| [2,82] LXXXII. -- Pendant que César remportait en Sicile tant de succès, en Orient la
fortune combattait pour lui et pour la république. Antoine, en effet, était
entré en Arménie puis en Médie avec treize légions, et traversant ces contrées,
il allait attaquer les Parthes quand il se heurta à leur roi qui était venu à sa
rencontre. Il perdit tout d'abord deux légions avec tous ses bagages, ses
machines de guerre et son lieutenant Statianus. Peu après et à plusieurs
reprises, il fit courir les plus grands risques à toute son armée et tomba
lui-même dans des dangers tels qu'il désespéra d'en pouvoir échapper. Il perdit
au moins le quart de ses soldats et ne dut son salut qu'au conseil loyal d'un
simple captif. Toutefois cet homme était un Romain ; il avait été fait
prisonnier dans le désastre de l'armée de Crassus, mais ses sentiments n'avaient
pas changé en même temps que sa fortune. Pendant la nuit il s'approcha d'un
poste romain et avertit Antoine de ne pas prendre la route qu'il avait projeté
de suivre mais de s'échapper par un chemin détourné à travers bois. Ce conseil
sauva Marc Antoine et ses légions. Celles-ci toutefois, ainsi que l'ensemble de
l'armée, perdirent, comme nous l'avons dit, au moins le quart de leurs soldats
et le tiers des valets d'armée et des esclaves. Quant aux bagages, c'est à peine
si l'on put en sauver quelque chose. Cependant Antoine donnait à sa fuite le nom
de victoire parce qu'il en était sorti vivant. Trois ans après, il retourna en
Arménie, s'empara par ruse du roi de ce pays Artavasde et le chargea de chaînes
; mais, pour lui faire honneur, ces chaînes étaient d'or. Puis, comme sa
brûlante passion pour Cléopâtre grandissait avec les vices qu'entretiennent
toujours l'abondance, la licence et la flatterie, il décida de porter la guerre
contre sa patrie. Auparavant il s'était fait appeler le nouveau Bacchus, et,
couronné de lierre, vêtu d'une robe safran et or, tenant un thyrse et chaussé de
cothurnes, il était entré dans Alexandrie traîné sur un char, comme s'il était
le divin Bacchus.
| [2,82] Qua aestate Caesar tam prospere sepeliuit in Sicilia bellum, fortuna, in
Caesare et in re publica mitis, saeuiit ad Orientem. Quippe Antonius cum
tredecim legionibus ingressus Armeniam ac deinde Mediam et per eas regiones
Parthos petens habuit regem eorum obuium. 2 Primoque duas legiones cum omnibus
impedimentis tormentisque et Statiano legato amisit, mox saepius ipse cum summo
totius exercitus discrimine ea adiit pericula, a quibus seruari se posse
desperaret, amissaque non minus quarta parte militum captiui cuiusdam, sed
Romani, consilio ac fide seruatus est, qui clade Crassiani exercitus captus, cum
fortuna non animum mutasset, accessit nocte ad stationem Romanam praedixitque,
ne destinatum iter peterent, sed diuerso siluestrique peruaderent. 3 Hoc M-
Antonio ac tot illis legionibus saluti fuit; de quibus tamen totoque exercitu
haud minus pars quarta, ut praediximus, militum, calonum seruitiique desiderata
tertia est; impedimentorum uix ulla superfuit. Hanc tamen Antonius fugam suam,
quia uiuus exierat, uictoriam uoeabat. Qui tertia aestate reuersus in Armeniam
regem eius Artauasden fraude deceptum catenis, sed, ne quid honori deesset,
aureis uinxit. Crescente deinde et amoris in Cleopatram incendio et uitiorum, 4
quae semper facultatibus licentiaque et adsentationibus aluntur, magnitudine,
bellum patriae inferre constituit, cum ante nouum se Liberum Patrem appellari
iussisset, cum redimitus hederis crocotaque uelatus aurea et thyrsum tenens
cothurnisque succinctus curru uelut Liber Pater uectus esset Alexandriae.
|