominationem erupit furor. Sestertium septiens miliens, depositum a C- Caesare
ad aedem Opis, occupatum ad Antonio, actorum eiusdem insertis falsis ciuitatibus
inmunitatibusque corrupti commentarii atque omnia pretio temperata, uendente rem
publicam consule. 5 Idem prouinciam D- Bruto designato consuli decretam Galliam
occupare statuit, Dolabella transmarinas decreuit sibi; interque naturaliter
dissimillimos ac diuersa uolentis crescebat odium eoque C- Caesar iuuenis
cotidianis Antonii petebatur insidiis.
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